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En séjour à Paris, nous avons pu joindre, par téléphone et pour une interview pétillante, l’homme d’affaires guinéen exilé au Sénégal, M. Diallo Sadakaadji.

Question : Allo ! Bonjour M. Diallo Sadakaadji et bon séjour dans la capitale française.

Alors, il y a plusieurs mois, vous aviez suscité un grand enthousiasme en annonçant votre décision de vous engager en politique. On vous a lu et entendu à plusieurs reprises. Ensuite, vous vous êtes tu. Auriez-vous renoncé à votre engagement ?

M. Sadakaadji Diallo : J’ai effectivement décidé de m’engager en politique. Je prends toujours le temps de réfléchir avant d’agir mais lorsque je me décide c’est, en principe, de façon définitive. Comme j’ai eu l’occasion de le dire, j’ai un calendrier bien précis que je m’efforce à respecter. Sachez que le renoncement n’appartient pas à mon vocabulaire.

Vous aviez été porté à la tête d’un parti politique, le MSD (Mouvement pour la Solidarité et le Développement) puis vous avez donné un coup de frein brusque à vos fonctions de président dudit parti. Que s’est-il réellement passé ?

Je ne freine jamais brusquement. Comme vous le savez, la bonne conduite consiste à bien maitriser son véhicule et à savoir anticiper pour éviter les coups de frein. Pour moi le MSD qui existe toujours, c’est du passé et je n’ai pas l’intention de revenir sur les raisons qui m’ont conduit à quitter. Le rétroviseur est utile mais ce qui m’intéresse c’est d’aller toujours de l’avant.

L’action politique que vous menez passe-t-elle nécessairement par la création de votre propre parti politique ?

On peut avoir des convictions politiques sans adhérer nécessairement à un parti politique. Mais lorsqu’on veut passer à l’action, il est très utile de disposer d’une structure permettant de concrétiser son projet. J’avais engagé, avec certains compatriotes, des démarches pour créer un parti ayant pour nom A.N.D.S (Alliance Nationale pour le Développement et la Solidarité). Le dossier avait été déposé au ministère de l’Administration du Territoire en novembre 2013 et je suis en possession du récépissé de dépôt indiquant qu’il était complet. Après une année d’attente, je n’ai toujours pas obtenu une réponse des autorités de Conakry. Estimant que leur silence vaut approbation, je vais donc lancer mon mouvement dans les jours qui viennent et personne ne m’empêchera de le faire. Comme vous le savez, le statut d’opposant politique est difficile à assumer dans un pays où la constitution est piétinée par le chef de l’Etat lui-même. Par l’intimidation, la division et la corruption M. Alpha Condé a neutralisé l’opposition officielle à l’intérieur de la Guinée. Certains chefs de partis soi-disant opposés à sa politique sont d’ailleurs devenus ses compagnons. D’autres leaders de l’opposition sont restés fidèles au combat pour l’instauration de la démocratie en Guinée.

Pourriez-vous citer un exemple montrant les difficultés que rencontrent des leaders actuels de l’opposition guinéenne ?

L’opposition guinéenne n’est pas un bloc homogène et tous les leaders qui s’en réclament ne sont pas traités de la même manière par le pouvoir en place. Récemment c’est M. Sidya Touré qui a reçu la visite de militaires envoyés par M. Alpha Condé. En cette période de fièvre Ebola, cette visite musclée au domicile d’un homme de conviction n’avait rien de médical. Il s’agissait purement et simplement d’une manœuvre d’intimidation puisque toutes les tentatives de corruption ont échoué.

On constate que pour le M.S.D que vous avez quitté ou pour l’A.N.D.S que vous allez lancer figurent les mots solidarité et développement. Serait-ce un simple hasard ?

Non, je ne fais rien au hasard. Je reste persuadé que les deux termes sont liés et même interdépendants. La nuance se situe [peut-être] dans l’ordre des mots. J’insiste d’abord sur la notion de développement et ensuite sur la solidarité car il n’y a pas de justice dans la pauvreté.

Quel regard portez-vous aujourd’hui, même étant loin, sur la Guinée ?

Je souffre pour mon pays qui est affecté par un blocage politique voulu et un marasme économique entretenu. Maintenant il est infecté par une épidémie épouvantable. J’espère que nous aurons, une autre fois, l’occasion de parler de la crispation politique et la détérioration économique de notre pays. Je voudrais, pour l’instant, exprimer ma préoccupation sur l’Etat sanitaire de la Guinée. Si aujourd’hui les medias du monde entier parlent de la Guinée, ce n’est certainement pas à cause de ses performances économiques et de la qualité de sa gouvernance mais malheureusement c’est à cause de la fièvre Ebola qui le frappe. C’est une publicité dont on se serait bien passé. Je ne connais pas l’origine de cette maladie mais je reste convaincue que sa propagation n’est pas étrangère à la négligence dont on fait preuve les autorités guinéennes. En niant au départ l’existence même de la maladie, le gouvernement guinéen a indirectement distribué la mort au sein de la population. Il s’agit d’un comportement criminel.Aujourd’hui, en ce mois de novembre, on dénombre plus de 1000 décès.

J’ai même appris que le village de N’Zénié, situé à 105 km au sud-est de Macenta et qui compte moins de 500 habitants aurait enregistré en septembre dernier près d’une centaine de morts et serait, faute de secours rapides, menacé de disparation. Que fait le gouvernement ?

Heureusement il y a eu un élan de solidarité à l’échelle nationale et internationale. Beaucoup de guinéens et d’expatriés ont risqué leurs vies pour en sauver des milliers. Que ces bénévoles en soient vivement remerciés. Je suis indigné que M. alpha Condé gère l’épidémie Ebola de manière politicienne. Il se prend maintenant pour le vainqueur d’une épidémie dont il avait commencé par nier l’existence.

La Guinée étant dans une situation difficile, auriez-vous des propositions de sortie de crise ?

Ce ne sont pas les propositions qui manquent car chacun sait ce dont souffre la Guinée. Le problème est de savoir comment les traduire dans les faits lorsqu’on a un gouvernement dirigé par des incapables et des corrompus. Je crois, qu’il faudrait, dans une première étape, créer les conditions d’une décrispation politique. Pour cela il faut libérer sans conditions tous les détenus politiques, indemniser les citoyens qui ont perdu des biens lors des troubles électoraux et surtout prendre en charge les victimes des violences commises par les forces de l’ordre. Il appartient à l’Etat de faire ce travail à sa portée mais tout indique qu’il n’en a pas la volonté.

Ensuite, c’est à l’opposition de s’organiser pour combattre la dictature de M. Alpha Condé. Les Guinéens sont déterminés à se débarrasser d’un système qui défend des intérêts qui ne sont pas les leurs. Mais il leur manque un véritable leader. Ils vont bientôt en avoir un et le cours des choses va changer en leur faveur. Je continue mon travail de profondeur et je rencontre beaucoup de mes compatriotes de toutes les régions de la Guinée, sans aucune distinction car pour se construire la Guinée a besoin de toutes et de tous.

Alors M. Diallo Sadakaadji, c’était là, notre dernière question, auriez-vous un message particulier à adresser à nos compatriotes ?

Mon message étant toujours le même, je ne ferais qu'en réitérer les termes. Je comprends la douleur des Guinéens qui provient de privations et de frustrations dans un climat d’insécurité et d’injustice. Le parti que je m’apprête à lancer n’est pas un parti comme les autres. Il s’agit d’un mouvement d’envergure nationale pour changer radicalement le faux changement de M. alpha Condé. Je ne me bats pour des intérêts personnels mais pour un projet national qui est l’instauration d’un Etat de droit en Guinée. Ce projet ne peut aboutir qu’avec le concours effectif de tous les Guinéens et je suis fermement engagé à rester à leurs côtés pour travailler avec eux car rien de positif ne peut se faire sans eux.

Je vous remercie.

C’est à nous de vous remercier, Monsieur Diallo. Bon séjour à Paris.

Interview réalisée par Boubacar Binany BAH (Guinéeinfo.org) et Alpha Oumar Diallo (aminata.com)

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