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Durant les années 1970, alors que les pays frères du Sénégal et de la Côte d’Ivoire jouissaient de la prospérité et du progrès sociopolitique, les Guinéens étaient invités par leur président à se vautrer dans leur sous-développement chronique, à développer la culture de la médiocrité,  et à mépriser tous ceux qui aspirent au progrès par leur travail.

 

 Se croyant bénis par leur richesse naturelle, les Guinéens ont élevé la médiocrité en religion. S’agissant des progrès fulgurants de la Côte d’Ivoire et du Sénégal, les Guinéens disaient : « Poroto ! Ils sont des valets de l’impérialisme.  Ils n’ont que la croissance économique, alors que nous avons le développement économique harmonisé dans la voie de développement socialiste et religionnaire sous la direction de notre responsable suprême…Notre prési est le meilleur, il a la meilleure vision ».

 

Plutôt que d’émuler leurs voisins, les Guinéens avaient érigé en devoir patriotique le fait d’insulter les leaders progressistes des pays voisins. Chaque meeting politique, chaque discours se terminait par des insultes infantiles envers les présidents Léopold Sedar Senghor et Félix Houphouët-Boigny. A la montée des couleurs comme aux salutations d’usage envers les maîtres et professeurs, les élèves et étudiants guinéens avaient reçu l’ordre du PDG, Parti-Etat, de marquer tous leurs actes par le slogan « Vive le président Ahmed Sékou Touré, responsable suprême de la révolution, A Bas les Fantoches Houphouët et Senghor ».  Près d’un demi-siècle plus tard, la Guinée se distingue par son paradoxe : dans tout classement international, elle occupe la bonne place dans tout ce qui est mauvais (source Ebola, violence, instabilité chronique, insalubrité, obscurité, inflation, sous-développement, corruption) et est parmi les derniers dans tout ce qui est bon (développement humain, croissance économique, compétitivité, Etat de droit, progrès démocratique, gouvernance).  Au lieu de s’adresser aux problèmes systémiques qui sont à la base de ce paradoxe, chaque régime essaye de trouver des boucs émissaires pour justifier son échec.

 

Alpha Condé le « bon », et Macky Sall la « brute » dans l’Affaire des 20 millions de la BCRG

 

Les partisans d’Alpha Condé, pour la plupart héritiers du régime Sékou Touré, veulent rééditer cet exploit de diaboliser plutôt que de rivaliser un pays frère qui arrive à s’en sortir malgré les difficultés et accidents de parcours.  Leur cible est maintenant le Sénégal. Ils ne se remettent toujours pas de l’embarras de l’épisode des milliards de la BCRG interceptés à Dakar.  Ils accusent Macky Sall et son gouvernement d’avoir comploté pour embarrasser Alpha Condé en transformant une affaire de routine de la BCRG en une affaire d’Etat. Leur plus grande défense est de faire croire que les douaniers de Macky étaient sensés savoir que le transport de devises dans un petit avion par un opérateur obscur était une opération normale, puisque la BCRG est habilitée légalement à faire le transport de devises au compte de la Guinée.  Plutôt intéressés à blanchir « leur » régime par tous les moyens, ils ne se préoccupent pas des zones d’ombre qui donnent au transfert une apparence mafieuse ou tout au moins une opération faite à la va-vite et en contravention de toute mesure de prudence et d’orthodoxie bancaires. Ils sont satisfaits de la défense assez bancale de la BCRG qui consiste à dire : « on le fait tout le temps ! » Comme si cela était une garantie ou une preuve suffisante contre la fraude. Les efforts de diversion sont multiples et dans toutes les directions : focus sur le défilé-victoire pour célébrer la bonne santé du président (et noyer les questions sur la santé de la Nation), création de « Chicagogate » (pour contrer « Dakargate »), colère contre Macky Sall (au lieu de s’en prendre à la désinvolture d’Alpha Condé envers la maladie Ebola).

 

La défense qui consiste à dire « on le fait tout le temps, donc c’est normal » ignore la nécessité de contrôle qui est le socle de la sécurité du système financier surtout dans un pays à haut-risque comme la Guinée. Mais, elle est confortée par le silence assourdissant des gendarmes de la finance internationale, sous l’influence des lobbys du président. On est loin de la situation d’IBK au Mali où les missions de contrôle régulières du FMI servent à détecter des irrégularités, à apporter la lumière, et à prendre des mesures correctives. Lorsqu’IBK a voulu s’acheter un avion en mai dernier, le chef du FMI à Bamako l’avait stoppé net dans son élan : « Nous avons appris cet achat après coup, en lisant la presse…des discussions sont en cours avec les autorités maliennes. Nous leur posons des questions sur l’achat de cet avion, sur les procédures qui ont été suivies. Nous demandons aussi des explications sur un contrat d’armement passé avec le ministère de la Défense ».  En Guinée, cette histoire serait passée comme une lettre à la poste, avec les félicitations d’usage pour avoir atteint tous les paramètres de satisfaction. C’est donc aux Guinéens de tirer l’affaire au clair puisque que les lobbys vont essayer de l’étouffer comme dans le cas du scandale de Palladino. Il ne faut pas se fier trop vite aux apparences de régularité, car il n’est pas un fait qui commence. La confiance n’exclue pas le contrôle, et ceux qui se font défenseurs d’une situation aussi opaque doivent aller au bout de leur logique d’impunité : On tue tout le temps en Guinée, donc c’est normal ;  on triche tout le temps aux élections, donc c’est normal ; les hauts cadres de l’Etat volent tout le temps les deniers publics, donc c’est normal !

 

On peut s’imaginer un commerçant import-export qui bénéficie de dérogations douanières et fiscales et qui profite du manque de contrôle pour sortir du cadre ordinaire de son activité pour substituer des activités illicites à celles autorisées. Si à chaque doute du douanier sur ses activités, la réponse du commerçant est : « Mais je le fait tout le temps ! C’est normal et il n’y a rien à vérifier », ce serait le début de régularisation d’une activité illicite.  Ce scénario est assez plausible en Guinée, classée comme l’un des pays les plus corrompus du monde et le pays le plus corrompu de la sous-région. Que la BCRG ne prenne même pas la peine d’instituer en son sein les règles élémentaires de contrôle de la fraude et du blanchiment d’argent en dit long sur sa volonté d’accommoder le statu quo. Que le changement d’Alpha Condé tant vantée sous la surveillance du FMI trouve normal que la BCRG emprunte les méthodes utilisées par les narcotrafiquants pour mener les opérations officielles de transfert transfrontalier de devises en espèces montre à quel point la Guinée est en train de poursuivre sa voie vers une destinée de narco-Etat. Selon les explications de la BCRG, c’est tout à fait normal de transporter des espèces dans un petit avion affrété par l’entremise d’un prestataire à la petite semaine, inconnu en  matière de transport de fonds, et engagé sur la base d’un recrutement opaque. Le transfert s’est fait sur la base de pièces justificatives douteuses et à la limite de la fraude douanière (les montants déclarés étant différents des montants transportés).  La destination des fonds est Dubaï, une des capitales mondiales du blanchiment de fonds de la drogue.

 

Au lieu d’éclairer les zones d’ombre, le pouvoir et ses affidés ont trouvé un bouc émissaire en Macky Sall, le président du Sénégal.  Parce que ce sont les douaniers sénégalais qui ont intercepté la somme et ensuite ébruité l’affaire. Et pourtant, le gouvernement sénégalais avait agi en toute discrétion pour ne pas embarrasser Alpha Condé avec une affaire de saisie de devises. Malgré les protestations de leur service de douane, les autorités sénégalaises avaient décidé de fermer les yeux et de laisser passer les fonds, malgré les irrégularités constatées, en déférence aux plus hautes autorités guinéennes qui avaient plaidé pour la résolution de l’affaire. L’affaire ne sera ébruitée qu’une dizaine de jours plus tard, lorsqu’un des douaniers qui avaient participé à la saisie des fonds avait décidé de se confier à la presse pour faire part de son amertume et sa frustration de ne pas pouvoir toucher une importance prime de saisie suite à la décision de son gouvernement de laisser passer les fonds. Selon certaines sources, même les représentants de la « communauté internationale » au Sénégal avaient déploré la décision du gouvernement sénégalais de laisser passer les fonds. La presse étant libre au Sénégal, le gouvernement ne pouvait pas faire obstruction à une nouvelle qui était en partie vraie.

 

Alpha Condé le « bon », Macky Sall le « méchant » dans la gestion de l’épidémie Ebola

 

Tout récemment, les amis et soutiens du pouvoir, plutôt que de s’occuper de la désinvolture du président envers la gestion de la maladie d’Ebola, s’en prenaient à Macky Sall parce que ce dernier a pris ses responsabilités sous la pression de sa population. Ces indignations sélectives semblent épouser les lignes de démarcation ethno-politique de la Guinée en confondant le président d’un pays souverain à ses adversaires politiques à abattre.  Macky Sall avait certes dénoncé l’attitude irresponsable et à la limite criminelle de l’étudiant guinéen, même si c’est le désespoir qui l’avait motivé. Il était obligé de s’indigner, car contrairement au système politique guinéen qui permet à celui qui accède au pouvoir de le garder pour de bon, même sans résultats, Macky Sall est soumis à la pression démocratique de ses citoyens. Son parti se remet à peine d’une raclée électorale infligée par des Sénégalais non contents de sa gestion, et il ne peut se permettre d’être complaisant sur un sujet d’intérêt national. Un éditorial du journal LeukSenegal.com résume le sentiment de l’opinion sénégalaise suite à la nouvelle de l’importation d’Ebola dans leur pays par un étudiant guinéen. S’indignant que la leçon du bateau « LE JOOLA » n’ai pas été retenue, le journal se lamente : « Au moment où il lui fallait rassurer son peuple et prendre une décision aussi idoine que fermer les frontières depuis l’officialisation du 1er cas en Guinée voisine, le président Macky Sall a choisi d’aller à une rencontre de petits présidents quémandeurs à Washington… avant de rallier Paris pour des vacances avec sa femme. Entre temps, les frontières du Sénégal n’étant toujours pas fermées, Ebola est passé sans visa, dans un car 52 places venant de Conakry… 52 personnes toutes potentiellement exposées dont personne n’a ni traces ni informations… 52 personnes qui sont allées retrouver leurs familles de 5 personnes minimum… ce qui fait penser que 260 personnes, au moins, sont en contact direct ou indirect avec Ebola. Les conséquences sont incommensurables ! Le Sénégal est en danger !  Gouverner, c’est prévoir. Pour la menace Ebola, Macky Sall n’a fait ni l’un, ni l’autre. Il a trahi ses compatriotes ».

 

Dans l’opinion sénégalaise, l’étudiant guinéen a mis volontairement en risque 67 personnes dans un pays étranger pour essayer de sauver sa vie. Fut-il un étudiant sénégalais venant d’une autre région du pays, sa responsabilité n’en serait pas amoindrie. D’ailleurs, le ministre sénégalais de la justice avait rappelé à la population que tout sénégalais affecté qui ne se conforme pas à la recommandation de l’autorité de se soumettre à la quarantaine durant laquelle il sera soumis à un contrôle approprié serait en infraction avec la loi.  Parlant de l’importation de la maladie Ebola dans son pays par l’étudiant guinéen, Macky avait déclaré : “Si ce n’était pas son état santé, il doit être poursuivi par les juridictions de notre pays. Car nos frontières ont été fermées donc ce jeune a violé nos lois.” Il n’en fallait pas plus pour que les partisans du pouvoir déclenchent une guerre verbale contre le Sénégal. Pourtant, c’est la vérité que loi avait été violée et que l’étudiant a exposé beaucoup de personnes à des risques d’attraper la maladie.  Mais dans une Guinée habituée à l’impunité et au manque de responsabilité et d’imputabilité, c’est devenu un crime que de s’en prendre à celui qui viole la loi, sauf si le délit concerne une personne du côté opposé de la ligne de démarcation ethno-politique.

 

Certains sénégalais ne contiennent pas leur colère face à cette action, mais leur gouvernement multiplie les appels au calme malgré les rodomontades de Guinéens en quête de bouc émissaire pour leurs malheurs.  Lorsque des jeunes ont voulu la semaine dernière envahir l'hôpital de Dakar où est soigné le jeune guinéen infecté pour s'en prendre à lui, le gouvernement sénégalais avait déployé les forces de l’ordre pour les en empêcher.  Par la suite, Macky Sall avait publiquement appelé sa population "à la sérénité" et l'avait invitée à « éviter la stigmatisation, tout en faisant preuve de solidarité avec les autres pays voisins. »  Le 2 septembre passé, il a invité les chefs religieux et coutumiers, hommes politiques et leaders syndicaux ainsi que tous les démembrements de la société à participer à la lutte contre Ebola. Il a aussi lancé un appel à la solidarité : « Pour l’heure, la solidarité et la cohésion nationale sont essentielles pour que le combat soit gagné », avait-il déclaré avant de rendre hommage aux populations pour leur calme devant le cas d’Ebola importé de Guinée et de les inviter à « faire preuve de solidarité envers les pays frères dont les populations continuent de souffrir de cette maladie. »  D’ailleurs le jeune guinéen a réussi le pari de sauver sa vie grâce à Dieu et aux soins intensifs des médecins sénégalais.

 

Le Sénégal, réalisant très tôt le risque de propagation d’Ebola avait pris le soin de fermer ses frontières alors que le gouvernement guinéen tentait de faire croire de façon irresponsable que la maladie était sous contrôle et la que la population n’avait rien à craindre.  En même temps, le Sénégal avait envoyé les premiers secours en Guinée pour permettre au pays de détecter et de contrôler la maladie d’Ebola. Il a fallu que l’Institut Pasteur de Dakar (IPD) s’implique avec les autorités guinéennes pour confirmer que la maladie mystérieuse de la forêt était l’Ebola.  Immédiatement, l’IPD a installé en mars 2014 un laboratoire en Guinée et a confirmé des cas suspects. Par la suite, l’IPD a déployé des virologistes et experts  à l’hôpital Donka à Conakry où se trouve le centre de traitement des patients. Grâce aux travaux de IPD, près de 500 échantillons sont testés et 113 cas confirmés en Guinée.  Les équipes de l’IPD ont aussi formé une équipe de 10 techniciens guinéens au diagnostic du virus Ebola et aux méthodes de prélèvement chez les patients.

 

Cas similaire d’importation d’Ebola au Nigéria et réaction du pays

 

Les Guinéens qui flétrissent l’attitude responsable du Sénégal doivent faire un parallèle avec l’attitude d’un autre pays responsable, le Nigéria, devant la menace de la propagation de la fièvre Ebola. Patrick Sawyer était un fonctionnaire du ministère des Finances du Liberia. Comme le jeune étudiant guinéen, le drame d’Ebola frappe sa famille. Sa sœur est atteinte et il prend soin d’elle jusqu’à ce qu’elle rende l’amé le 8 juillet 2014.  Il l’enterre sans trop de précautions et est contaminé en conséquence. Il réalise qu’il est atteint mais admet à sa femme Decontie Sawyer, qui vit aux Etats-Unis, qu’il n’avait aucune confiance au système sanitaire du Liberia, et qu’il voudrait se rendre au Nigeria qui avait de meilleures cliniques. Une douzaine de jours après l’enterrement de sa sœur, il s’arrange à se rendre en mission officielle au Nigeria, malgré l’interdiction à toute personne infectée de se déplacer dans le pays à plus forte raison traverser les frontières nationales.  Sa femme expliquera plus tard le dilemme : « Patrick ne voulait prendre aucun risque sur sa vie, car plusieurs personnes dépendaient de lui…il avait la passion de vivre et n’avait aucune envie de mourir. Je parie qu’il pensait que si seulement il pouvait atteindre le Nigéria, qui est beaucoup plus développé que le Libéria, il allait s’en sortir…Patrick était donc allé au Libéria parce qu’il pensait que s’il allait dans un hôpital libérien, on allait immédiatement le déclarer atteint d’Ebola même si ce n’était pas le cas.  Il avait donc pris le risque d’aller au Nigeria pensant que si les cliniques de ce pays concluaient qu’il souffrait d’Ebola, il aurait aussi de meilleures chances d’avoir un traitement approprié…Il était mu par le désespoir, avait peur de mourir et croyait que son salut était le Nigeria ».

 

Malheureusement, le sort décidera autrement.  Patrick Sawyer décédera dans une clinique peu de temps après sa descente d’avion. Durant le voyage, il avait été en contact dangereux avec 59 personnes aux aéroports de Monrovia et Lagos et à la clinique qui l’avait admis. Huit membres du personnel médical de la clinique seront mis en quarantaine au centre des maladies infectieuse de Yaba, dont une des infirmières qui l’avait admis et ausculté. Elle deviendra d’ailleurs la première victime d’Ebola dans le pays. Cinq autres membres du corps de la santé, dont une doctoresse, avaient été testés positifs pour la maladie et sont en traitement.

 

Les Nigérians étaient assez remontés car la venue de Sawyer était une entorse à l’attitude responsable qu’ils avaient adoptée jusque-là. Dès que la maladie a été déclarée en Guinée, alors que le président guinéen et son gouvernement faisaient tout pour la minimiser, le président du Nigeria avait demandé en avril dernier au Bureau du Conseiller à la Sureté Nationale du Nigéria de faire une analyse et des recommandations sur la gestion du risque pour le Nigéria.  Le rapport qui en a résulté recommandait au gouvernement nigérian d’agir comme si « Ebola était à nos portes », de tenir compte des implications pour la sureté nationale, et de mettre en œuvre un plan de gestion de crise avant même que la crise ne se matérialise.  

 

Donnant libre cours à leur colère, les Nigérians s’en prenaient à toute personne de nationalité libérienne.  Ils traitaient Patrick Sawyer de « terroriste biologique » qui a choisi de venir au Nigeria pour faire exploser sa bombe « ébolatique ».  Le 8 août 2014, alors que la Guinée, épicentre de la maladie, refusait l’injonction de l’OMS recommandant à tous les pays affectés de déclarer l’état d’urgence, le président Jonathan Good Luck déclarait l’état d’urgence au Nigeria et mobilisait immédiatement un fonds d’urgence de 11,7 millions de dollars pour combattre la maladie. Le 11 août 2014, lors d’une conférence organisée par les chefs des deux grandes religions du pays, le Sultan de Sokoto, Alhaji Muhammad Sa’ad Abubakar III et l’Archevêque catholique d’Abuja John Cardinal Onaiyekan, le président Jonathan Good Luck a explosé sa colère envers le défunt Patrick Sawyer.  Oubliant même le respect dû aux morts, il déclare : « C’est regrettable qu’un forcené nous ai envoyé l’Ebola, mais nous devrons travailler à contenir la maladie. Il a amené cette maladie au Nigéria sachant que sa sœur est décédée d’Ebola et qu’il n’avait pas pris les précautions d’usage durant les funérailles, au point qu’il fut contaminé.  Son pays l’avait pourtant demandé de ne pas voyager, de se faire observer, mais le fou a décidé de quitter et de se faufiler à travers nos frontières pour venir s’échouer chez nous, et maintenant nous en souffrons…»

 

Après le décès de Patrick Sawyer, le gouvernement avait immédiatement ordonné que son corps soit incinéré pour en finir avec le virus.

 

Pendant une bonne semaine, il n’était bon d’être Libérien au Nigéria.  Les exactions étaient telles que l’ambassadeur du Libéria avait plaidé auprès des autorités nigérianes. Afin d’éviter un incident diplomatique, et en chef d’Etat responsable, la Présidente du Liberia fut obligée d’appeler le président Good Luck pour présenter personnellement ses excuses.  Elle avait ensuite intervenue sur la chaine CNN pour présenter les excuses de son gouvernement au peuple du Nigéria pour les actes irresponsables de Patrick Sawyer qui avaient mené à l’introduction du virus au Nigeria. Aujourd’hui, certains Sierra Léonais et Libériens blâment leurs présidents pour n’avoir fermé leurs frontières avec la Guinée suite à l’apparition de la maladie en Guinée forestière.  Les Guinéens ne se sentent même pas coupables du fait que la maladie ait échappé de chez eux pour se propager dans les autres pays du fait du laxisme et la désinvolture prônée par leur gouvernement.  Leur  président les a fait croire qu’Ebola était un mythe : « On a fait tout un mythe autour de cette maladie, mais le palu tue mille fois plus de personnes qu’Ebola ainsi que la méningite. Depuis qu’Ebola a commencé en Afrique, il n’y a eu que 1700 morts ». Alors que la maladie se propageait à grande vitesse, le numéro un Guinéen se rendait à l’épicentre de la maladie et déclarait : « Nous n'avons pas peur d'Ebola ».  Les caciques de son parti criaient tantôt à la propagande tantôt au complot ourdi par des anti-Guinéens.  Le président encourageait les Guinéens à ne se faire de soucis à propos de la maladie, car elle est contrôlée :« C'est pourquoi, nous allons à Guéckédou serrer les mains des gens », dira Alpha Condé.  Obama en personne a dû faire récemment un message télévisé à l’intention des Guinéens et de leurs voisins de la Sierra Léone et du Libéria pour mieux les éduquer sur les modes de propagation de la maladie : « Le mode de transmission le plus courant est le contact direct avec les fluides corporels d’une personne infectée ou qui en est décédée, sueur, salive ou sang, par exemple, ou avec un objet contaminé, comme une seringue. C’est pour ça que la maladie se propage plus rapidement lorsque les patients sont soignés chez eux ou qu’ils sont portés en terre par leur famille et leurs amis ».

 

La reconversion tardive mais bienvenue d’Alpha Condé

 

Même si c’est venu assez tard, il est encourageant de voir que le président guinéen commence maintenant à prendre la juste mesure de l’ampleur du mal d’Ebola. Durant la réunion de son parti le samedi passé (toujours en train de confondre les fonctions de chef de parti et de chef d’Etat), le président a tenu le discours responsable qu’il devrait tenir il y a sept mois au lendemain de l’apparition de la maladie : « Tout Guinéen, quel que soit son bord politique ou association, qu’il soit de la société civile ou syndicat doit se lever pour lutter contre cette maladie qui est devenue une préoccupation mondiale. Si non, on risque d’être isolé… Cette maladie est un malheur, mais faisons tout pour qu’elle soit notre bonheur. Pour cela, il faut que chacun écoute les médecins ou le personnel sanitaire. Aujourd’hui, beaucoup de médecins sont morts par faute de protection, ils doivent porter des gants…» 

 

La Guinée se distingue comme pays-source et donc l’exportateur d’Ebola dans la sous-région et les Guinéens ne devraient pas s’ériger en donneurs de leçons de solidarité à ceux qui tentent de contenir la propagation de l’épidémie au sein de leurs frontières. L’expérience récente a démontré que les pays qui prennent très tôt des mesures responsables pour contenir ou éviter l’épidémie au sein de leurs frontières ont mieux réussi à contrer la propagation de la maladie que les pays qui ont opté pour le laisser-aller.  Les situations d’Ebola sont plutôt contrôlées en Mauritanie qui avait fermé ses frontières avec le Sénégal ; et en Côte d’Ivoire, au Sénégal et en Guinée Bissau qui avaient fermé leurs frontières avec la Guinée.  Par contre, le Libéria et la Sierra Leone qui n’avaient pas pris ce genre de mesures pour ne pas vexer les Guinéens ont payé un lourd tribut et souffrent aujourd’hui plus que la Guinée. D’autre part, la Guinée commence à payer cher son goût pour la solution facile qui consistait à inciter tous les pays exposés à être « solidaires » c’est-à-dire ne pas prendre les mesures contraignantes nécessaires pour contrôler l’épidémie. Dans un effet boomerang funeste, la gentillesse et solidarité de la Sierra Leone et du Liberia ont rendu l’épidémie Ebola plus difficile à gérer pour la Guinée vu la porosité des frontières et le manque de contrôle des flux migratoires des malades de ces pays vers la Guinée.

 

C’est Alpha Condé en personne qui a expliqué récemment aux militants du RPG comment il avait résolu un dilemme similaire à celui que Macky Sall avait eu sur la situation de l’étudiant guinéen.  Il déclare : « À un moment donné, nous étions presqu’arrivés à la fin, nous avons même voulu enlever le centre d’isolement à l’hôpital Donka. Mais, malheureusement au Liberia, où il y a eu la maladie dans une zone presqu’abandonnée, où il n’y a pas une présence remarquable des services du gouvernement. Mais, ils (les Libériens) sont nos frères et tant qu’il y aura un cas d’Ébola en Sierra Léone ou au Liberia, nous ne serons pas aussi à l’abri. »  Parlant du passage illégal des frontières par une personne infectée, il enchaine : « Le malade qui a quitté le Liberia pour le Nigeria par la voie aérienne, cela n’est pas possible en Guinée et la victime savait en plus que c’est Ébola qui a tué sa sœur. Je vous assure que cela n’est pas possible en Guinée, d’ailleurs, à l’aéroport ici, on prend la température trois fois ».  Ce propos indique qu’Alpha Condé adopte maintenant la même attitude responsable que Macky Sall et les présidents de la Côte d’Ivoire, de la Guinée Bissau, et de la Mauritanie. Il contrôle les frontières aériennes pour empêcher l’introduction de personnes infectées en Guinée et aurait certainement eu la même réaction de colère que Macky Sall si un étranger infecté arrivait à contourner les contrôles mis en place pour se faufiler en Guinée à travers les frontières terrestres et propager la maladie aux Guinéens. Les militants ou autres opportunistes politiques qui en veulent au Sénégal et à son président devraient peut être s’inspirer du changement d’attitude du président Alpha Condé sur la question de la maladie Ebola.

 

La guerre verbale déclenchée par les partisans du régime et de politiciens en mal de publicité est une guerre dans laquelle la Guinée a tout à perdre, car c’est la Guinée qui a besoin en ce moment de l’appui du Sénégal et non l’inverse. Environ un quart de la population du Sénégal est d’origine guinéenne et se réclame d’une ascendance peule ou mandingue.  En Casamance, vous vous croirez en Haute Guinée, alors qu’à Dakar le marché Sandaga aves ses commerçants peuls rappelle le marché de Madina.  La plupart des intellectuels de la Guinée depuis l’Indépendance ont été formés au Sénégal et une bonne partie de nos ministres y ont séjourné.  C’est un tour cruel du destin qui a fait que la Guinée, à force de purges politiques, fit éteindre ses lumières sorties de William-Ponty alors que le Sénégal valorisait les leurs.

 

En se positionnant comme chantre de la démocratie dans une région troublée par des crises politiques et guerres à n’en plus finir, le Sénégal s’est attiré la faveur des investisseurs, et bénéficie d’une « rente démocratique » plus sure que la « rente minière » qui affole les Guinéens.  Ce pays sahélien est un exemple à suivre, n’en déplaise aux nationalistes à la petite semaine.

 

Il faut noter que sur décision imminente du gouvernement, les autorités sénégalaises ont décidé l'ouverture du couloir humanitaire à Dakar en faveur des efforts de lutte contre Ébola.

 

 

GuineenewsDurant les années 1970, alors que les pays frères du Sénégal et de la Côte d’Ivoire jouissaient de la prospérité et du progrès sociopolitique, les Guinéens étaient invités par leur président à se vautrer dans leur sous-développement chronique, à développer la culture de la médiocrité,  et à mépriser tous ceux qui aspirent au progrès par leur travail.

 

 Se croyant bénis par leur richesse naturelle, les Guinéens ont élevé la médiocrité en religion. S’agissant des progrès fulgurants de la Côte d’Ivoire et du Sénégal, les Guinéens disaient : « Poroto ! Ils sont des valets de l’impérialisme.  Ils n’ont que la croissance économique, alors que nous avons le développement économique harmonisé dans la voie de développement socialiste et religionnaire sous la direction de notre responsable suprême…Notre prési est le meilleur, il a la meilleure vision ».

 

Plutôt que d’émuler leurs voisins, les Guinéens avaient érigé en devoir patriotique le fait d’insulter les leaders progressistes des pays voisins. Chaque meeting politique, chaque discours se terminait par des insultes infantiles envers les présidents Léopold Sedar Senghor et Félix Houphouët-Boigny. A la montée des couleurs comme aux salutations d’usage envers les maîtres et professeurs, les élèves et étudiants guinéens avaient reçu l’ordre du PDG, Parti-Etat, de marquer tous leurs actes par le slogan « Vive le président Ahmed Sékou Touré, responsable suprême de la révolution, A Bas les Fantoches Houphouët et Senghor ».  Près d’un demi-siècle plus tard, la Guinée se distingue par son paradoxe : dans tout classement international, elle occupe la bonne place dans tout ce qui est mauvais (source Ebola, violence, instabilité chronique, insalubrité, obscurité, inflation, sous-développement, corruption) et est parmi les derniers dans tout ce qui est bon (développement humain, croissance économique, compétitivité, Etat de droit, progrès démocratique, gouvernance).  Au lieu de s’adresser aux problèmes systémiques qui sont à la base de ce paradoxe, chaque régime essaye de trouver des boucs émissaires pour justifier son échec.

 

Alpha Condé le « bon », et Macky Sall la « brute » dans l’Affaire des 20 millions de la BCRG

 

Les partisans d’Alpha Condé, pour la plupart héritiers du régime Sékou Touré, veulent rééditer cet exploit de diaboliser plutôt que de rivaliser un pays frère qui arrive à s’en sortir malgré les difficultés et accidents de parcours.  Leur cible est maintenant le Sénégal. Ils ne se remettent toujours pas de l’embarras de l’épisode des milliards de la BCRG interceptés à Dakar.  Ils accusent Macky Sall et son gouvernement d’avoir comploté pour embarrasser Alpha Condé en transformant une affaire de routine de la BCRG en une affaire d’Etat. Leur plus grande défense est de faire croire que les douaniers de Macky étaient sensés savoir que le transport de devises dans un petit avion par un opérateur obscur était une opération normale, puisque la BCRG est habilitée légalement à faire le transport de devises au compte de la Guinée.  Plutôt intéressés à blanchir « leur » régime par tous les moyens, ils ne se préoccupent pas des zones d’ombre qui donnent au transfert une apparence mafieuse ou tout au moins une opération faite à la va-vite et en contravention de toute mesure de prudence et d’orthodoxie bancaires. Ils sont satisfaits de la défense assez bancale de la BCRG qui consiste à dire : « on le fait tout le temps ! » Comme si cela était une garantie ou une preuve suffisante contre la fraude. Les efforts de diversion sont multiples et dans toutes les directions : focus sur le défilé-victoire pour célébrer la bonne santé du président (et noyer les questions sur la santé de la Nation), création de « Chicagogate » (pour contrer « Dakargate »), colère contre Macky Sall (au lieu de s’en prendre à la désinvolture d’Alpha Condé envers la maladie Ebola).

 

La défense qui consiste à dire « on le fait tout le temps, donc c’est normal » ignore la nécessité de contrôle qui est le socle de la sécurité du système financier surtout dans un pays à haut-risque comme la Guinée. Mais, elle est confortée par le silence assourdissant des gendarmes de la finance internationale, sous l’influence des lobbys du président. On est loin de la situation d’IBK au Mali où les missions de contrôle régulières du FMI servent à détecter des irrégularités, à apporter la lumière, et à prendre des mesures correctives. Lorsqu’IBK a voulu s’acheter un avion en mai dernier, le chef du FMI à Bamako l’avait stoppé net dans son élan : « Nous avons appris cet achat après coup, en lisant la presse…des discussions sont en cours avec les autorités maliennes. Nous leur posons des questions sur l’achat de cet avion, sur les procédures qui ont été suivies. Nous demandons aussi des explications sur un contrat d’armement passé avec le ministère de la Défense ».  En Guinée, cette histoire serait passée comme une lettre à la poste, avec les félicitations d’usage pour avoir atteint tous les paramètres de satisfaction. C’est donc aux Guinéens de tirer l’affaire au clair puisque que les lobbys vont essayer de l’étouffer comme dans le cas du scandale de Palladino. Il ne faut pas se fier trop vite aux apparences de régularité, car il n’est pas un fait qui commence. La confiance n’exclue pas le contrôle, et ceux qui se font défenseurs d’une situation aussi opaque doivent aller au bout de leur logique d’impunité : On tue tout le temps en Guinée, donc c’est normal ;  on triche tout le temps aux élections, donc c’est normal ; les hauts cadres de l’Etat volent tout le temps les deniers publics, donc c’est normal !

 

On peut s’imaginer un commerçant import-export qui bénéficie de dérogations douanières et fiscales et qui profite du manque de contrôle pour sortir du cadre ordinaire de son activité pour substituer des activités illicites à celles autorisées. Si à chaque doute du douanier sur ses activités, la réponse du commerçant est : « Mais je le fait tout le temps ! C’est normal et il n’y a rien à vérifier », ce serait le début de régularisation d’une activité illicite.  Ce scénario est assez plausible en Guinée, classée comme l’un des pays les plus corrompus du monde et le pays le plus corrompu de la sous-région. Que la BCRG ne prenne même pas la peine d’instituer en son sein les règles élémentaires de contrôle de la fraude et du blanchiment d’argent en dit long sur sa volonté d’accommoder le statu quo. Que le changement d’Alpha Condé tant vantée sous la surveillance du FMI trouve normal que la BCRG emprunte les méthodes utilisées par les narcotrafiquants pour mener les opérations officielles de transfert transfrontalier de devises en espèces montre à quel point la Guinée est en train de poursuivre sa voie vers une destinée de narco-Etat. Selon les explications de la BCRG, c’est tout à fait normal de transporter des espèces dans un petit avion affrété par l’entremise d’un prestataire à la petite semaine, inconnu en  matière de transport de fonds, et engagé sur la base d’un recrutement opaque. Le transfert s’est fait sur la base de pièces justificatives douteuses et à la limite de la fraude douanière (les montants déclarés étant différents des montants transportés).  La destination des fonds est Dubaï, une des capitales mondiales du blanchiment de fonds de la drogue.

 

Au lieu d’éclairer les zones d’ombre, le pouvoir et ses affidés ont trouvé un bouc émissaire en Macky Sall, le président du Sénégal.  Parce que ce sont les douaniers sénégalais qui ont intercepté la somme et ensuite ébruité l’affaire. Et pourtant, le gouvernement sénégalais avait agi en toute discrétion pour ne pas embarrasser Alpha Condé avec une affaire de saisie de devises. Malgré les protestations de leur service de douane, les autorités sénégalaises avaient décidé de fermer les yeux et de laisser passer les fonds, malgré les irrégularités constatées, en déférence aux plus hautes autorités guinéennes qui avaient plaidé pour la résolution de l’affaire. L’affaire ne sera ébruitée qu’une dizaine de jours plus tard, lorsqu’un des douaniers qui avaient participé à la saisie des fonds avait décidé de se confier à la presse pour faire part de son amertume et sa frustration de ne pas pouvoir toucher une importance prime de saisie suite à la décision de son gouvernement de laisser passer les fonds. Selon certaines sources, même les représentants de la « communauté internationale » au Sénégal avaient déploré la décision du gouvernement sénégalais de laisser passer les fonds. La presse étant libre au Sénégal, le gouvernement ne pouvait pas faire obstruction à une nouvelle qui était en partie vraie.

 

Alpha Condé le « bon », Macky Sall le « méchant » dans la gestion de l’épidémie Ebola

 

Tout récemment, les amis et soutiens du pouvoir, plutôt que de s’occuper de la désinvolture du président envers la gestion de la maladie d’Ebola, s’en prenaient à Macky Sall parce que ce dernier a pris ses responsabilités sous la pression de sa population. Ces indignations sélectives semblent épouser les lignes de démarcation ethno-politique de la Guinée en confondant le président d’un pays souverain à ses adversaires politiques à abattre.  Macky Sall avait certes dénoncé l’attitude irresponsable et à la limite criminelle de l’étudiant guinéen, même si c’est le désespoir qui l’avait motivé. Il était obligé de s’indigner, car contrairement au système politique guinéen qui permet à celui qui accède au pouvoir de le garder pour de bon, même sans résultats, Macky Sall est soumis à la pression démocratique de ses citoyens. Son parti se remet à peine d’une raclée électorale infligée par des Sénégalais non contents de sa gestion, et il ne peut se permettre d’être complaisant sur un sujet d’intérêt national. Un éditorial du journal LeukSenegal.com résume le sentiment de l’opinion sénégalaise suite à la nouvelle de l’importation d’Ebola dans leur pays par un étudiant guinéen. S’indignant que la leçon du bateau « LE JOOLA » n’ai pas été retenue, le journal se lamente : « Au moment où il lui fallait rassurer son peuple et prendre une décision aussi idoine que fermer les frontières depuis l’officialisation du 1er cas en Guinée voisine, le président Macky Sall a choisi d’aller à une rencontre de petits présidents quémandeurs à Washington… avant de rallier Paris pour des vacances avec sa femme. Entre temps, les frontières du Sénégal n’étant toujours pas fermées, Ebola est passé sans visa, dans un car 52 places venant de Conakry… 52 personnes toutes potentiellement exposées dont personne n’a ni traces ni informations… 52 personnes qui sont allées retrouver leurs familles de 5 personnes minimum… ce qui fait penser que 260 personnes, au moins, sont en contact direct ou indirect avec Ebola. Les conséquences sont incommensurables ! Le Sénégal est en danger !  Gouverner, c’est prévoir. Pour la menace Ebola, Macky Sall n’a fait ni l’un, ni l’autre. Il a trahi ses compatriotes ».

 

Dans l’opinion sénégalaise, l’étudiant guinéen a mis volontairement en risque 67 personnes dans un pays étranger pour essayer de sauver sa vie. Fut-il un étudiant sénégalais venant d’une autre région du pays, sa responsabilité n’en serait pas amoindrie. D’ailleurs, le ministre sénégalais de la justice avait rappelé à la population que tout sénégalais affecté qui ne se conforme pas à la recommandation de l’autorité de se soumettre à la quarantaine durant laquelle il sera soumis à un contrôle approprié serait en infraction avec la loi.  Parlant de l’importation de la maladie Ebola dans son pays par l’étudiant guinéen, Macky avait déclaré : “Si ce n’était pas son état santé, il doit être poursuivi par les juridictions de notre pays. Car nos frontières ont été fermées donc ce jeune a violé nos lois.” Il n’en fallait pas plus pour que les partisans du pouvoir déclenchent une guerre verbale contre le Sénégal. Pourtant, c’est la vérité que loi avait été violée et que l’étudiant a exposé beaucoup de personnes à des risques d’attraper la maladie.  Mais dans une Guinée habituée à l’impunité et au manque de responsabilité et d’imputabilité, c’est devenu un crime que de s’en prendre à celui qui viole la loi, sauf si le délit concerne une personne du côté opposé de la ligne de démarcation ethno-politique.

 

Certains sénégalais ne contiennent pas leur colère face à cette action, mais leur gouvernement multiplie les appels au calme malgré les rodomontades de Guinéens en quête de bouc émissaire pour leurs malheurs.  Lorsque des jeunes ont voulu la semaine dernière envahir l'hôpital de Dakar où est soigné le jeune guinéen infecté pour s'en prendre à lui, le gouvernement sénégalais avait déployé les forces de l’ordre pour les en empêcher.  Par la suite, Macky Sall avait publiquement appelé sa population "à la sérénité" et l'avait invitée à « éviter la stigmatisation, tout en faisant preuve de solidarité avec les autres pays voisins. »  Le 2 septembre passé, il a invité les chefs religieux et coutumiers, hommes politiques et leaders syndicaux ainsi que tous les démembrements de la société à participer à la lutte contre Ebola. Il a aussi lancé un appel à la solidarité : « Pour l’heure, la solidarité et la cohésion nationale sont essentielles pour que le combat soit gagné », avait-il déclaré avant de rendre hommage aux populations pour leur calme devant le cas d’Ebola importé de Guinée et de les inviter à « faire preuve de solidarité envers les pays frères dont les populations continuent de souffrir de cette maladie. »  D’ailleurs le jeune guinéen a réussi le pari de sauver sa vie grâce à Dieu et aux soins intensifs des médecins sénégalais.

 

Le Sénégal, réalisant très tôt le risque de propagation d’Ebola avait pris le soin de fermer ses frontières alors que le gouvernement guinéen tentait de faire croire de façon irresponsable que la maladie était sous contrôle et la que la population n’avait rien à craindre.  En même temps, le Sénégal avait envoyé les premiers secours en Guinée pour permettre au pays de détecter et de contrôler la maladie d’Ebola. Il a fallu que l’Institut Pasteur de Dakar (IPD) s’implique avec les autorités guinéennes pour confirmer que la maladie mystérieuse de la forêt était l’Ebola.  Immédiatement, l’IPD a installé en mars 2014 un laboratoire en Guinée et a confirmé des cas suspects. Par la suite, l’IPD a déployé des virologistes et experts  à l’hôpital Donka à Conakry où se trouve le centre de traitement des patients. Grâce aux travaux de IPD, près de 500 échantillons sont testés et 113 cas confirmés en Guinée.  Les équipes de l’IPD ont aussi formé une équipe de 10 techniciens guinéens au diagnostic du virus Ebola et aux méthodes de prélèvement chez les patients.

 

Cas similaire d’importation d’Ebola au Nigéria et réaction du pays

 

Les Guinéens qui flétrissent l’attitude responsable du Sénégal doivent faire un parallèle avec l’attitude d’un autre pays responsable, le Nigéria, devant la menace de la propagation de la fièvre Ebola. Patrick Sawyer était un fonctionnaire du ministère des Finances du Liberia. Comme le jeune étudiant guinéen, le drame d’Ebola frappe sa famille. Sa sœur est atteinte et il prend soin d’elle jusqu’à ce qu’elle rende l’amé le 8 juillet 2014.  Il l’enterre sans trop de précautions et est contaminé en conséquence. Il réalise qu’il est atteint mais admet à sa femme Decontie Sawyer, qui vit aux Etats-Unis, qu’il n’avait aucune confiance au système sanitaire du Liberia, et qu’il voudrait se rendre au Nigeria qui avait de meilleures cliniques. Une douzaine de jours après l’enterrement de sa sœur, il s’arrange à se rendre en mission officielle au Nigeria, malgré l’interdiction à toute personne infectée de se déplacer dans le pays à plus forte raison traverser les frontières nationales.  Sa femme expliquera plus tard le dilemme : « Patrick ne voulait prendre aucun risque sur sa vie, car plusieurs personnes dépendaient de lui…il avait la passion de vivre et n’avait aucune envie de mourir. Je parie qu’il pensait que si seulement il pouvait atteindre le Nigéria, qui est beaucoup plus développé que le Libéria, il allait s’en sortir…Patrick était donc allé au Libéria parce qu’il pensait que s’il allait dans un hôpital libérien, on allait immédiatement le déclarer atteint d’Ebola même si ce n’était pas le cas.  Il avait donc pris le risque d’aller au Nigeria pensant que si les cliniques de ce pays concluaient qu’il souffrait d’Ebola, il aurait aussi de meilleures chances d’avoir un traitement approprié…Il était mu par le désespoir, avait peur de mourir et croyait que son salut était le Nigeria ».

 

Malheureusement, le sort décidera autrement.  Patrick Sawyer décédera dans une clinique peu de temps après sa descente d’avion. Durant le voyage, il avait été en contact dangereux avec 59 personnes aux aéroports de Monrovia et Lagos et à la clinique qui l’avait admis. Huit membres du personnel médical de la clinique seront mis en quarantaine au centre des maladies infectieuse de Yaba, dont une des infirmières qui l’avait admis et ausculté. Elle deviendra d’ailleurs la première victime d’Ebola dans le pays. Cinq autres membres du corps de la santé, dont une doctoresse, avaient été testés positifs pour la maladie et sont en traitement.

 

Les Nigérians étaient assez remontés car la venue de Sawyer était une entorse à l’attitude responsable qu’ils avaient adoptée jusque-là. Dès que la maladie a été déclarée en Guinée, alors que le président guinéen et son gouvernement faisaient tout pour la minimiser, le président du Nigeria avait demandé en avril dernier au Bureau du Conseiller à la Sureté Nationale du Nigéria de faire une analyse et des recommandations sur la gestion du risque pour le Nigéria.  Le rapport qui en a résulté recommandait au gouvernement nigérian d’agir comme si « Ebola était à nos portes », de tenir compte des implications pour la sureté nationale, et de mettre en œuvre un plan de gestion de crise avant même que la crise ne se matérialise.  

 

Donnant libre cours à leur colère, les Nigérians s’en prenaient à toute personne de nationalité libérienne.  Ils traitaient Patrick Sawyer de « terroriste biologique » qui a choisi de venir au Nigeria pour faire exploser sa bombe « ébolatique ».  Le 8 août 2014, alors que la Guinée, épicentre de la maladie, refusait l’injonction de l’OMS recommandant à tous les pays affectés de déclarer l’état d’urgence, le président Jonathan Good Luck déclarait l’état d’urgence au Nigeria et mobilisait immédiatement un fonds d’urgence de 11,7 millions de dollars pour combattre la maladie. Le 11 août 2014, lors d’une conférence organisée par les chefs des deux grandes religions du pays, le Sultan de Sokoto, Alhaji Muhammad Sa’ad Abubakar III et l’Archevêque catholique d’Abuja John Cardinal Onaiyekan, le président Jonathan Good Luck a explosé sa colère envers le défunt Patrick Sawyer.  Oubliant même le respect dû aux morts, il déclare : « C’est regrettable qu’un forcené nous ai envoyé l’Ebola, mais nous devrons travailler à contenir la maladie. Il a amené cette maladie au Nigéria sachant que sa sœur est décédée d’Ebola et qu’il n’avait pas pris les précautions d’usage durant les funérailles, au point qu’il fut contaminé.  Son pays l’avait pourtant demandé de ne pas voyager, de se faire observer, mais le fou a décidé de quitter et de se faufiler à travers nos frontières pour venir s’échouer chez nous, et maintenant nous en souffrons…»

 

Après le décès de Patrick Sawyer, le gouvernement avait immédiatement ordonné que son corps soit incinéré pour en finir avec le virus.

 

Pendant une bonne semaine, il n’était bon d’être Libérien au Nigéria.  Les exactions étaient telles que l’ambassadeur du Libéria avait plaidé auprès des autorités nigérianes. Afin d’éviter un incident diplomatique, et en chef d’Etat responsable, la Présidente du Liberia fut obligée d’appeler le président Good Luck pour présenter personnellement ses excuses.  Elle avait ensuite intervenue sur la chaine CNN pour présenter les excuses de son gouvernement au peuple du Nigéria pour les actes irresponsables de Patrick Sawyer qui avaient mené à l’introduction du virus au Nigeria. Aujourd’hui, certains Sierra Léonais et Libériens blâment leurs présidents pour n’avoir fermé leurs frontières avec la Guinée suite à l’apparition de la maladie en Guinée forestière.  Les Guinéens ne se sentent même pas coupables du fait que la maladie ait échappé de chez eux pour se propager dans les autres pays du fait du laxisme et la désinvolture prônée par leur gouvernement.  Leur  président les a fait croire qu’Ebola était un mythe : « On a fait tout un mythe autour de cette maladie, mais le palu tue mille fois plus de personnes qu’Ebola ainsi que la méningite. Depuis qu’Ebola a commencé en Afrique, il n’y a eu que 1700 morts ». Alors que la maladie se propageait à grande vitesse, le numéro un Guinéen se rendait à l’épicentre de la maladie et déclarait : « Nous n'avons pas peur d'Ebola ».  Les caciques de son parti criaient tantôt à la propagande tantôt au complot ourdi par des anti-Guinéens.  Le président encourageait les Guinéens à ne se faire de soucis à propos de la maladie, car elle est contrôlée :« C'est pourquoi, nous allons à Guéckédou serrer les mains des gens », dira Alpha Condé.  Obama en personne a dû faire récemment un message télévisé à l’intention des Guinéens et de leurs voisins de la Sierra Léone et du Libéria pour mieux les éduquer sur les modes de propagation de la maladie : « Le mode de transmission le plus courant est le contact direct avec les fluides corporels d’une personne infectée ou qui en est décédée, sueur, salive ou sang, par exemple, ou avec un objet contaminé, comme une seringue. C’est pour ça que la maladie se propage plus rapidement lorsque les patients sont soignés chez eux ou qu’ils sont portés en terre par leur famille et leurs amis ».

 

La reconversion tardive mais bienvenue d’Alpha Condé

 

Même si c’est venu assez tard, il est encourageant de voir que le président guinéen commence maintenant à prendre la juste mesure de l’ampleur du mal d’Ebola. Durant la réunion de son parti le samedi passé (toujours en train de confondre les fonctions de chef de parti et de chef d’Etat), le président a tenu le discours responsable qu’il devrait tenir il y a sept mois au lendemain de l’apparition de la maladie : « Tout Guinéen, quel que soit son bord politique ou association, qu’il soit de la société civile ou syndicat doit se lever pour lutter contre cette maladie qui est devenue une préoccupation mondiale. Si non, on risque d’être isolé… Cette maladie est un malheur, mais faisons tout pour qu’elle soit notre bonheur. Pour cela, il faut que chacun écoute les médecins ou le personnel sanitaire. Aujourd’hui, beaucoup de médecins sont morts par faute de protection, ils doivent porter des gants…» 

 

La Guinée se distingue comme pays-source et donc l’exportateur d’Ebola dans la sous-région et les Guinéens ne devraient pas s’ériger en donneurs de leçons de solidarité à ceux qui tentent de contenir la propagation de l’épidémie au sein de leurs frontières. L’expérience récente a démontré que les pays qui prennent très tôt des mesures responsables pour contenir ou éviter l’épidémie au sein de leurs frontières ont mieux réussi à contrer la propagation de la maladie que les pays qui ont opté pour le laisser-aller.  Les situations d’Ebola sont plutôt contrôlées en Mauritanie qui avait fermé ses frontières avec le Sénégal ; et en Côte d’Ivoire, au Sénégal et en Guinée Bissau qui avaient fermé leurs frontières avec la Guinée.  Par contre, le Libéria et la Sierra Leone qui n’avaient pas pris ce genre de mesures pour ne pas vexer les Guinéens ont payé un lourd tribut et souffrent aujourd’hui plus que la Guinée. D’autre part, la Guinée commence à payer cher son goût pour la solution facile qui consistait à inciter tous les pays exposés à être « solidaires » c’est-à-dire ne pas prendre les mesures contraignantes nécessaires pour contrôler l’épidémie. Dans un effet boomerang funeste, la gentillesse et solidarité de la Sierra Leone et du Liberia ont rendu l’épidémie Ebola plus difficile à gérer pour la Guinée vu la porosité des frontières et le manque de contrôle des flux migratoires des malades de ces pays vers la Guinée.

 

C’est Alpha Condé en personne qui a expliqué récemment aux militants du RPG comment il avait résolu un dilemme similaire à celui que Macky Sall avait eu sur la situation de l’étudiant guinéen.  Il déclare : « À un moment donné, nous étions presqu’arrivés à la fin, nous avons même voulu enlever le centre d’isolement à l’hôpital Donka. Mais, malheureusement au Liberia, où il y a eu la maladie dans une zone presqu’abandonnée, où il n’y a pas une présence remarquable des services du gouvernement. Mais, ils (les Libériens) sont nos frères et tant qu’il y aura un cas d’Ébola en Sierra Léone ou au Liberia, nous ne serons pas aussi à l’abri. »  Parlant du passage illégal des frontières par une personne infectée, il enchaine : « Le malade qui a quitté le Liberia pour le Nigeria par la voie aérienne, cela n’est pas possible en Guinée et la victime savait en plus que c’est Ébola qui a tué sa sœur. Je vous assure que cela n’est pas possible en Guinée, d’ailleurs, à l’aéroport ici, on prend la température trois fois ».  Ce propos indique qu’Alpha Condé adopte maintenant la même attitude responsable que Macky Sall et les présidents de la Côte d’Ivoire, de la Guinée Bissau, et de la Mauritanie. Il contrôle les frontières aériennes pour empêcher l’introduction de personnes infectées en Guinée et aurait certainement eu la même réaction de colère que Macky Sall si un étranger infecté arrivait à contourner les contrôles mis en place pour se faufiler en Guinée à travers les frontières terrestres et propager la maladie aux Guinéens. Les militants ou autres opportunistes politiques qui en veulent au Sénégal et à son président devraient peut être s’inspirer du changement d’attitude du président Alpha Condé sur la question de la maladie Ebola.

 

La guerre verbale déclenchée par les partisans du régime et de politiciens en mal de publicité est une guerre dans laquelle la Guinée a tout à perdre, car c’est la Guinée qui a besoin en ce moment de l’appui du Sénégal et non l’inverse. Environ un quart de la population du Sénégal est d’origine guinéenne et se réclame d’une ascendance peule ou mandingue.  En Casamance, vous vous croirez en Haute Guinée, alors qu’à Dakar le marché Sandaga aves ses commerçants peuls rappelle le marché de Madina.  La plupart des intellectuels de la Guinée depuis l’Indépendance ont été formés au Sénégal et une bonne partie de nos ministres y ont séjourné.  C’est un tour cruel du destin qui a fait que la Guinée, à force de purges politiques, fit éteindre ses lumières sorties de William-Ponty alors que le Sénégal valorisait les leurs.

 

En se positionnant comme chantre de la démocratie dans une région troublée par des crises politiques et guerres à n’en plus finir, le Sénégal s’est attiré la faveur des investisseurs, et bénéficie d’une « rente démocratique » plus sure que la « rente minière » qui affole les Guinéens.  Ce pays sahélien est un exemple à suivre, n’en déplaise aux nationalistes à la petite semaine.

 

Il faut noter que sur décision imminente du gouvernement, les autorités sénégalaises ont décidé l'ouverture du couloir humanitaire à Dakar en faveur des efforts de lutte contre Ébola.

 

GuineenewsDurant les années 1970, alors que les pays frères du Sénégal et de la Côte d’Ivoire jouissaient de la prospérité et du progrès sociopolitique, les Guinéens étaient invités par leur président à se vautrer dans leur sous-développement chronique, à développer la culture de la médiocrité,  et à mépriser tous ceux qui aspirent au progrès par leur travail.

 

 Se croyant bénis par leur richesse naturelle, les Guinéens ont élevé la médiocrité en religion. S’agissant des progrès fulgurants de la Côte d’Ivoire et du Sénégal, les Guinéens disaient : « Poroto ! Ils sont des valets de l’impérialisme.  Ils n’ont que la croissance économique, alors que nous avons le développement économique harmonisé dans la voie de développement socialiste et religionnaire sous la direction de notre responsable suprême…Notre prési est le meilleur, il a la meilleure vision ».

 

Plutôt que d’émuler leurs voisins, les Guinéens avaient érigé en devoir patriotique le fait d’insulter les leaders progressistes

des pays voisins. Chaque meeting politique, chaque discours se terminait par des insultes infantiles envers les présidents Léopold Sedar Senghor et Félix Houphouët-Boigny. A la montée des couleurs comme aux salutations d’usage envers les maîtres et professeurs, les élèves et étudiants guinéens avaient reçu l’ordre du PDG, Parti-Etat, de marquer tous leurs actes par le slogan « Vive le président Ahmed Sékou Touré, responsable suprême de la révolution, A Bas les Fantoches Houphouët et Senghor ».  Près d’un demi-siècle plus tard, la Guinée se distingue par son paradoxe : dans tout classement international, elle occupe la bonne place dans tout ce qui est mauvais (source Ebola, violence, instabilité chronique, insalubrité, obscurité, inflation, sous-développement, corruption) et est parmi les derniers dans tout ce qui est bon (développement humain, croissance économique, compétitivité, Etat de droit, progrès démocratique, gouvernance).  Au lieu de s’adresser aux problèmes systémiques qui sont à la base de ce paradoxe, chaque régime essaye de trouver des boucs émissaires pour justifier son échec.

 

Alpha Condé le « bon », et Macky Sall la « brute » dans l’Affaire des 20 millions de la BCRG

 

Les partisans d’Alpha Condé, pour la plupart héritiers du régime Sékou Touré, veulent rééditer cet exploit de diaboliser plutôt que de rivaliser un pays frère qui arrive à s’en sortir malgré les difficultés et accidents de parcours.  Leur cible est maintenant le Sénégal. Ils ne se remettent toujours pas de l’embarras de l’épisode des milliards de la BCRG interceptés à Dakar.  Ils accusent Macky Sall et son gouvernement d’avoir comploté pour embarrasser Alpha Condé en transformant une affaire de routine de la BCRG en une affaire d’Etat. Leur plus grande défense est de faire croire que les douaniers de Macky étaient sensés savoir que le transport de devises dans un petit avion par un opérateur obscur était une opération normale, puisque la BCRG est habilitée légalement à faire le transport de devises au compte de la Guinée.  Plutôt intéressés à blanchir « leur » régime par tous les moyens, ils ne se préoccupent pas des zones d’ombre qui donnent au transfert une apparence mafieuse ou tout au moins une opération faite à la va-vite et en contravention de toute mesure de prudence et d’orthodoxie bancaires. Ils sont satisfaits de la défense assez bancale de la BCRG qui consiste à dire : « on le fait tout le temps ! » Comme si cela était une garantie ou une preuve suffisante contre la fraude. Les efforts de diversion sont multiples et dans toutes les directions : focus sur le défilé-victoire pour célébrer la bonne santé du président (et noyer les questions sur la santé de la Nation), création de « Chicagogate » (pour contrer « Dakargate »), colère contre Macky Sall (au lieu de s’en prendre à la désinvolture d’Alpha Condé envers la maladie Ebola).

 

La défense qui consiste à dire « on le fait tout le temps, donc c’est normal » ignore la nécessité de contrôle qui est le socle de la sécurité du système financier surtout dans un pays à haut-risque comme la Guinée. Mais, elle est confortée par le silence assourdissant des gendarmes de la finance internationale, sous l’influence des lobbys du président. On est loin de la situation d’IBK au Mali où les missions de contrôle régulières du FMI servent à détecter des irrégularités, à apporter la lumière, et à prendre des mesures correctives. Lorsqu’IBK a voulu s’acheter un avion en mai dernier, le chef du FMI à Bamako l’avait stoppé net dans son élan : « Nous avons appris cet achat après coup, en lisant la presse…des discussions sont en cours avec les autorités maliennes. Nous leur posons des questions sur l’achat de cet avion, sur les procédures qui ont été suivies. Nous demandons aussi des explications sur un contrat d’armement passé avec le ministère de la Défense ».  En Guinée, cette histoire serait passée comme une lettre à la poste, avec les félicitations d’usage pour avoir atteint tous les paramètres de satisfaction. C’est donc aux Guinéens de tirer l’affaire au clair puisque que les lobbys vont essayer de l’étouffer comme dans le cas du scandale de Palladino. Il ne faut pas se fier trop vite aux apparences de régularité, car il n’est pas un fait qui commence. La confiance n’exclue pas le contrôle, et ceux qui se font défenseurs d’une situation aussi opaque doivent aller au bout de leur logique d’impunité : On tue tout le temps en Guinée, donc c’est normal ;  on triche tout le temps aux élections, donc c’est normal ; les hauts cadres de l’Etat volent tout le temps les deniers publics, donc c’est normal !

 

On peut s’imaginer un commerçant import-export qui bénéficie de dérogations douanières et fiscales et qui profite du manque de contrôle pour sortir du cadre ordinaire de son activité pour substituer des activités illicites à celles autorisées. Si à chaque doute du douanier sur ses activités, la réponse du commerçant est : « Mais je le fait tout le temps ! C’est normal et il n’y a rien à vérifier », ce serait le début de régularisation d’une activité illicite.  Ce scénario est assez plausible en Guinée, classée comme l’un des pays les plus corrompus du monde et le pays le plus corrompu de la sous-région. Que la BCRG ne prenne même pas la peine d’instituer en son sein les règles élémentaires de contrôle de la fraude et du blanchiment d’argent en dit long sur sa volonté d’accommoder le statu quo. Que le changement d’Alpha Condé tant vantée sous la surveillance du FMI trouve normal que la BCRG emprunte les méthodes utilisées par les narcotrafiquants pour mener les opérations officielles de transfert transfrontalier de devises en espèces montre à quel point la Guinée est en train de poursuivre sa voie vers une destinée de narco-Etat. Selon les explications de la BCRG, c’est tout à fait normal de transporter des espèces dans un petit avion affrété par l’entremise d’un prestataire à la petite semaine, inconnu en  matière de transport de fonds, et engagé sur la base d’un recrutement opaque. Le transfert s’est fait sur la base de pièces justificatives douteuses et à la limite de la fraude douanière (les montants déclarés étant différents des montants transportés).  La destination des fonds est Dubaï, une des capitales mondiales du blanchiment de fonds de la drogue.

 

Au lieu d’éclairer les zones d’ombre, le pouvoir et ses affidés ont trouvé un bouc émissaire en Macky Sall, le président du Sénégal.  Parce que ce sont les douaniers sénégalais qui ont intercepté la somme et ensuite ébruité l’affaire. Et pourtant, le gouvernement sénégalais avait agi en toute discrétion pour ne pas embarrasser Alpha Condé avec une affaire de saisie de devises. Malgré les protestations de leur service de douane, les autorités sénégalaises avaient décidé de fermer les yeux et de laisser passer les fonds, malgré les irrégularités constatées, en déférence aux plus hautes autorités guinéennes qui avaient plaidé pour la résolution de l’affaire. L’affaire ne sera ébruitée qu’une dizaine de jours plus tard, lorsqu’un des douaniers qui avaient participé à la saisie des fonds avait décidé de se confier à la presse pour faire part de son amertume et sa frustration de ne pas pouvoir toucher une importance prime de saisie suite à la décision de son gouvernement de laisser passer les fonds. Selon certaines sources, même les représentants de la « communauté internationale » au Sénégal avaient déploré la décision du gouvernement sénégalais de laisser passer les fonds. La presse étant libre au Sénégal, le gouvernement ne pouvait pas faire obstruction à une nouvelle qui était en partie vraie.

 

Alpha Condé le « bon », Macky Sall le « méchant » dans la gestion de l’épidémie Ebola

 

Tout récemment, les amis et soutiens du pouvoir, plutôt que de s’occuper de la désinvolture du président envers la gestion de la maladie d’Ebola, s’en prenaient à Macky Sall parce que ce dernier a pris ses responsabilités sous la pression de sa population. Ces indignations sélectives semblent épouser les lignes de démarcation ethno-politique de la Guinée en confondant le président d’un pays souverain à ses adversaires politiques à abattre.  Macky Sall avait certes dénoncé l’attitude irresponsable et à la limite criminelle de l’étudiant guinéen, même si c’est le désespoir qui l’avait motivé. Il était obligé de s’indigner, car contrairement au système politique guinéen qui permet à celui qui accède au pouvoir de le garder pour de bon, même sans résultats, Macky Sall est soumis à la pression démocratique de ses citoyens. Son parti se remet à peine d’une raclée électorale infligée par des Sénégalais non contents de sa gestion, et il ne peut se permettre d’être complaisant sur un sujet d’intérêt national. Un éditorial du journal LeukSenegal.com résume le sentiment de l’opinion sénégalaise suite à la nouvelle de l’importation d’Ebola dans leur pays par un étudiant guinéen. S’indignant que la leçon du bateau « LE JOOLA » n’ai pas été retenue, le journal se lamente : « Au moment où il lui fallait rassurer son peuple et prendre une décision aussi idoine que fermer les frontières depuis l’officialisation du 1er cas en Guinée voisine, le président Macky Sall a choisi d’aller à une rencontre de petits présidents quémandeurs à Washington… avant de rallier Paris pour des vacances avec sa femme. Entre temps, les frontières du Sénégal n’étant toujours pas fermées, Ebola est passé sans visa, dans un car 52 places venant de Conakry… 52 personnes toutes potentiellement exposées dont personne n’a ni traces ni informations… 52 personnes qui sont allées retrouver leurs familles de 5 personnes minimum… ce qui fait penser que 260 personnes, au moins, sont en contact direct ou indirect avec Ebola. Les conséquences sont incommensurables ! Le Sénégal est en danger !  Gouverner, c’est prévoir. Pour la menace Ebola, Macky Sall n’a fait ni l’un, ni l’autre. Il a trahi ses compatriotes ».

 

Dans l’opinion sénégalaise, l’étudiant guinéen a mis volontairement en risque 67 personnes dans un pays étranger pour essayer de sauver sa vie. Fut-il un étudiant sénégalais venant d’une autre région du pays, sa responsabilité n’en serait pas amoindrie. D’ailleurs, le ministre sénégalais de la justice avait rappelé à la population que tout sénégalais affecté qui ne se conforme pas à la recommandation de l’autorité de se soumettre à la quarantaine durant laquelle il sera soumis à un contrôle approprié serait en infraction avec la loi.  Parlant de l’importation de la maladie Ebola dans son pays par l’étudiant guinéen, Macky avait déclaré : “Si ce n’était pas son état santé, il doit être poursuivi par les juridictions de notre pays. Car nos frontières ont été fermées donc ce jeune a violé nos lois.” Il n’en fallait pas plus pour que les partisans du pouvoir déclenchent une guerre verbale contre le Sénégal. Pourtant, c’est la vérité que loi avait été violée et que l’étudiant a exposé beaucoup de personnes à des risques d’attraper la maladie.  Mais dans une Guinée habituée à l’impunité et au manque de responsabilité et d’imputabilité, c’est devenu un crime que de s’en prendre à celui qui viole la loi, sauf si le délit concerne une personne du côté opposé de la ligne de démarcation ethno-politique.

 

Certains sénégalais ne contiennent pas leur colère face à cette action, mais leur gouvernement multiplie les appels au calme malgré les rodomontades de Guinéens en quête de bouc émissaire pour leurs malheurs.  Lorsque des jeunes ont voulu la semaine dernière envahir l'hôpital de Dakar où est soigné le jeune guinéen infecté pour s'en prendre à lui, le gouvernement sénégalais avait déployé les forces de l’ordre pour les en empêcher.  Par la suite, Macky Sall avait publiquement appelé sa population "à la sérénité" et l'avait invitée à « éviter la stigmatisation, tout en faisant preuve de solidarité avec les autres pays voisins. »  Le 2 septembre passé, il a invité les chefs religieux et coutumiers, hommes politiques et leaders syndicaux ainsi que tous les démembrements de la société à participer à la lutte contre Ebola. Il a aussi lancé un appel à la solidarité : « Pour l’heure, la solidarité et la cohésion nationale sont essentielles pour que le combat soit gagné », avait-il déclaré avant de rendre hommage aux populations pour leur calme devant le cas d’Ebola importé de Guinée et de les inviter à « faire preuve de solidarité envers les pays frères dont les populations continuent de souffrir de cette maladie. »  D’ailleurs le jeune guinéen a réussi le pari de sauver sa vie grâce à Dieu et aux soins intensifs des médecins sénégalais.

 

Le Sénégal, réalisant très tôt le risque de propagation d’Ebola avait pris le soin de fermer ses frontières alors que le gouvernement guinéen tentait de faire croire de façon irresponsable que la maladie était sous contrôle et la que la population n’avait rien à craindre.  En même temps, le Sénégal avait envoyé les premiers secours en Guinée pour permettre au pays de détecter et de contrôler la maladie d’Ebola. Il a fallu que l’Institut Pasteur de Dakar (IPD) s’implique avec les autorités guinéennes pour confirmer que la maladie mystérieuse de la forêt était l’Ebola.  Immédiatement, l’IPD a installé en mars 2014 un laboratoire en Guinée et a confirmé des cas suspects. Par la suite, l’IPD a déployé des virologistes et experts  à l’hôpital Donka à Conakry où se trouve le centre de traitement des patients. Grâce aux travaux de IPD, près de 500 échantillons sont testés et 113 cas confirmés en Guinée.  Les équipes de l’IPD ont aussi formé une équipe de 10 techniciens guinéens au diagnostic du virus Ebola et aux méthodes de prélèvement chez les patients.

 

Cas similaire d’importation d’Ebola au Nigéria et réaction du pays

 

Les Guinéens qui flétrissent l’attitude responsable du Sénégal doivent faire un parallèle avec l’attitude d’un autre pays responsable, le Nigéria, devant la menace de la propagation de la fièvre Ebola. Patrick Sawyer était un fonctionnaire du ministère des Finances du Liberia. Comme le jeune étudiant guinéen, le drame d’Ebola frappe sa famille. Sa sœur est atteinte et il prend soin d’elle jusqu’à ce qu’elle rende l’amé le 8 juillet 2014.  Il l’enterre sans trop de précautions et est contaminé en conséquence. Il réalise qu’il est atteint mais admet à sa femme Decontie Sawyer, qui vit aux Etats-Unis, qu’il n’avait aucune confiance au système sanitaire du Liberia, et qu’il voudrait se rendre au Nigeria qui avait de meilleures cliniques. Une douzaine de jours après l’enterrement de sa sœur, il s’arrange à se rendre en mission officielle au Nigeria, malgré l’interdiction à toute personne infectée de se déplacer dans le pays à plus forte raison traverser les frontières nationales.  Sa femme expliquera plus tard le dilemme : « Patrick ne voulait prendre aucun risque sur sa vie, car plusieurs personnes dépendaient de lui…il avait la passion de vivre et n’avait aucune envie de mourir. Je parie qu’il pensait que si seulement il pouvait atteindre le Nigéria, qui est beaucoup plus développé que le Libéria, il allait s’en sortir…Patrick était donc allé au Libéria parce qu’il pensait que s’il allait dans un hôpital libérien, on allait immédiatement le déclarer atteint d’Ebola même si ce n’était pas le cas.  Il avait donc pris le risque d’aller au Nigeria pensant que si les cliniques de ce pays concluaient qu’il souffrait d’Ebola, il aurait aussi de meilleures chances d’avoir un traitement approprié…Il était mu par le désespoir, avait peur de mourir et croyait que son salut était le Nigeria ».

 

Malheureusement, le sort décidera autrement.  Patrick Sawyer décédera dans une clinique peu de temps après sa descente d’avion. Durant le voyage, il avait été en contact dangereux avec 59 personnes aux aéroports de Monrovia et Lagos et à la clinique qui l’avait admis. Huit membres du personnel médical de la clinique seront mis en quarantaine au centre des maladies infectieuse de Yaba, dont une des infirmières qui l’avait admis et ausculté. Elle deviendra d’ailleurs la première victime d’Ebola dans le pays. Cinq autres membres du corps de la santé, dont une doctoresse, avaient été testés positifs pour la maladie et sont en traitement.

 

Les Nigérians étaient assez remontés car la venue de Sawyer était une entorse à l’attitude responsable qu’ils avaient adoptée jusque-là. Dès que la maladie a été déclarée en Guinée, alors que le président guinéen et son gouvernement faisaient tout pour la minimiser, le président du Nigeria avait demandé en avril dernier au Bureau du Conseiller à la Sureté Nationale du Nigéria de faire une analyse et des recommandations sur la gestion du risque pour le Nigéria.  Le rapport qui en a résulté recommandait au gouvernement nigérian d’agir comme si « Ebola était à nos portes », de tenir compte des implications pour la sureté nationale, et de mettre en œuvre un plan de gestion de crise avant même que la crise ne se matérialise.  

 

Donnant libre cours à leur colère, les Nigérians s’en prenaient à toute personne de nationalité libérienne.  Ils traitaient Patrick Sawyer de « terroriste biologique » qui a choisi de venir au Nigeria pour faire exploser sa bombe « ébolatique ».  Le 8 août 2014, alors que la Guinée, épicentre de la maladie, refusait l’injonction de l’OMS recommandant à tous les pays affectés de déclarer l’état d’urgence, le président Jonathan Good Luck déclarait l’état d’urgence au Nigeria et mobilisait immédiatement un fonds d’urgence de 11,7 millions de dollars pour combattre la maladie. Le 11 août 2014, lors d’une conférence organisée par les chefs des deux grandes religions du pays, le Sultan de Sokoto, Alhaji Muhammad Sa’ad Abubakar III et l’Archevêque catholique d’Abuja John Cardinal Onaiyekan, le président Jonathan Good Luck a explosé sa colère envers le défunt Patrick Sawyer.  Oubliant même le respect dû aux morts, il déclare : « C’est regrettable qu’un forcené nous ai envoyé l’Ebola, mais nous devrons travailler à contenir la maladie. Il a amené cette maladie au Nigéria sachant que sa sœur est décédée d’Ebola et qu’il n’avait pas pris les précautions d’usage durant les funérailles, au point qu’il fut contaminé.  Son pays l’avait pourtant demandé de ne pas voyager, de se faire observer, mais le fou a décidé de quitter et de se faufiler à travers nos frontières pour venir s’échouer chez nous, et maintenant nous en souffrons…»

 

Après le décès de Patrick Sawyer, le gouvernement avait immédiatement ordonné que son corps soit incinéré pour en finir avec le virus.

 

Pendant une bonne semaine, il n’était bon d’être Libérien au Nigéria.  Les exactions étaient telles que l’ambassadeur du Libéria avait plaidé auprès des autorités nigérianes. Afin d’éviter un incident diplomatique, et en chef d’Etat responsable, la Présidente du Liberia fut obligée d’appeler le président Good Luck pour présenter personnellement ses excuses.  Elle avait ensuite intervenue sur la chaine CNN pour présenter les excuses de son gouvernement au peuple du Nigéria pour les actes irresponsables de Patrick Sawyer qui avaient mené à l’introduction du virus au Nigeria. Aujourd’hui, certains Sierra Léonais et Libériens blâment leurs présidents pour n’avoir fermé leurs frontières avec la Guinée suite à l’apparition de la maladie en Guinée forestière.  Les Guinéens ne se sentent même pas coupables du fait que la maladie ait échappé de chez eux pour se propager dans les autres pays du fait du laxisme et la désinvolture prônée par leur gouvernement.  Leur  président les a fait croire qu’Ebola était un mythe : « On a fait tout un mythe autour de cette maladie, mais le palu tue mille fois plus de personnes qu’Ebola ainsi que la méningite. Depuis qu’Ebola a commencé en Afrique, il n’y a eu que 1700 morts ». Alors que la maladie se propageait à grande vitesse, le numéro un Guinéen se rendait à l’épicentre de la maladie et déclarait : « Nous n'avons pas peur d'Ebola ».  Les caciques de son parti criaient tantôt à la propagande tantôt au complot ourdi par des anti-Guinéens.  Le président encourageait les Guinéens à ne se faire de soucis à propos de la maladie, car elle est contrôlée :« C'est pourquoi, nous allons à Guéckédou serrer les mains des gens », dira Alpha Condé.  Obama en personne a dû faire récemment un message télévisé à l’intention des Guinéens et de leurs voisins de la Sierra Léone et du Libéria pour mieux les éduquer sur les modes de propagation de la maladie : « Le mode de transmission le plus courant est le contact direct avec les fluides corporels d’une personne infectée ou qui en est décédée, sueur, salive ou sang, par exemple, ou avec un objet contaminé, comme une seringue. C’est pour ça que la maladie se propage plus rapidement lorsque les patients sont soignés chez eux ou qu’ils sont portés en terre par leur famille et leurs amis ».

 

La reconversion tardive mais bienvenue d’Alpha Condé

 

Même si c’est venu assez tard, il est encourageant de voir que le président guinéen commence maintenant à prendre la juste mesure de l’ampleur du mal d’Ebola. Durant la réunion de son parti le samedi passé (toujours en train de confondre les fonctions de chef de parti et de chef d’Etat), le président a tenu le discours responsable qu’il devrait tenir il y a sept mois au lendemain de l’apparition de la maladie : « Tout Guinéen, quel que soit son bord politique ou association, qu’il soit de la société civile ou syndicat doit se lever pour lutter contre cette maladie qui est devenue une préoccupation mondiale. Si non, on risque d’être isolé… Cette maladie est un malheur, mais faisons tout pour qu’elle soit notre bonheur. Pour cela, il faut que chacun écoute les médecins ou le personnel sanitaire. Aujourd’hui, beaucoup de médecins sont morts par faute de protection, ils doivent porter des gants…» 

 

La Guinée se distingue comme pays-source et donc l’exportateur d’Ebola dans la sous-région et les Guinéens ne devraient pas s’ériger en donneurs de leçons de solidarité à ceux qui tentent de contenir la propagation de l’épidémie au sein de leurs frontières. L’expérience récente a démontré que les pays qui prennent très tôt des mesures responsables pour contenir ou éviter l’épidémie au sein de leurs frontières ont mieux réussi à contrer la propagation de la maladie que les pays qui ont opté pour le laisser-aller.  Les situations d’Ebola sont plutôt contrôlées en Mauritanie qui avait fermé ses frontières avec le Sénégal ; et en Côte d’Ivoire, au Sénégal et en Guinée Bissau qui avaient fermé leurs frontières avec la Guinée.  Par contre, le Libéria et la Sierra Leone qui n’avaient pas pris ce genre de mesures pour ne pas vexer les Guinéens ont payé un lourd tribut et souffrent aujourd’hui plus que la Guinée. D’autre part, la Guinée commence à payer cher son goût pour la solution facile qui consistait à inciter tous les pays exposés à être « solidaires » c’est-à-dire ne pas prendre les mesures contraignantes nécessaires pour contrôler l’épidémie. Dans un effet boomerang funeste, la gentillesse et solidarité de la Sierra Leone et du Liberia ont rendu l’épidémie Ebola plus difficile à gérer pour la Guinée vu la porosité des frontières et le manque de contrôle des flux migratoires des malades de ces pays vers la Guinée.

 

C’est Alpha Condé en personne qui a expliqué récemment aux militants du RPG comment il avait résolu un dilemme similaire à celui que Macky Sall avait eu sur la situation de l’étudiant guinéen.  Il déclare : « À un moment donné, nous étions presqu’arrivés à la fin, nous avons même voulu enlever le centre d’isolement à l’hôpital Donka. Mais, malheureusement au Liberia, où il y a eu la maladie dans une zone presqu’abandonnée, où il n’y a pas une présence remarquable des services du gouvernement. Mais, ils (les Libériens) sont nos frères et tant qu’il y aura un cas d’Ébola en Sierra Léone ou au Liberia, nous ne serons pas aussi à l’abri. »  Parlant du passage illégal des frontières par une personne infectée, il enchaine : « Le malade qui a quitté le Liberia pour le Nigeria par la voie aérienne, cela n’est pas possible en Guinée et la victime savait en plus que c’est Ébola qui a tué sa sœur. Je vous assure que cela n’est pas possible en Guinée, d’ailleurs, à l’aéroport ici, on prend la température trois fois ».  Ce propos indique qu’Alpha Condé adopte maintenant la même attitude responsable que Macky Sall et les présidents de la Côte d’Ivoire, de la Guinée Bissau, et de la Mauritanie. Il contrôle les frontières aériennes pour empêcher l’introduction de personnes infectées en Guinée et aurait certainement eu la même réaction de colère que Macky Sall si un étranger infecté arrivait à contourner les contrôles mis en place pour se faufiler en Guinée à travers les frontières terrestres et propager la maladie aux Guinéens. Les militants ou autres opportunistes politiques qui en veulent au Sénégal et à son président devraient peut être s’inspirer du changement d’attitude du président Alpha Condé sur la question de la maladie Ebola.

 

La guerre verbale déclenchée par les partisans du régime et de politiciens en mal de publicité est une guerre dans laquelle la Guinée a tout à perdre, car c’est la Guinée qui a besoin en ce moment de l’appui du Sénégal et non l’inverse. Environ un quart de la population du Sénégal est d’origine guinéenne et se réclame d’une ascendance peule ou mandingue.  En Casamance, vous vous croirez en Haute Guinée, alors qu’à Dakar le marché Sandaga aves ses commerçants peuls rappelle le marché de Madina.  La plupart des intellectuels de la Guinée depuis l’Indépendance ont été formés au Sénégal et une bonne partie de nos ministres y ont séjourné.  C’est un tour cruel du destin qui a fait que la Guinée, à force de purges politiques, fit éteindre ses lumières sorties de William-Ponty alors que le Sénégal valorisait les leurs.

 

En se positionnant comme chantre de la démocratie dans une région troublée par des crises politiques et guerres à n’en plus finir, le Sénégal s’est attiré la faveur des investisseurs, et bénéficie d’une « rente démocratique » plus sure que la « rente minière » qui affole les Guinéens.  Ce pays sahélien est un exemple à suivre, n’en déplaise aux nationalistes à la petite semaine.

 

Il faut noter que sur décision imminente du gouvernement, les autorités sénégalaises ont décidé l'ouverture du couloir humanitaire à Dakar en faveur des efforts de lutte contre Ébola.

 

GuineenewsDurant les années 1970, alors que les pays frères du Sénégal et de la Côte d’Ivoire jouissaient de la prospérité et du progrès sociopolitique, les Guinéens étaient invités par leur président à se vautrer dans leur sous-développement chronique, à développer la culture de la médiocrité,  et à mépriser tous ceux qui aspirent au progrès par leur travail.

 

 Se croyant bénis par leur richesse naturelle, les Guinéens ont élevé la médiocrité en religion. S’agissant des progrès fulgurants de la Côte d’Ivoire et du Sénégal, les Guinéens disaient : « Poroto ! Ils sont des valets de l’impérialisme.  Ils n’ont que la croissance économique, alors que nous avons le développement économique harmonisé dans la voie de développement socialiste et religionnaire sous la direction de notre responsable suprême…Notre prési est le meilleur, il a la meilleure vision ».

 

Plutôt que d’émuler leurs voisins, les Guinéens avaient érigé en devoir patriotique le fait d’insulter les leaders progressistes des pays voisins. Chaque meeting politique, chaque discours se terminait par des insultes infantiles envers les présidents Léopold Sedar Senghor et Félix Houphouët-Boigny. A la montée des couleurs comme aux salutations d’usage envers les maîtres et professeurs, les élèves et étudiants guinéens avaient reçu l’ordre du PDG, Parti-Etat, de marquer tous leurs actes par le slogan « Vive le président Ahmed Sékou Touré, responsable suprême de la révolution, A Bas les Fantoches Houphouët et Senghor ».  Près d’un demi-siècle plus tard, la Guinée se distingue par son paradoxe : dans tout classement international, elle occupe la bonne place dans tout ce qui est mauvais (source Ebola, violence, instabilité chronique, insalubrité, obscurité, inflation, sous-développement, corruption) et est parmi les derniers dans tout ce qui est bon (développement humain, croissance économique, compétitivité, Etat de droit, progrès démocratique, gouvernance).  Au lieu de s’adresser aux problèmes systémiques qui sont à la base de ce paradoxe, chaque régime essaye de trouver des boucs émissaires pour justifier son échec.

 

Alpha Condé le « bon », et Macky Sall la « brute » dans l’Affaire des 20 millions de la BCRG

 

Les partisans d’Alpha Condé, pour la plupart héritiers du régime Sékou Touré, veulent rééditer cet exploit de diaboliser plutôt que de rivaliser un pays frère qui arrive à s’en sortir malgré les difficultés et accidents de parcours.  Leur cible est maintenant le Sénégal. Ils ne se remettent toujours pas de l’embarras de l’épisode des milliards de la BCRG interceptés à Dakar.  Ils accusent Macky Sall et son gouvernement d’avoir comploté pour embarrasser Alpha Condé en transformant une affaire de routine de la BCRG en une affaire d’Etat. Leur plus grande défense est de faire croire que les douaniers de Macky étaient sensés savoir que le transport de devises dans un petit avion par un opérateur obscur était une opération normale, puisque la BCRG est habilitée légalement à faire le transport de devises au compte de la Guinée.  Plutôt intéressés à blanchir « leur » régime par tous les moyens, ils ne se préoccupent pas des zones d’ombre qui donnent au transfert une apparence mafieuse ou tout au moins une opération faite à la va-vite et en contravention de toute mesure de prudence et d’orthodoxie bancaires. Ils sont satisfaits de la défense assez bancale de la BCRG qui consiste à dire : « on le fait tout le temps ! » Comme si cela était une garantie ou une preuve suffisante contre la fraude. Les efforts de diversion sont multiples et dans toutes les directions : focus sur le défilé-victoire pour célébrer la bonne santé du président (et noyer les questions sur la santé de la Nation), création de « Chicagogate » (pour contrer « Dakargate »), colère contre Macky Sall (au lieu de s’en prendre à la désinvolture d’Alpha Condé envers la maladie Ebola).

 

La défense qui consiste à dire « on le fait tout le temps, donc c’est normal » ignore la nécessité de contrôle qui est le socle de la sécurité du système financier surtout dans un pays à haut-risque comme la Guinée. Mais, elle est confortée par le silence assourdissant des gendarmes de la finance internationale, sous l’influence des lobbys du président. On est loin de la situation d’IBK au Mali où les missions de contrôle régulières du FMI servent à détecter des irrégularités, à apporter la lumière, et à prendre des mesures correctives. Lorsqu’IBK a voulu s’acheter un avion en mai dernier, le chef du FMI à Bamako l’avait stoppé net dans son élan : « Nous avons appris cet achat après coup, en lisant la presse…des discussions sont en cours avec les autorités maliennes. Nous leur posons des questions sur l’achat de cet avion, sur les procédures qui ont été suivies. Nous demandons aussi des explications sur un contrat d’armement passé avec le ministère de la Défense ».  En Guinée, cette histoire serait passée comme une lettre à la poste, avec les félicitations d’usage pour avoir atteint tous les paramètres de satisfaction. C’est donc aux Guinéens de tirer l’affaire au clair puisque que les lobbys vont essayer de l’étouffer comme dans le cas du scandale de Palladino. Il ne faut pas se fier trop vite aux apparences de régularité, car il n’est pas un fait qui commence. La confiance n’exclue pas le contrôle, et ceux qui se font défenseurs d’une situation aussi opaque doivent aller au bout de leur logique d’impunité : On tue tout le temps en Guinée, donc c’est normal ;  on triche tout le temps aux élections, donc c’est normal ; les hauts cadres de l’Etat volent tout le temps les deniers publics, donc c’est normal !

 

On peut s’imaginer un commerçant import-export qui bénéficie de dérogations douanières et fiscales et qui profite du manque de contrôle pour sortir du cadre ordinaire de son activité pour substituer des activités illicites à celles autorisées. Si à chaque doute du douanier sur ses activités, la réponse du commerçant est : « Mais je le fait tout le temps ! C’est normal et il n’y a rien à vérifier », ce serait le début de régularisation d’une activité illicite.  Ce scénario est assez plausible en Guinée, classée comme l’un des pays les plus corrompus du monde et le pays le plus corrompu de la sous-région. Que la BCRG ne prenne même pas la peine d’instituer en son sein les règles élémentaires de contrôle de la fraude et du blanchiment d’argent en dit long sur sa volonté d’accommoder le statu quo. Que le changement d’Alpha Condé tant vantée sous la surveillance du FMI trouve normal que la BCRG emprunte les méthodes utilisées par les narcotrafiquants pour mener les opérations officielles de transfert transfrontalier de devises en espèces montre à quel point la Guinée est en train de poursuivre sa voie vers une destinée de narco-Etat. Selon les explications de la BCRG, c’est tout à fait normal de transporter des espèces dans un petit avion affrété par l’entremise d’un prestataire à la petite semaine, inconnu en  matière de transport de fonds, et engagé sur la base d’un recrutement opaque. Le transfert s’est fait sur la base de pièces justificatives douteuses et à la limite de la fraude douanière (les montants déclarés étant différents des montants transportés).  La destination des fonds est Dubaï, une des capitales mondiales du blanchiment de fonds de la drogue.

 

Au lieu d’éclairer les zones d’ombre, le pouvoir et ses affidés ont trouvé un bouc émissaire en Macky Sall, le président du Sénégal.  Parce que ce sont les douaniers sénégalais qui ont intercepté la somme et ensuite ébruité l’affaire. Et pourtant, le gouvernement sénégalais avait agi en toute discrétion pour ne pas embarrasser Alpha Condé avec une affaire de saisie de devises. Malgré les protestations de leur service de douane, les autorités sénégalaises avaient décidé de fermer les yeux et de laisser passer les fonds, malgré les irrégularités constatées, en déférence aux plus hautes autorités guinéennes qui avaient plaidé pour la résolution de l’affaire. L’affaire ne sera ébruitée qu’une dizaine de jours plus tard, lorsqu’un des douaniers qui avaient participé à la saisie des fonds avait décidé de se confier à la presse pour faire part de son amertume et sa frustration de ne pas pouvoir toucher une importance prime de saisie suite à la décision de son gouvernement de laisser passer les fonds. Selon certaines sources, même les représentants de la « communauté internationale » au Sénégal avaient déploré la décision du gouvernement sénégalais de laisser passer les fonds. La presse étant libre au Sénégal, le gouvernement ne pouvait pas faire obstruction à une nouvelle qui était en partie vraie.

 

Alpha Condé le « bon », Macky Sall le « méchant » dans la gestion de l’épidémie Ebola

 

Tout récemment, les amis et soutiens du pouvoir, plutôt que de s’occuper de la désinvolture du président envers la gestion de la maladie d’Ebola, s’en prenaient à Macky Sall parce que ce dernier a pris ses responsabilités sous la pression de sa population. Ces indignations sélectives semblent épouser les lignes de démarcation ethno-politique de la Guinée en confondant le président d’un pays souverain à ses adversaires politiques à abattre.  Macky Sall avait certes dénoncé l’attitude irresponsable et à la limite criminelle de l’étudiant guinéen, même si c’est le désespoir qui l’avait motivé. Il était obligé de s’indigner, car contrairement au système politique guinéen qui permet à celui qui accède au pouvoir de le garder pour de bon, même sans résultats, Macky Sall est soumis à la pression démocratique de ses citoyens. Son parti se remet à peine d’une raclée électorale infligée par des Sénégalais non contents de sa gestion, et il ne peut se permettre d’être complaisant sur un sujet d’intérêt national. Un éditorial du journal LeukSenegal.com résume le sentiment de l’opinion sénégalaise suite à la nouvelle de l’importation d’Ebola dans leur pays par un étudiant guinéen. S’indignant que la leçon du bateau « LE JOOLA » n’ai pas été retenue, le journal se lamente : « Au moment où il lui fallait rassurer son peuple et prendre une décision aussi idoine que fermer les frontières depuis l’officialisation du 1er cas en Guinée voisine, le président Macky Sall a choisi d’aller à une rencontre de petits présidents quémandeurs à Washington… avant de rallier Paris pour des vacances avec sa femme. Entre temps, les frontières du Sénégal n’étant toujours pas fermées, Ebola est passé sans visa, dans un car 52 places venant de Conakry… 52 personnes toutes potentiellement exposées dont personne n’a ni traces ni informations… 52 personnes qui sont allées retrouver leurs familles de 5 personnes minimum… ce qui fait penser que 260 personnes, au moins, sont en contact direct ou indirect avec Ebola. Les conséquences sont incommensurables ! Le Sénégal est en danger !  Gouverner, c’est prévoir. Pour la menace Ebola, Macky Sall n’a fait ni l’un, ni l’autre. Il a trahi ses compatriotes ».

 

Dans l’opinion sénégalaise, l’étudiant guinéen a mis volontairement en risque 67 personnes dans un pays étranger pour essayer de sauver sa vie. Fut-il un étudiant sénégalais venant d’une autre région du pays, sa responsabilité n’en serait pas amoindrie. D’ailleurs, le ministre sénégalais de la justice avait rappelé à la population que tout sénégalais affecté qui ne se conforme pas à la recommandation de l’autorité de se soumettre à la quarantaine durant laquelle il sera soumis à un contrôle approprié serait en infraction avec la loi.  Parlant de l’importation de la maladie Ebola dans son pays par l’étudiant guinéen, Macky avait déclaré : “Si ce n’était pas son état santé, il doit être poursuivi par les juridictions de notre pays. Car nos frontières ont été fermées donc ce jeune a violé nos lois.” Il n’en fallait pas plus pour que les partisans du pouvoir déclenchent une guerre verbale contre le Sénégal. Pourtant, c’est la vérité que loi avait été violée et que l’étudiant a exposé beaucoup de personnes à des risques d’attraper la maladie.  Mais dans une Guinée habituée à l’impunité et au manque de responsabilité et d’imputabilité, c’est devenu un crime que de s’en prendre à celui qui viole la loi, sauf si le délit concerne une personne du côté opposé de la ligne de démarcation ethno-politique.

 

Certains sénégalais ne contiennent pas leur colère face à cette action, mais leur gouvernement multiplie les appels au calme malgré les rodomontades de Guinéens en quête de bouc émissaire pour leurs malheurs.  Lorsque des jeunes ont voulu la semaine dernière envahir l'hôpital de Dakar où est soigné le jeune guinéen infecté pour s'en prendre à lui, le gouvernement sénégalais avait déployé les forces de l’ordre pour les en empêcher.  Par la suite, Macky Sall avait publiquement appelé sa population "à la sérénité" et l'avait invitée à « éviter la stigmatisation, tout en faisant preuve de solidarité avec les autres pays voisins. »  Le 2 septembre passé, il a invité les chefs religieux et coutumiers, hommes politiques et leaders syndicaux ainsi que tous les démembrements de la société à participer à la lutte contre Ebola. Il a aussi lancé un appel à la solidarité : « Pour l’heure, la solidarité et la cohésion nationale sont essentielles pour que le combat soit gagné », avait-il déclaré avant de rendre hommage aux populations pour leur calme devant le cas d’Ebola importé de Guinée et de les inviter à « faire preuve de solidarité envers les pays frères dont les populations continuent de souffrir de cette maladie. »  D’ailleurs le jeune guinéen a réussi le pari de sauver sa vie grâce à Dieu et aux soins intensifs des médecins sénégalais.

 

Le Sénégal, réalisant très tôt le risque de propagation d’Ebola avait pris le soin de fermer ses frontières alors que le gouvernement guinéen tentait de faire croire de façon irresponsable que la maladie était sous contrôle et la que la population n’avait rien à craindre.  En même temps, le Sénégal avait envoyé les premiers secours en Guinée pour permettre au pays de détecter et de contrôler la maladie d’Ebola. Il a fallu que l’Institut Pasteur de Dakar (IPD) s’implique avec les autorités guinéennes pour confirmer que la maladie mystérieuse de la forêt était l’Ebola.  Immédiatement, l’IPD a installé en mars 2014 un laboratoire en Guinée et a confirmé des cas suspects. Par la suite, l’IPD a déployé des virologistes et experts  à l’hôpital Donka à Conakry où se trouve le centre de traitement des patients. Grâce aux travaux de IPD, près de 500 échantillons sont testés et 113 cas confirmés en Guinée.  Les équipes de l’IPD ont aussi formé une équipe de 10 techniciens guinéens au diagnostic du virus Ebola et aux méthodes de prélèvement chez les patients.

 

Cas similaire d’importation d’Ebola au Nigéria et réaction du pays

 

Les Guinéens qui flétrissent l’attitude responsable du Sénégal doivent faire un parallèle avec l’attitude d’un autre pays responsable, le Nigéria, devant la menace de la propagation de la fièvre Ebola. Patrick Sawyer était un fonctionnaire du ministère des Finances du Liberia. Comme le jeune étudiant guinéen, le drame d’Ebola frappe sa famille. Sa sœur est atteinte et il prend soin d’elle jusqu’à ce qu’elle rende l’amé le 8 juillet 2014.  Il l’enterre sans trop de précautions et est contaminé en conséquence. Il réalise qu’il est atteint mais admet à sa femme Decontie Sawyer, qui vit aux Etats-Unis, qu’il n’avait aucune confiance au système sanitaire du Liberia, et qu’il voudrait se rendre au Nigeria qui avait de meilleures cliniques. Une douzaine de jours après l’enterrement de sa sœur, il s’arrange à se rendre en mission officielle au Nigeria, malgré l’interdiction à toute personne infectée de se déplacer dans le pays à plus forte raison traverser les frontières nationales.  Sa femme expliquera plus tard le dilemme : « Patrick ne voulait prendre aucun risque sur sa vie, car plusieurs personnes dépendaient de lui…il avait la passion de vivre et n’avait aucune envie de mourir. Je parie qu’il pensait que si seulement il pouvait atteindre le Nigéria, qui est beaucoup plus développé que le Libéria, il allait s’en sortir…Patrick était donc allé au Libéria parce qu’il pensait que s’il allait dans un hôpital libérien, on allait immédiatement le déclarer atteint d’Ebola même si ce n’était pas le cas.  Il avait donc pris le risque d’aller au Nigeria pensant que si les cliniques de ce pays concluaient qu’il souffrait d’Ebola, il aurait aussi de meilleures chances d’avoir un traitement approprié…Il était mu par le désespoir, avait peur de mourir et croyait que son salut était le Nigeria ».

 

Malheureusement, le sort décidera autrement.  Patrick Sawyer décédera dans une clinique peu de temps après sa descente d’avion. Durant le voyage, il avait été en contact dangereux avec 59 personnes aux aéroports de Monrovia et Lagos et à la clinique qui l’avait admis. Huit membres du personnel médical de la clinique seront mis en quarantaine au centre des maladies infectieuse de Yaba, dont une des infirmières qui l’avait admis et ausculté. Elle deviendra d’ailleurs la première victime d’Ebola dans le pays. Cinq autres membres du corps de la santé, dont une doctoresse, avaient été testés positifs pour la maladie et sont en traitement.

 

Les Nigérians étaient assez remontés car la venue de Sawyer était une entorse à l’attitude responsable qu’ils avaient adoptée jusque-là. Dès que la maladie a été déclarée en Guinée, alors que le président guinéen et son gouvernement faisaient tout pour la minimiser, le président du Nigeria avait demandé en avril dernier au Bureau du Conseiller à la Sureté Nationale du Nigéria de faire une analyse et des recommandations sur la gestion du risque pour le Nigéria.  Le rapport qui en a résulté recommandait au gouvernement nigérian d’agir comme si « Ebola était à nos portes », de tenir compte des implications pour la sureté nationale, et de mettre en œuvre un plan de gestion de crise avant même que la crise ne se matérialise.  

 

Donnant libre cours à leur colère, les Nigérians s’en prenaient à toute personne de nationalité libérienne.  Ils traitaient Patrick Sawyer de « terroriste biologique » qui a choisi de venir au Nigeria pour faire exploser sa bombe « ébolatique ».  Le 8 août 2014, alors que la Guinée, épicentre de la maladie, refusait l’injonction de l’OMS recommandant à tous les pays affectés de déclarer l’état d’urgence, le président Jonathan Good Luck déclarait l’état d’urgence au Nigeria et mobilisait immédiatement un fonds d’urgence de 11,7 millions de dollars pour combattre la maladie. Le 11 août 2014, lors d’une conférence organisée par les chefs des deux grandes religions du pays, le Sultan de Sokoto, Alhaji Muhammad Sa’ad Abubakar III et l’Archevêque catholique d’Abuja John Cardinal Onaiyekan, le président Jonathan Good Luck a explosé sa colère envers le défunt Patrick Sawyer.  Oubliant même le respect dû aux morts, il déclare : « C’est regrettable qu’un forcené nous ai envoyé l’Ebola, mais nous devrons travailler à contenir la maladie. Il a amené cette maladie au Nigéria sachant que sa sœur est décédée d’Ebola et qu’il n’avait pas pris les précautions d’usage durant les funérailles, au point qu’il fut contaminé.  Son pays l’avait pourtant demandé de ne pas voyager, de se faire observer, mais le fou a décidé de quitter et de se faufiler à travers nos frontières pour venir s’échouer chez nous, et maintenant nous en souffrons…»

 

Après le décès de Patrick Sawyer, le gouvernement avait immédiatement ordonné que son corps soit incinéré pour en finir avec le virus.

 

Pendant une bonne semaine, il n’était bon d’être Libérien au Nigéria.  Les exactions étaient telles que l’ambassadeur du Libéria avait plaidé auprès des autorités nigérianes. Afin d’éviter un incident diplomatique, et en chef d’Etat responsable, la Présidente du Liberia fut obligée d’appeler le président Good Luck pour présenter personnellement ses excuses.  Elle avait ensuite intervenue sur la chaine CNN pour présenter les excuses de son gouvernement au peuple du Nigéria pour les actes irresponsables de Patrick Sawyer qui avaient mené à l’introduction du virus au Nigeria. Aujourd’hui, certains Sierra Léonais et Libériens blâment leurs présidents pour n’avoir fermé leurs frontières avec la Guinée suite à l’apparition de la maladie en Guinée forestière.  Les Guinéens ne se sentent même pas coupables du fait que la maladie ait échappé de chez eux pour se propager dans les autres pays du fait du laxisme et la désinvolture prônée par leur gouvernement.  Leur  président les a fait croire qu’Ebola était un mythe : « On a fait tout un mythe autour de cette maladie, mais le palu tue mille fois plus de personnes qu’Ebola ainsi que la méningite. Depuis qu’Ebola a commencé en Afrique, il n’y a eu que 1700 morts ». Alors que la maladie se propageait à grande vitesse, le numéro un Guinéen se rendait à l’épicentre de la maladie et déclarait : « Nous n'avons pas peur d'Ebola ».  Les caciques de son parti criaient tantôt à la propagande tantôt au complot ourdi par des anti-Guinéens.  Le président encourageait les Guinéens à ne se faire de soucis à propos de la maladie, car elle est contrôlée :« C'est pourquoi, nous allons à Guéckédou serrer les mains des gens », dira Alpha Condé.  Obama en personne a dû faire récemment un message télévisé à l’intention des Guinéens et de leurs voisins de la Sierra Léone et du Libéria pour mieux les éduquer sur les modes de propagation de la maladie : « Le mode de transmission le plus courant est le contact direct avec les fluides corporels d’une personne infectée ou qui en est décédée, sueur, salive ou sang, par exemple, ou avec un objet contaminé, comme une seringue. C’est pour ça que la maladie se propage plus rapidement lorsque les patients sont soignés chez eux ou qu’ils sont portés en terre par leur famille et leurs amis ».

 

La reconversion tardive mais bienvenue d’Alpha Condé

 

Même si c’est venu assez tard, il est encourageant de voir que le président guinéen commence maintenant à prendre la juste mesure de l’ampleur du mal d’Ebola. Durant la réunion de son parti le samedi passé (toujours en train de confondre les fonctions de chef de parti et de chef d’Etat), le président a tenu le discours responsable qu’il devrait tenir il y a sept mois au lendemain de l’apparition de la maladie : « Tout Guinéen, quel que soit son bord politique ou association, qu’il soit de la société civile ou syndicat doit se lever pour lutter contre cette maladie qui est devenue une préoccupation mondiale. Si non, on risque d’être isolé… Cette maladie est un malheur, mais faisons tout pour qu’elle soit notre bonheur. Pour cela, il faut que chacun écoute les médecins ou le personnel sanitaire. Aujourd’hui, beaucoup de médecins sont morts par faute de protection, ils doivent porter des gants…» 

 

La Guinée se distingue comme pays-source et donc l’exportateur d’Ebola dans la sous-région et les Guinéens ne devraient pas s’ériger en donneurs de leçons de solidarité à ceux qui tentent de contenir la propagation de l’épidémie au sein de leurs frontières. L’expérience récente a démontré que les pays qui prennent très tôt des mesures responsables pour contenir ou éviter l’épidémie au sein de leurs frontières ont mieux réussi à contrer la propagation de la maladie que les pays qui ont opté pour le laisser-aller.  Les situations d’Ebola sont plutôt contrôlées en Mauritanie qui avait fermé ses frontières avec le Sénégal ; et en Côte d’Ivoire, au Sénégal et en Guinée Bissau qui avaient fermé leurs frontières avec la Guinée.  Par contre, le Libéria et la Sierra Leone qui n’avaient pas pris ce genre de mesures pour ne pas vexer les Guinéens ont payé un lourd tribut et souffrent aujourd’hui plus que la Guinée. D’autre part, la Guinée commence à payer cher son goût pour la solution facile qui consistait à inciter tous les pays exposés à être « solidaires » c’est-à-dire ne pas prendre les mesures contraignantes nécessaires pour contrôler l’épidémie. Dans un effet boomerang funeste, la gentillesse et solidarité de la Sierra Leone et du Liberia ont rendu l’épidémie Ebola plus difficile à gérer pour la Guinée vu la porosité des frontières et le manque de contrôle des flux migratoires des malades de ces pays vers la Guinée.

 

C’est Alpha Condé en personne qui a expliqué récemment aux militants du RPG comment il avait résolu un dilemme similaire à celui que Macky Sall avait eu sur la situation de l’étudiant guinéen.  Il déclare : « À un moment donné, nous étions presqu’arrivés à la fin, nous avons même voulu enlever le centre d’isolement à l’hôpital Donka. Mais, malheureusement au Liberia, où il y a eu la maladie dans une zone presqu’abandonnée, où il n’y a pas une présence remarquable des services du gouvernement. Mais, ils (les Libériens) sont nos frères et tant qu’il y aura un cas d’Ébola en Sierra Léone ou au Liberia, nous ne serons pas aussi à l’abri. »  Parlant du passage illégal des frontières par une personne infectée, il enchaine : « Le malade qui a quitté le Liberia pour le Nigeria par la voie aérienne, cela n’est pas possible en Guinée et la victime savait en plus que c’est Ébola qui a tué sa sœur. Je vous assure que cela n’est pas possible en Guinée, d’ailleurs, à l’aéroport ici, on prend la température trois fois ».  Ce propos indique qu’Alpha Condé adopte maintenant la même attitude responsable que Macky Sall et les présidents de la Côte d’Ivoire, de la Guinée Bissau, et de la Mauritanie. Il contrôle les frontières aériennes pour empêcher l’introduction de personnes infectées en Guinée et aurait certainement eu la même réaction de colère que Macky Sall si un étranger infecté arrivait à contourner les contrôles mis en place pour se faufiler en Guinée à travers les frontières terrestres et propager la maladie aux Guinéens. Les militants ou autres opportunistes politiques qui en veulent au Sénégal et à son président devraient peut être s’inspirer du changement d’attitude du président Alpha Condé sur la question de la maladie Ebola.

 

La guerre verbale déclenchée par les partisans du régime et de politiciens en mal de publicité est une guerre dans laquelle la Guinée a tout à perdre, car c’est la Guinée qui a besoin en ce moment de l’appui du Sénégal et non l’inverse. Environ un quart de la population du Sénégal est d’origine guinéenne et se réclame d’une ascendance peule ou mandingue.  En Casamance, vous vous croirez en Haute Guinée, alors qu’à Dakar le marché Sandaga aves ses commerçants peuls rappelle le marché de Madina.  La plupart des intellectuels de la Guinée depuis l’Indépendance ont été formés au Sénégal et une bonne partie de nos ministres y ont séjourné.  C’est un tour cruel du destin qui a fait que la Guinée, à force de purges politiques, fit éteindre ses lumières sorties de William-Ponty alors que le Sénégal valorisait les leurs.

 

En se positionnant comme chantre de la démocratie dans une région troublée par des crises politiques et guerres à n’en plus finir, le Sénégal s’est attiré la faveur des investisseurs, et bénéficie d’une « rente démocratique » plus sure que la « rente minière » qui affole les Guinéens.  Ce pays sahélien est un exemple à suivre, n’en déplaise aux nationalistes à la petite semaine.

 

Il faut noter que sur décision imminente du gouvernement, les autorités sénégalaises ont décidé l'ouverture du couloir humanitaire à Dakar en faveur des efforts de lutte contre Ébola.

 

GuineenewsDurant les années 1970, alors que les pays frères du Sénégal et de la Côte d’Ivoire jouissaient de la prospérité et du progrès sociopolitique, les Guinéens étaient invités par leur président à se vautrer dans leur sous-développement chronique, à développer la culture de la médiocrité,  et à mépriser tous ceux qui aspirent au progrès par leur travail.

 

 Se croyant bénis par leur richesse naturelle, les Guinéens ont élevé la médiocrité en religion. S’agissant des progrès fulgurants de la Côte d’Ivoire et du Sénégal, les Guinéens disaient : « Poroto ! Ils sont des valets de l’impérialisme.  Ils n’ont que la croissance économique, alors que nous avons le développement économique harmonisé dans la voie de développement socialiste et religionnaire sous la direction de notre responsable suprême…Notre prési est le meilleur, il a la meilleure vision ».

 

Plutôt que d’émuler leurs voisins, les Guinéens avaient érigé en devoir patriotique le fait d’insulter les leaders progressistes des pays voisins. Chaque meeting politique, chaque discours se terminait par des insultes infantiles envers les présidents Léopold Sedar Senghor et Félix Houphouët-Boigny. A la montée des couleurs comme aux salutations d’usage envers les maîtres et professeurs, les élèves et étudiants guinéens avaient reçu l’ordre du PDG, Parti-Etat, de marquer tous leurs actes par le slogan « Vive le président Ahmed Sékou Touré, responsable suprême de la révolution, A Bas les Fantoches Houphouët et Senghor ».  Près d’un demi-siècle plus tard, la Guinée se distingue par son paradoxe : dans tout classement international, elle occupe la bonne place dans tout ce qui est mauvais (source Ebola, violence, instabilité chronique, insalubrité, obscurité, inflation, sous-développement, corruption) et est parmi les derniers dans tout ce qui est bon (développement humain, croissance économique, compétitivité, Etat de droit, progrès démocratique, gouvernance).  Au lieu de s’adresser aux problèmes systémiques qui sont à la base de ce paradoxe, chaque régime essaye de trouver d

es boucs émissaires pour justifier son échec.

 

Alpha Condé le « bon », et Macky Sall la « brute » dans l’Affaire des 20 millions de la BCRG

 

Les partisans d’Alpha Condé, pour la plupart héritiers du régime Sékou Touré, veulent rééditer cet exploit de diaboliser plutôt que de rivaliser un pays frère qui arrive à s’en sortir malgré les difficultés et accidents de parcours.  Leur cible est maintenant le Sénégal. Ils ne se remettent toujours pas de l’embarras de l’épisode des milliards de la BCRG interceptés à Dakar.  Ils accusent Macky Sall et son gouvernement d’avoir comploté pour embarrasser Alpha Condé en transformant une affaire de routine de la BCRG en une affaire d’Etat. Leur plus grande défense est de faire croire que les douaniers de Macky étaient sensés savoir que le transport de devises dans un petit avion par un opérateur obscur était une opération normale, puisque la BCRG est habilitée légalement à faire le transport de devises au compte de la Guinée.  Plutôt intéressés à blanchir « leur » régime par tous les moyens, ils ne se préoccupent pas des zones d’ombre qui donnent au transfert une apparence mafieuse ou tout au moins une opération faite à la va-vite et en contravention de toute mesure de prudence et d’orthodoxie bancaires. Ils sont satisfaits de la défense assez bancale de la BCRG qui consiste à dire : « on le fait tout le temps ! » Comme si cela était une garantie ou une preuve suffisante contre la fraude. Les efforts de diversion sont multiples et dans toutes les directions : focus sur le défilé-victoire pour célébrer la bonne santé du président (et noyer les questions sur la santé de la Nation), création de « Chicagogate » (pour contrer « Dakargate »), colère contre Macky Sall (au lieu de s’en prendre à la désinvolture d’Alpha Condé envers la maladie Ebola).

 

La défense qui consiste à dire « on le fait tout le temps, donc c’est normal » ignore la nécessité de contrôle qui est le socle de la sécurité du système financier surtout dans un pays à haut-risque comme la Guinée. Mais, elle est confortée par le silence assourdissant des gendarmes de la finance internationale, sous l’influence des lobbys du président. On est loin de la situation d’IBK au Mali où les missions de contrôle régulières du FMI servent à détecter des irrégularités, à apporter la lumière, et à prendre des mesures correctives. Lorsqu’IBK a voulu s’acheter un avion en mai dernier, le chef du FMI à Bamako l’avait stoppé net dans son élan : « Nous avons appris cet achat après coup, en lisant la presse…des discussions sont en cours avec les autorités maliennes. Nous leur posons des questions sur l’achat de cet avion, sur les procédures qui ont été suivies. Nous demandons aussi des explications sur un contrat d’armement passé avec le ministère de la Défense ».  En Guinée, cette histoire serait passée comme une lettre à la poste, avec les félicitations d’usage pour avoir atteint tous les paramètres de satisfaction. C’est donc aux Guinéens de tirer l’affaire au clair puisque que les lobbys vont essayer de l’étouffer comme dans le cas du scandale de Palladino. Il ne faut pas se fier trop vite aux apparences de régularité, car il n’est pas un fait qui commence. La confiance n’exclue pas le contrôle, et ceux qui se font défenseurs d’une situation aussi opaque doivent aller au bout de leur logique d’impunité : On tue tout le temps en Guinée, donc c’est normal ;  on triche tout le temps aux élections, donc c’est normal ; les hauts cadres de l’Etat volent tout le temps les deniers publics, donc c’est normal !

 

On peut s’imaginer un commerçant import-export qui bénéficie de dérogations douanières et fiscales et qui profite du manque de contrôle pour sortir du cadre ordinaire de son activité pour substituer des activités illicites à celles autorisées. Si à chaque doute du douanier sur ses activités, la réponse du commerçant est : « Mais je le fait tout le temps ! C’est normal et il n’y a rien à vérifier », ce serait le début de régularisation d’une activité illicite.  Ce scénario est assez plausible en Guinée, classée comme l’un des pays les plus corrompus du monde et le pays le plus corrompu de la sous-région. Que la BCRG ne prenne même pas la peine d’instituer en son sein les règles élémentaires de contrôle de la fraude et du blanchiment d’argent en dit long sur sa volonté d’accommoder le statu quo. Que le changement d’Alpha Condé tant vantée sous la surveillance du FMI trouve normal que la BCRG emprunte les méthodes utilisées par les narcotrafiquants pour mener les opérations officielles de transfert transfrontalier de devises en espèces montre à quel point la Guinée est en train de poursuivre sa voie vers une destinée de narco-Etat. Selon les explications de la BCRG, c’est tout à fait normal de transporter des espèces dans un petit avion affrété par l’entremise d’un prestataire à la petite semaine, inconnu en  matière de transport de fonds, et engagé sur la base d’un recrutement opaque. Le transfert s’est fait sur la base de pièces justificatives douteuses et à la limite de la fraude douanière (les montants déclarés étant différents des montants transportés).  La destination des fonds est Dubaï, une des capitales mondiales du blanchiment de fonds de la drogue.

 

Au lieu d’éclairer les zones d’ombre, le pouvoir et ses affidés ont trouvé un bouc émissaire en Macky Sall, le président du Sénégal.  Parce que ce sont les douaniers sénégalais qui ont intercepté la somme et ensuite ébruité l’affaire. Et pourtant, le gouvernement sénégalais avait agi en toute discrétion pour ne pas embarrasser Alpha Condé avec une affaire de saisie de devises. Malgré les protestations de leur service de douane, les autorités sénégalaises avaient décidé de fermer les yeux et de laisser passer les fonds, malgré les irrégularités constatées, en déférence aux plus hautes autorités guinéennes qui avaient plaidé pour la résolution de l’affaire. L’affaire ne sera ébruitée qu’une dizaine de jours plus tard, lorsqu’un des douaniers qui avaient participé à la saisie des fonds avait décidé de se confier à la presse pour faire part de son amertume et sa frustration de ne pas pouvoir toucher une importance prime de saisie suite à la décision de son gouvernement de laisser passer les fonds. Selon certaines sources, même les représentants de la « communauté internationale » au Sénégal avaient déploré la décision du gouvernement sénégalais de laisser passer les fonds. La presse étant libre au Sénégal, le gouvernement ne pouvait pas faire obstruction à une nouvelle qui était en partie vraie.

 

Alpha Condé le « bon », Macky Sall le « méchant » dans la gestion de l’épidémie Ebola

 

Tout récemment, les amis et soutiens du pouvoir, plutôt que de s’occuper de la désinvolture du président envers la gestion de la maladie d’Ebola, s’en prenaient à Macky Sall parce que ce dernier a pris ses responsabilités sous la pression de sa population. Ces indignations sélectives semblent épouser les lignes de démarcation ethno-politique de la Guinée en confondant le président d’un pays souverain à ses adversaires politiques à abattre.  Macky Sall avait certes dénoncé l’attitude irresponsable et à la limite criminelle de l’étudiant guinéen, même si c’est le désespoir qui l’avait motivé. Il était obligé de s’indigner, car contrairement au système politique guinéen qui permet à celui qui accède au pouvoir de le garder pour de bon, même sans résultats, Macky Sall est soumis à la pression démocratique de ses citoyens. Son parti se remet à peine d’une raclée électorale infligée par des Sénégalais non contents de sa gestion, et il ne peut se permettre d’être complaisant sur un sujet d’intérêt national. Un éditorial du journal LeukSenegal.com résume le sentiment de l’opinion sénégalaise suite à la nouvelle de l’importation d’Ebola dans leur pays par un étudiant guinéen. S’indignant que la leçon du bateau « LE JOOLA » n’ai pas été retenue, le journal se lamente : « Au moment où il lui fallait rassurer son peuple et prendre une décision aussi idoine que fermer les frontières depuis l’officialisation du 1er cas en Guinée voisine, le président Macky Sall a choisi d’aller à une rencontre de petits présidents quémandeurs à Washington… avant de rallier Paris pour des vacances avec sa femme. Entre temps, les frontières du Sénégal n’étant toujours pas fermées, Ebola est passé sans visa, dans un car 52 places venant de Conakry… 52 personnes toutes potentiellement exposées dont personne n’a ni traces ni informations… 52 personnes qui sont allées retrouver leurs familles de 5 personnes minimum… ce qui fait penser que 260 personnes, au moins, sont en contact direct ou indirect avec Ebola. Les conséquences sont incommensurables ! Le Sénégal est en danger !  Gouverner, c’est prévoir. Pour la menace Ebola, Macky Sall n’a fait ni l’un, ni l’autre. Il a trahi ses compatriotes ».

 

Dans l’opinion sénégalaise, l’étudiant guinéen a mis volontairement en risque 67 personnes dans un pays étranger pour essayer de sauver sa vie. Fut-il un étudiant sénégalais venant d’une autre région du pays, sa responsabilité n’en serait pas amoindrie. D’ailleurs, le ministre sénégalais de la justice avait rappelé à la population que tout sénégalais affecté qui ne se conforme pas à la recommandation de l’autorité de se soumettre à la quarantaine durant laquelle il sera soumis à un contrôle approprié serait en infraction avec la loi.  Parlant de l’importation de la maladie Ebola dans son pays par l’étudiant guinéen, Macky avait déclaré : “Si ce n’était pas son état santé, il doit être poursuivi par les juridictions de notre pays. Car nos frontières ont été fermées donc ce jeune a violé nos lois.” Il n’en fallait pas plus pour que les partisans du pouvoir déclenchent une guerre verbale contre le Sénégal. Pourtant, c’est la vérité que loi avait été violée et que l’étudiant a exposé beaucoup de personnes à des risques d’attraper la maladie.  Mais dans une Guinée habituée à l’impunité et au manque de responsabilité et d’imputabilité, c’est devenu un crime que de s’en prendre à celui qui viole la loi, sauf si le délit concerne une personne du côté opposé de la ligne de démarcation ethno-politique.

 

Certains sénégalais ne contiennent pas leur colère face à cette action, mais leur gouvernement multiplie les appels au calme malgré les rodomontades de Guinéens en quête de bouc émissaire pour leurs malheurs.  Lorsque des jeunes ont voulu la semaine dernière envahir l'hôpital de Dakar où est soigné le jeune guinéen infecté pour s'en prendre à lui, le gouvernement sénégalais avait déployé les forces de l’ordre pour les en empêcher.  Par la suite, Macky Sall avait publiquement appelé sa population "à la sérénité" et l'avait invitée à « éviter la stigmatisation, tout en faisant preuve de solidarité avec les autres pays voisins. »  Le 2 septembre passé, il a invité les chefs religieux et coutumiers, hommes politiques et leaders syndicaux ainsi que tous les démembrements de la société à participer à la lutte contre Ebola. Il a aussi lancé un appel à la solidarité : « Pour l’heure, la solidarité et la cohésion nationale sont essentielles pour que le combat soit gagné », avait-il déclaré avant de rendre hommage aux populations pour leur calme devant le cas d’Ebola importé de Guinée et de les inviter à « faire preuve de solidarité envers les pays frères dont les populations continuent de souffrir de cette maladie. »  D’ailleurs le jeune guinéen a réussi le pari de sauver sa vie grâce à Dieu et aux soins intensifs des médecins sénégalais.

 

Le Sénégal, réalisant très tôt le risque de propagation d’Ebola avait pris le soin de fermer ses frontières alors que le gouvernement guinéen tentait de faire croire de façon irresponsable que la maladie était sous contrôle et la que la population n’avait rien à craindre.  En même temps, le Sénégal avait envoyé les premiers secours en Guinée pour permettre au pays de détecter et de contrôler la maladie d’Ebola. Il a fallu que l’Institut Pasteur de Dakar (IPD) s’implique avec les autorités guinéennes pour confirmer que la maladie mystérieuse de la forêt était l’Ebola.  Immédiatement, l’IPD a installé en mars 2014 un laboratoire en Guinée et a confirmé des cas suspects. Par la suite, l’IPD a déployé des virologistes et experts  à l’hôpital Donka à Conakry où se trouve le centre de traitement des patients. Grâce aux travaux de IPD, près de 500 échantillons sont testés et 113 cas confirmés en Guinée.  Les équipes de l’IPD ont aussi formé une équipe de 10 techniciens guinéens au diagnostic du virus Ebola et aux méthodes de prélèvement chez les patients.

 

Cas similaire d’importation d’Ebola au Nigéria et réaction du pays

 

Les Guinéens qui flétrissent l’attitude responsable du Sénégal doivent faire un parallèle avec l’attitude d’un autre pays responsable, le Nigéria, devant la menace de la propagation de la fièvre Ebola. Patrick Sawyer était un fonctionnaire du ministère des Finances du Liberia. Comme le jeune étudiant guinéen, le drame d’Ebola frappe sa famille. Sa sœur est atteinte et il prend soin d’elle jusqu’à ce qu’elle rende l’amé le 8 juillet 2014.  Il l’enterre sans trop de précautions et est contaminé en conséquence. Il réalise qu’il est atteint mais admet à sa femme Decontie Sawyer, qui vit aux Etats-Unis, qu’il n’avait aucune confiance au système sanitaire du Liberia, et qu’il voudrait se rendre au Nigeria qui avait de meilleures cliniques. Une douzaine de jours après l’enterrement de sa sœur, il s’arrange à se rendre en mission officielle au Nigeria, malgré l’interdiction à toute personne infectée de se déplacer dans le pays à plus forte raison traverser les frontières nationales.  Sa femme expliquera plus tard le dilemme : « Patrick ne voulait prendre aucun risque sur sa vie, car plusieurs personnes dépendaient de lui…il avait la passion de vivre et n’avait aucune envie de mourir. Je parie qu’il pensait que si seulement il pouvait atteindre le Nigéria, qui est beaucoup plus développé que le Libéria, il allait s’en sortir…Patrick était donc allé au Libéria parce qu’il pensait que s’il allait dans un hôpital libérien, on allait immédiatement le déclarer atteint d’Ebola même si ce n’était pas le cas.  Il avait donc pris le risque d’aller au Nigeria pensant que si les cliniques de ce pays concluaient qu’il souffrait d’Ebola, il aurait aussi de meilleures chances d’avoir un traitement approprié…Il était mu par le désespoir, avait peur de mourir et croyait que son salut était le Nigeria ».

 

Malheureusement, le sort décidera autrement.  Patrick Sawyer décédera dans une clinique peu de temps après sa descente d’avion. Durant le voyage, il avait été en contact dangereux avec 59 personnes aux aéroports de Monrovia et Lagos et à la clinique qui l’avait admis. Huit membres du personnel médical de la clinique seront mis en quarantaine au centre des maladies infectieuse de Yaba, dont une des infirmières qui l’avait admis et ausculté. Elle deviendra d’ailleurs la première victime d’Ebola dans le pays. Cinq autres membres du corps de la santé, dont une doctoresse, avaient été testés positifs pour la maladie et sont en traitement.

 

Les Nigérians étaient assez remontés car la venue de Sawyer était une entorse à l’attitude responsable qu’ils avaient adoptée jusque-là. Dès que la maladie a été déclarée en Guinée, alors que le président guinéen et son gouvernement faisaient tout pour la minimiser, le président du Nigeria avait demandé en avril dernier au Bureau du Conseiller à la Sureté Nationale du Nigéria de faire une analyse et des recommandations sur la gestion du risque pour le Nigéria.  Le rapport qui en a résulté recommandait au gouvernement nigérian d’agir comme si « Ebola était à nos portes », de tenir compte des implications pour la sureté nationale, et de mettre en œuvre un plan de gestion de crise avant même que la crise ne se matérialise.  

 

Donnant libre cours à leur colère, les Nigérians s’en prenaient à toute personne de nationalité libérienne.  Ils traitaient Patrick Sawyer de « terroriste biologique » qui a choisi de venir au Nigeria pour faire exploser sa bombe « ébolatique ».  Le 8 août 2014, alors que la Guinée, épicentre de la maladie, refusait l’injonction de l’OMS recommandant à tous les pays affectés de déclarer l’état d’urgence, le président Jonathan Good Luck déclarait l’état d’urgence au Nigeria et mobilisait immédiatement un fonds d’urgence de 11,7 millions de dollars pour combattre la maladie. Le 11 août 2014, lors d’une conférence organisée par les chefs des deux grandes religions du pays, le Sultan de Sokoto, Alhaji Muhammad Sa’ad Abubakar III et l’Archevêque catholique d’Abuja John Cardinal Onaiyekan, le président Jonathan Good Luck a explosé sa colère envers le défunt Patrick Sawyer.  Oubliant même le respect dû aux morts, il déclare : « C’est regrettable qu’un forcené nous ai envoyé l’Ebola, mais nous devrons travailler à contenir la maladie. Il a amené cette maladie au Nigéria sachant que sa sœur est décédée d’Ebola et qu’il n’avait pas pris les précautions d’usage durant les funérailles, au point qu’il fut contaminé.  Son pays l’avait pourtant demandé de ne pas voyager, de se faire observer, mais le fou a décidé de quitter et de se faufiler à travers nos frontières pour venir s’échouer chez nous, et maintenant nous en souffrons…»

 

Après le décès de Patrick Sawyer, le gouvernement avait immédiatement ordonné que son corps soit incinéré pour en finir avec le virus.

 

Pendant une bonne semaine, il n’était bon d’être Libérien au Nigéria.  Les exactions étaient telles que l’ambassadeur du Libéria avait plaidé auprès des autorités nigérianes. Afin d’éviter un incident diplomatique, et en chef d’Etat responsable, la Présidente du Liberia fut obligée d’appeler le président Good Luck pour présenter personnellement ses excuses.  Elle avait ensuite intervenue sur la chaine CNN pour présenter les excuses de son gouvernement au peuple du Nigéria pour les actes irresponsables de Patrick Sawyer qui avaient mené à l’introduction du virus au Nigeria. Aujourd’hui, certains Sierra Léonais et Libériens blâment leurs présidents pour n’avoir fermé leurs frontières avec la Guinée suite à l’apparition de la maladie en Guinée forestière.  Les Guinéens ne se sentent même pas coupables du fait que la maladie ait échappé de chez eux pour se propager dans les autres pays du fait du laxisme et la désinvolture prônée par leur gouvernement.  Leur  président les a fait croire qu’Ebola était un mythe : « On a fait tout un mythe autour de cette maladie, mais le palu tue mille fois plus de personnes qu’Ebola ainsi que la méningite. Depuis qu’Ebola a commencé en Afrique, il n’y a eu que 1700 morts ». Alors que la maladie se propageait à grande vitesse, le numéro un Guinéen se rendait à l’épicentre de la maladie et déclarait : « Nous n'avons pas peur d'Ebola ».  Les caciques de son parti criaient tantôt à la propagande tantôt au complot ourdi par des anti-Guinéens.  Le président encourageait les Guinéens à ne se faire de soucis à propos de la maladie, car elle est contrôlée :« C'est pourquoi, nous allons à Guéckédou serrer les mains des gens », dira Alpha Condé.  Obama en personne a dû faire récemment un message télévisé à l’intention des Guinéens et de leurs voisins de la Sierra Léone et du Libéria pour mieux les éduquer sur les modes de propagation de la maladie : « Le mode de transmission le plus courant est le contact direct avec les fluides corporels d’une personne infectée ou qui en est décédée, sueur, salive ou sang, par exemple, ou avec un objet contaminé, comme une seringue. C’est pour ça que la maladie se propage plus rapidement lorsque les patients sont soignés chez eux ou qu’ils sont portés en terre par leur famille et leurs amis ».

 

La reconversion tardive mais bienvenue d’Alpha Condé

 

Même si c’est venu assez tard, il est encourageant de voir que le président guinéen commence maintenant à prendre la juste mesure de l’ampleur du mal d’Ebola. Durant la réunion de son parti le samedi passé (toujours en train de confondre les fonctions de chef de parti et de chef d’Etat), le président a tenu le discours responsable qu’il devrait tenir il y a sept mois au lendemain de l’apparition de la maladie : « Tout Guinéen, quel que soit son bord politique ou association, qu’il soit de la société civile ou syndicat doit se lever pour lutter contre cette maladie qui est devenue une préoccupation mondiale. Si non, on risque d’être isolé… Cette maladie est un malheur, mais faisons tout pour qu’elle soit notre bonheur. Pour cela, il faut que chacun écoute les médecins ou le personnel sanitaire. Aujourd’hui, beaucoup de médecins sont morts par faute de protection, ils doivent porter des gants…» 

 

La Guinée se distingue comme pays-source et donc l’exportateur d’Ebola dans la sous-région et les Guinéens ne devraient pas s’ériger en donneurs de leçons de solidarité à ceux qui tentent de contenir la propagation de l’épidémie au sein de leurs frontières. L’expérience récente a démontré que les pays qui prennent très tôt des mesures responsables pour contenir ou éviter l’épidémie au sein de leurs frontières ont mieux réussi à contrer la propagation de la maladie que les pays qui ont opté pour le laisser-aller.  Les situations d’Ebola sont plutôt contrôlées en Mauritanie qui avait fermé ses frontières avec le Sénégal ; et en Côte d’Ivoire, au Sénégal et en Guinée Bissau qui avaient fermé leurs frontières avec la Guinée.  Par contre, le Libéria et la Sierra Leone qui n’avaient pas pris ce genre de mesures pour ne pas vexer les Guinéens ont payé un lourd tribut et souffrent aujourd’hui plus que la Guinée. D’autre part, la Guinée commence à payer cher son goût pour la solution facile qui consistait à inciter tous les pays exposés à être « solidaires » c’est-à-dire ne pas prendre les mesures contraignantes nécessaires pour contrôler l’épidémie. Dans un effet boomerang funeste, la gentillesse et solidarité de la Sierra Leone et du Liberia ont rendu l’épidémie Ebola plus difficile à gérer pour la Guinée vu la porosité des frontières et le manque de contrôle des flux migratoires des malades de ces pays vers la Guinée.

 

C’est Alpha Condé en personne qui a expliqué récemment aux militants du RPG comment il avait résolu un dilemme similaire à celui que Macky Sall avait eu sur la situation de l’étudiant guinéen.  Il déclare : « À un moment donné, nous étions presqu’arrivés à la fin, nous avons même voulu enlever le centre d’isolement à l’hôpital Donka. Mais, malheureusement au Liberia, où il y a eu la maladie dans une zone presqu’abandonnée, où il n’y a pas une présence remarquable des services du gouvernement. Mais, ils (les Libériens) sont nos frères et tant qu’il y aura un cas d’Ébola en Sierra Léone ou au Liberia, nous ne serons pas aussi à l’abri. »  Parlant du passage illégal des frontières par une personne infectée, il enchaine : « Le malade qui a quitté le Liberia pour le Nigeria par la voie aérienne, cela n’est pas possible en Guinée et la victime savait en plus que c’est Ébola qui a tué sa sœur. Je vous assure que cela n’est pas possible en Guinée, d’ailleurs, à l’aéroport ici, on prend la température trois fois ».  Ce propos indique qu’Alpha Condé adopte maintenant la même attitude responsable que Macky Sall et les présidents de la Côte d’Ivoire, de la Guinée Bissau, et de la Mauritanie. Il contrôle les frontières aériennes pour empêcher l’introduction de personnes infectées en Guinée et aurait certainement eu la même réaction de colère que Macky Sall si un étranger infecté arrivait à contourner les contrôles mis en place pour se faufiler en Guinée à travers les frontières terrestres et propager la maladie aux Guinéens. Les militants ou autres opportunistes politiques qui en veulent au Sénégal et à son président devraient peut être s’inspirer du changement d’attitude du président Alpha Condé sur la question de la maladie Ebola.

 

La guerre verbale déclenchée par les partisans du régime et de politiciens en mal de publicité est une guerre dans laquelle la Guinée a tout à perdre, car c’est la Guinée qui a besoin en ce moment de l’appui du Sénégal et non l’inverse. Environ un quart de la population du Sénégal est d’origine guinéenne et se réclame d’une ascendance peule ou mandingue.  En Casamance, vous vous croirez en Haute Guinée, alors qu’à Dakar le marché Sandaga aves ses commerçants peuls rappelle le marché de Madina.  La plupart des intellectuels de la Guinée depuis l’Indépendance ont été formés au Sénégal et une bonne partie de nos ministres y ont séjourné.  C’est un tour cruel du destin qui a fait que la Guinée, à force de purges politiques, fit éteindre ses lumières sorties de William-Ponty alors que le Sénégal valorisait les leurs.

 

En se positionnant comme chantre de la démocratie dans une région troublée par des crises politiques et guerres à n’en plus finir, le Sénégal s’est attiré la faveur des investisseurs, et bénéficie d’une « rente démocratique » plus sure que la « rente minière » qui affole les Guinéens.  Ce pays sahélien est un exemple à suivre, n’en déplaise aux nationalistes à la petite semaine.

 

Il faut noter que sur décision imminente du gouvernement, les autorités sénégalaises ont décidé l'ouverture du couloir humanitaire à Dakar en faveur des efforts de lutte contre Ébola.

 

Guineenews

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