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Que la CENI n’ait jamais compris la notion d’indépendance de son sigle est un fait indéniable. Pire ses membres n’ont jamais mesuré la portée historique de leur mission. Le manque de vision et la cupidité auront eu raison de leur indépendance.

La CENI chargée d’organiser des élections libres et transparentes pour mettre fin à la dictature et aux putschs, a opéré un véritable coup d’état en son sein.

Sinon comment expliquer qu’une institution investie d’une telle mission décide d’organiser en catastrophe et sans en avoir prévenu au préalable ses membres de l’élection de son président ? Dans toute association, l’assemblée générale chargée de renouveler un bureau se fait selon les normes. Cette assemblée est annoncée plusieurs jours voire des semaines à l’avance. Il est demandé aux personnes qui le désirent de présenter leurs candidatures aux postes qui les intéressent ou des observations. A fortiori une institution républicaine chargée de mettre fin à certaines pratiques illégales ou illicites ou douteuses, ne peut pas prendre prétexte d’une réunion portant sur le choix de la date du second tour et attendre le départ de certains membres pour décider de désigner quelqu’un à sa tête. Pour une institution qui prend ses décisions par consensus, il est trop flagrant que la cohésion et la sérénité n’y est pas de rigueur et que les conflits d’intérêt l’emportent sur la mission et le statut des membres. Pire, à entendre les divagations de celui qui se dit élu qui veut se vautrer dans cette magouille, on se rend compte que l’instauration de la démocratie sera laborieuse en Guinée. Quand on écoute des portes paroles d’une alliance en mal d’inspiration abonnée aux slogans empruntés ailleurs défendre cette imposture en invoquant le respect de la loi, je leur lance ce défi, quelle loi, donnez la disposition exacte, le texte exact qui aurait été respecté ou appliqué dans cette usurpation de poste. Mieux je vous demande de montrer les pv de l’élection de Louceny Camara à l’Assemblée plénière. Car après tout, toute élection qui se fait dans les règles a ses pv et c’est dommage que l’autre camp n’ait pas saisi la Cour suprême pour invalider cette mascarade. Après tout, c’est la mamaya qui prévaut. A chaque problème en Guinée, le recours c’est le président, même s’il est illégitime, ce qui contribue à le diviniser au point qu’il croit qu’il est un dieu qui peut imposer un civil (de son choix) à la population.

 

Après le sabordage de son indépendance, les lambeaux de ce qui restait d’autonomie à la CENI viennent tout simplement d’être placés sous tutelle.

La mise sous tutelle de la CENI, une nouvelle occasion manquée avec l’Histoire

Suivant les recommandations du comité ad hoc institutionnel, Sekouba Konaté a pris un décret créant un comité de suivi et d’évaluation des actes préparatoires du second tour.

Même si le décret dit que ce comité ne se substitue pas à la CENI, l’idée est certainement de la contrôler, ce qui ne serait pas une mauvaise chose en soi. Le problème est que si on regarde bien la composition de ce comité, c’est de nouveau la désolation. Un nouveau rendez-vous manqué avec l’histoire. Car encore une fois c’est la mamaya qui l’emporte au détriment de la compétence et du professionnalisme.

Poursuite de la mamaya,  rejet de la compétence et du professionnalisme

La Guinée n’a aucune expérience crédible et probante en matière d’organisation électorale. La CENI par ses cafouillages a montré ses limites et prouve qu’elle est loin d’être à la hauteur de la tâche attendue d’elle.

Au lieu de chercher à correctement corriger ce qui ne va pas, les institutions de la transition guinéenne optent pour le raccommodage d’une institution complètement déstructurée en l’adjoignant un organe dont les membres ne sont pas des plus qualifiés pour épauler l’institution en question.

Le comité que Konaté veut mettre en place comprendra au moins douze membres. Nous allons les examiner en partant du moins méritant.

Selon le décret du surnommé « el Tigre », ce comité doit comprendre :

-un représentant des Forces de défense et de sécurité. Peut-on nous dire pourquoi l’armée doit aussi superviser la CENI ? Surtout on parle de travaux préparatoires. Quelle est sa compétence en matière de gestion de fichier électoral, de bulletins alphanumériques, bref quelle est sa familiarité avec le jargon et la pratique informatique liés au processus électoral. L’armée par les comportements anti républicains de  grands nombres de ses membres inspire crainte à la population. D’autant que son chef, au premier tour a délibérément violé les règles de vote en refusant d’aller au bureau de vote et exigeant que ce soit le bureau de vote qui aille à lui et sa garde rapprochée. Et le jour même, il organisait une cérémonie d’auto gradation et accordait de larges promotions non méritées à ses collègues dont certains sont impliqués dans des trafics de drogue, ou encore soupçonnés de crimes contre l’humanité. Et c’est cette armée qui ne brille pas ces dernières années par sa discipline qu’il vante d’être un modèle d’armée démocratique qui devra exporter la démocratie dans les autres pays africains. Pauvre continent !

Deux représentants des confessions religieuses : Le décret stipule que ce comité devra comprendre deux représentant des confessions religieuses. Certainement avec l’idée de calmer ceux qui crieront à la fraude. Ils vont comme d’habitude organiser des prières pour calmer les esprits de certains en fermant obstinément les yeux sur les agissements pas très religieux d’autres.  Que viennent ils faire dans une évaluation pré second tour fixé à dans trois semaines de la CENI ? Quelles sont leurs compétences en matière électorale ?

Le représentant du médiateur : Le décret précise que le comité sera dirigé par le représentant du médiateur. Pour ceux qui doutaient encore que la Guinée est sous curatelle du Burkina Faso, ils sont désormais fixés. Et si c’est le Burkina Faso qui va nous apprendre la démocratie, on est vraiment mal barré. Un pays où l’actuel président est arrivé au pouvoir à la suite d’un coup d’état sanglant où son prédécesseur a été exécuté, où beaucoup de militaires qui l’avaient épaulé dans ce putsch ont été éliminés et où des journalistes qui enquêtent trouvent la mort dans des conditions mystérieuses sans qu’il n’y ait de poursuites des criminels ? Un pays où le putschiste devenu président modifie la Constitution à sa guise pour se pérenniser au pouvoir ? Dire que les Guinéens s’étaient mobilisés contre Conté pour ne plus vivre ces genres d’agissement anti-démocratiques et qu’ils confient leur  entrée en démocratie à un vrai détracteur de celle-ci, si ce n’est du cynisme de l’histoire, qu’est-ce que cela doit être ?

Un représentant du gouvernement. Le représentant du gouvernement est l’un des rares de cette liste qui s’y connaît en matière électorale (avec le bémol qu’en Guinée c’est en matière de fraude qu’ils sont réputés). Le hic est que le gouvernement est déjà étroitement associé à la CENI dans l’organisation du scrutin. Et si on se réfère à la volonté de manipulation de Jean Marie Doré, si les autres membres nationaux choisis dans ce comité n’ont aucune compétence en matière électorale, il n’y aura en réalité que ce membre du gouvernement qui va effectivement « évaluer » la CENI, les autres ne seront que des faire-valoir.

En dehors de ces membres cités, les autres membres sont acceptables s’ils ont la compétence, c’est le cas du représentant du CNT, des représentants des deux partis finalistes et surtout du représentant du groupe international de contact. On voit mal ce groupe choisir quelqu’un qui ne s’y connaît pas en processus électoral dans ce comité.

Ce qui est dommage c’est que la Guinée ne saisit pas cette occasion historique pour demander l’aide de ceux qui ont une vraie expérience démocratique. S’il faut les choisir en Afrique, on aurait mieux fait de demander l’aide des anciens membres des CENI du Bénin, du Mali, du Sénégal et du Ghana. Pour aller plus loin que notre continent, on aurait très bien pu demander l’aide des Nations Unies, de l’Union européenne. Pourquoi pas celle du Conseil de l’Europe ( une organisation internationale de 47 membres qui a aidé les pays de l’Est dans leur processus démocratique et qui est à l’origine de la Convention européenne des Droits de l’Homme et de la Cour européenne des Droits de l’Homme, siège à Strasbourg, à ne pas confondre avec le Conseil européen qui est le sommet des chefs d’Etat et de gouvernement de l’UE) à défaut de solliciter l’Organisation des Etats américains (OEA) qui aide les pays de l’Amérique notamment latine où des militaires étaient au pouvoir, comme en Afrique, à réussir leur processus démocratique.

Non, comme à notre habitude, on a opté pour le simple partage entre certains organes devenus traditionnels. Le choix des personnes au sein des institutions n’obéit pas aux critères de compétence ou de qualification. C’est dommage.

Dire que toutes les conditions étaient réunies pour que nous apprenions  à mieux organiser des élections ! Mais nos institutions se sont contentées de réclamer des fonds à l’étranger et ont ignoré l’expertise tant nationale qu’internationale et ont préféré continuer les anciennes pratiques du népotisme.

Oh Apathie, Oh culte de la personnalité !

Parmi les anciennes pratiques qui perdurent en dehors du népotisme et de la mamaya, il y a cet état amorphe des responsables politiques. Quand on voit un des camps malgré les violations répétées dans un but stratégique des règles, se contenter de déclarations très mesurées, qui n’ose rien exiger, c’est déplorable. Qui malgré les dysfonctionnements et les volontés manifestes des autorités à saper  le processus électoral, se montre incapable de demander l’aide des instances internationales pour appuyer la Guinée, on peut s’interroger sur cet état d’apathie. S’il pense que c’est avec cette mollesse que la communauté internationale qui observe de loin la situation va prendre « pitié » et agir à sa place, c’est mal connaître le fonctionnement du monde. Il suffit de voir comment « la communauté internationale » est sollicitée et il y a des cas plus graves et plus urgents que la Guinée et où les acteurs savent ce qu’ils veulent et comment l’obtenir.

Quant à la présidente d’une de nos institutions de la Transition, elle trouve des vertus miraculeuses ou thérapeutiques aux discours de Sekouba. C’était consternant de l’entendre sur les ondes d’une radio étrangère dire qu’elle était rentrée pas complètement guérie mais qu’en entendant le discours de Sekouba où il a paraît-il sifflé la fin de la récréation, elle a  subitement trouvé la guérison.

Je ne sais pas à quelle récréation il a mis fin, mais j’observe qu’il fait partie de ceux de cette transition qui sont effectivement en vacances. Il passe son temps en voyages dans des avions privés alors qu’il n’y a pas une année il voyageait encore avec la RAM et qu’il ne nous apprend rien de l’apport de ses incessants déplacements pour notre pays.

Pour quelqu’un qui se dit pas intéressé par le pouvoir, il ne semble pas non plus prêt à le lâcher car c’est bien lui et non la CENI qui a annoncé le report de l’élection et c’est encore lui qui a traîné des pieds avant de choisir la nouvelle date du 24 octobre. Les Guinéens doivent rester vigilants et scruter tout ce qui se passe dans les casernes car pour un militaire et ses copains qui prétendent vouloir se retirer mais qui continuent à s’auto congratuler après les auto gradations et promotions et qui continuent à nommer aux postes stratégiques de l’économie du pays, c’est une bien cureuse façon de montrer sa volonté de quitter le pouvoir après plus vingt six ans de libre et self service.

Halte à la démagogie et à l’obscurantisme et au cirque de la médiation

Depuis les années 90 certaines expressions et comportements sont à la mode surtout pour les ONG qui veulent engranger des financements. Il s’agit des mots paix, résolution de crise et médiation. Ce qui est curieux, en Guinée qui n’est pas en guerre, les institutions de la transition qui devaient faire le travail qui leur a été confié pour justement éviter de plonger notre pays dans les crises plus graves voire un/des conflit/s, ont délaissé leur sphère de compétence pour s’ériger ou se décréter médiateur entre les deux candidats. Ce qui est un non sens. S’il y a conflit entre les deux candidats, cela induit que les institutions y ont participé en ne jouant pas leur rôle. S’ils veulent effectivement la rencontre entre les deux candidats (qui s’étaient d’ailleurs vus il y a peu à Ouagadogou avant de se serrer de nouveau la main en Guinée), le CNC, la CENI et le Ministre de l’Information doivent assumer leurs rôles et organiser un débat radiotélévisé entre les deux candidats (pas leur porte parole). Là ils seront face à face et mieux pour nous les électeurs nous pourrons apprécier leurs prestations et leurs programmes.

Hassatou Baldé

Comme dit Bob Marley ; get up stand up, stand up for your rights. Don’t give up the fight. (lèves toi, debout, lèves toi pour tes droits, n’abandonne pas le combat).

Quelques dispositions du Code électoral

ARTICLE 57 : Tout candidat ou liste de candidats dispose d’un accès équitable aux organes d’information de l’Etat pendant la campagne électorale

ARTICLE 58 : La Radio TélévisionGuinéenne et les stations de la Radio Rurale et Communautaire annoncent, sans commentaires, les réunions électorales auxquelles participent les candidats.

ARTICLE 59 : Pendant la campagne électorale, le temps et les horaires des émissions de la Radio et de la Télévision, les conditions de leur production et de leur réalisation, les modalités de leur programmation et de leur diffusion sont fixées par arrêté du Ministre Chargé de l’Information, sur proposition de la Haute Autorité de la Communication (HAC), après avis  de la CENI.

 

ARTICLE 60 : La Cour  Constitutionnelleveille à la régularité de la campagne électorale.

Elle veille, à travers la Haute Autorité de la Communication (HAC), du respect par l’ensemble des médias du Service Public, du principe d’égalité de traitement des candidats en ce qui concerne la reproduction et les commentaires des déclarations, les  écrits, les activités des candidats et des partis politiques.

 

Les  médias publics ou privés, doivent s’abstenir de tout commentaire ou propos incitant à la haine ou à l’atteinte à l’ordre public.

 

La Haute Autorité de la Communication (HAC) adresse des recommandations aux autorités compétentes et peut, de même que la CENI, saisir la Cour Constitutionnelle  en cas de non respect des dispositions du présent code en matière de communication.

 

La Cour Constitutionnelle, en cas de besoin, intervient pour que l’égalité soit respectée.

 

ARTICLE 61 : Le Ministre Chargé de l’Information et le Président de la CENI, en sus du temps d’émissions dont dispose chaque candidat ou chaque parti politique engagé dans une élection, peuvent faire organiser, sous le contrôle de la Haute Autorité de la Communication (HAC), des débats radiodiffusés ou télévisés contradictoires.

Tag(s) : #Analyse

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