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Entouré de ses proches, Laurent Fignon s'est éteint hier, à 12 h 30, dans une chambre de l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière (Paris) après un combat de plusieurs mois contre un cancer des voies digestives dont il avait révélé l'existence au début de l'été 2009. Ancien lauréat du Tour de France (1983, 1984) et du Tour d'Italie (1989), l'ancien coureur était aussi un consultant reconnu de France Télévisions. Un rôle qu'il a assumé, malgré la maladie, jusqu'en juillet.

La nouvelle touchera sans doute plus sensiblement ceux qui ont traversé le début des années 80 dans la vigueur et l'insouciance de leur adolescence. Dans son genre, Fignon était un peu le grand frère charismatique qui indiquait le chemin de la révolte face aux conventions : blondeur éclatante, lunettes cerclées d'étudiant, verbe facile. « Sans le vouloir, il incarnait un peu l'éternelle querelle entre les anciens et les modernes par son audace et son impertinence, indique Jean-Marie Leblanc. À sa manière, il a alors apporté un vrai "coup de jeune" au cyclisme. »

Le cynisme, une marque de fabrique

L'année 1984 marque le paroxysme de cette opposition de générations au travers d'un duel emprunt de brutalité face à Bernard Hinault. Sur les pentes de l'Alpe-d'Huez, Fignon contre et dépose le Breton sans même un regard. Quelques minutes plus tard, il jugera l'attaque du « Blaireau » d'une manière lapidaire : « Sur ce coup-là, il m'a bien fait rigoler ! » Le cynisme était un peu une marque de fabrique qui l'accompagnera jusque dans ses derniers mois et une relation que le Parisien sentait de plus en plus étroite avec la mort. « Mais il osait dire ce qu'il pensait », confessait encore hier Hinault, qui salue aussi « un adversaire honnête et combatif ».

« C'était une vraie personnalité, résume Philippe Crépel. Il avait son caractère et ses certitudes. On l'aimait ou on ne l'aimait pas. Un frondeur qui ne laissait jamais indifférent. Surtout un homme libre. » Proche de Fignon comme de Laurent Jalabert - dont les premières années de la cohabitation à France Télévisions furent parfois émaillées de débats et de frictions -, le Nordiste, lui même frappé d'une tumeur au cerveau voici quelques années, apporte un éclairage intéressant sur ce qui avait motivé les dernières apparitions de l'ancien champion derrière son micro de consultant.

« Elles faisaient absolument partie de son combat contre la maladie, la fatigue et la chimiothérapie, poursuit Crépel. Son intonation, sa voix fatiguée ont pu bousculer le confort de l'auditeur. Nous nous étions rapprochés depuis deux ans. Aujourd'hui, j'espère qu'on mesure davantage la nécessité pour Laurent d'avoir pu accomplir ce dernier Tour de France. Pour l'avoir vécu, je devinais ce regard des autres face à la transformation physique. Ce sentiment est terrible. On se recroqueville ou on fait face. »

Rupture

L'ultime coup dur emporte donc un homme qui en avait pourtant traversé d'autres dans sa carrière sportive. Avec le temps, il avait fini par relativiser son historique défaite  pour huit secondes (le plus petit écart jamais enregistré entre le vainqueur du Tour et son dauphin) dans la Grande Boucle 1989. « On ne s'en remet jamais, mais il faut apprendre à vivre avec », rapportait-il dans un livre de confessions (Nous étions jeunes et insouciants, édition Grasset).

L'événement marque pourtant une rupture dans ses performances et un niveau qu'il ne va plus retrouver. Souvent blessé, il fut aussi spolié d'un Tour d'Italie proprement offert à Francesco Moser par les organisateurs (1984). Ce qui ne l'empêcha pas de revenir pour le gagner cinq ans plus tard. Et obtenir l'hommage suprême du public transalpin qui lui avait donné son surnom : « Il Professore ». Et le professeur ne s'est jamais vraiment gêné pour donner la leçon... •

FRÉDÉRIC RETSIN

 

Commentateur des deux derniers Tours pour France Télévisions avec Laurent Fignon comme consultant, Thierry Adam revient sur la dernière édition vécue au côté du champion, devenu son complice. 

Comment avez-vous appris le décès de Laurent Fignon ? 
THIERRY ADAM. J’ai su vendredi qu’il n’était pas bien.

 

EN SAVOIR PLUS

J’ai essayé de l’appeler mais il ne répondait pas. Je lui ai laissé un message lundi, qu’il n’a pas dû avoir. Personne n’était vraiment pessimiste. Je savais qu’il devait passer le mois d’août à l’hôpital. J’ai passé quelques coups de fil à des proches et j’ai compris en parlant à Valérie (NDLR : l’épouse de Laurent Fignon) que c’était compliqué. Mais jamais je n’aurais imaginé qu’on m’appelle à midi (mardi) pour me dire que Laurent était mort. Je suis effondré. 

Quel Tour avez-vous vécu à ses côtés en juillet ? 
A la fin du Tour, avant le dernier direct, il m’a lancé sur le ton de la plaisanterie : « C’est peut-être notre dernier, Titi… » Je comprends mieux plein de petites choses. Dix jours après l’arrivée, j’ai envoyé un SMS personnalisé à chacun des membres de l’équipe, pour remercier chacun. Lui qui ne répondait jamais d’habitude m’a répondu une heure plus tard, me remerciant à son tour. Sur le coup, ça m’a touché. Avec le recul, je me dis qu’il savait. 

Comment était-il cette année ?
Je l’ai trouvé dur parfois, avec Andy Schleck descendu chercher des bidons, ou avec Christophe Moreau, disputant les points de la montagne. Je le lui disais. Il se justifiait et me disait de ne pas m’inquiéter. Mais je sentais que, quelque part, il n’avait plus de comptes à rendre à personne, sinon à Valérie, à laquelle il était très, très attaché. 

Evoquait-il sa possible disparition avec vous ?
On a beaucoup discuté de la mort tous les deux. Déjà, je n’étais pas sorti indemne du Tour 2009. Laurent savait qu’il allait mourir. Un midi, il m’a dit au détour d’une conversation : « Ce sprint-là, je crois que je ne vais pas le gagner… Je ne suis pas sprinteur, non plus ! » Il m’a dit qu’il n’avait pas peur de la mort. 

L’avez-vous senti plus fragile cette année ? 
Il a vécu un Tour 2010 beaucoup moins difficile qu’en 2009, où il s’absentait souvent pour aller dormir. Cette année, il était prévu qu’il ne travaille que sur huit étapes et il en a fait beaucoup plus. A part une petite alerte pulmonaire le jour du Tourmalet, il se sentait bien, il se passionnait. Il était beaucoup plus gai. Plus incisif aussi. Ça, c’était mon baromètre. Autant on se demandait si on n’avait pas exagéré un peu en 2009, autant j’étais sûr qu’il serait des nôtres en 2011.

 

Le Parisien

 

Voir aussi   http://www.guineelibre.com/article-course-contre-la-montre-pour-un-grand-champion-43159207.html  

Tag(s) : #Sport

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