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Fodé Baro reçoit au quartier général de la diaspora guinéenne à Paris, au restaurant le Fouta Djalon, maquis de Conakry posé sur un boulevard du dixième arrondissement. Souriant, en forme, il s’apprête à présenter le soir même, entre deux et quatre heures du matin, son album Libération dans la discothèque afro le Titan, place de Clichy.

L’Afrique à Paris, il connaît bien. Fodé Baro vit à cheval entre deux continents depuis les années 1990 : Dakar, Paris, Conakry... A plus de quarante ans, il vient de signer avec Lusafrica la sortie internationale de son album Yanfanté, qu’il enrichit de quatre titres et nomme Libération, en écho aux remous démocratiques que connaît enfin la Guinée. Avec ce nouvel album, Fodé Baro touche du doigt son rêve : représenter la culture de son pays sur les scènes du monde entier.

A Paris, il a rencontré les musiciens de zouk antillais, Thierry Vaton, Thierry Delannay, Ronald Robinel, qui l’accompagnent depuis près de vingt ans sur tous ses albums. Connu, reconnu pour son style afro-zouk, Fodé Baro insiste : "Je ne suis pas qu’un zoukeur. Dans mes albums, on trouve des morceaux mandingues aussi, mais très modernes ! Mon souci et mon combat, c’est la musique guinéenne aujourd’hui. Je veux la faire connaître et pour cela, il faut la métisser".

Demba Camara et Cloclo

 

Aux pôles artistiques de Fodé Baro, il y a d’un côté Aboubacar Demba Camara, la voix du Bembeya Jazz, un "lion" de la musique africaine du vingtième siècle, découvert par Fodé avec le morceau Tentemba, dans un stade à Abidjan. Après l’avoir vu, sa vie n’a plus jamais été la même. "Il avait tout. La danse, le cri, la voix, les paroles, le charisme." Son autre pôle est habité par l’idole yéyé des jeunes : le Français Claude François. "Quand je vois Cloclo, je pense à Aboubacar : ils avaient la même énergie, ils ont tous les deux révolutionné la musique de leurs pays et ils sont partis trop tôt."Aboubacar Demba Camara est décédé au faîte de sa gloire, à 29 ans, en 1973, dans un accident de la route, à Dakar, et Claude François, dans son bain, en 1978, peu de temps avant son quarantième anniversaire.

 

 

Rapprocher ces deux icônes ? Rien d’étonnant pour Fodé : il fusionne dans sa musique depuis plus de vingt-cinq ans la variété contemporaine - l’afro-zouk, les musiques urbaines d’Afrique - et la grande tradition de la voix mandingue. "On me dit parfois que j’ai un peu le même timbre que Demba Camara, mais c’est peut être parce que je l’ai tellement chanté… C’est lui qui m’a permis de défier les lois de ma famille, des notables  de Kankan, des marabouts. Ils ont passé toute leur vie aux lectures de Coran, à la mosquée ou à l’école où tu deviens fonctionnaire ou cadre. Mais moi, j’ai décidé de chanter. Personne ne l’a accepté. J’ai subi des maltraitances, je me suis enfui, j’étais recherché dans tout le pays par ma famille. Je suis parti en Sierra Leone."

Il rencontre là-bas une nouvelle famille religieuse. Le jeune Fodé est accueilli pendant cinq ans par un prêtre, qui l’initie au solfège, aux cantiques et lui donne une éducation catholique. "C’est là que j’ai touché ma première guitare, mon premier piano, que j’ai appris à lire la musique. Mon père spirituel m’a appris des valeurs que je n’ai jamais oubliées aujourd’hui. De cette situation très difficile, j’ai finalement tiré l’avantage. Cela m’a appris l’humilité." Fodé Baro a changé de visage, ses yeux se sont approfondis, il est devenu grave. Il revendique l’étiquette du chanteur "social". "Les journalistes en Guinée me donnent toujours des petits surnoms : l’Agitateur, l’Enfant Chouchou de la Guinée, le roi de l’afro-zouk, mais mon nom est Fodé Baro et je suis un musicien qui se bat pour la musique de Guinée et pour son pays."

Se rebeller contre les archaïsmes

 

Fodé Baro chante des morceaux dansants, mais raconte la vie, distille des messages à ses concitoyens comme le faisaient ses aînés. "La tradition est très belle, mais le monde change. Mon travail, c’est d’ouvrir cette culture sur le plan international, de continuer à donner des conseils sur le monde d’aujourd’hui." Dans Libération, il chante le top model Katoucha Niane, égérie guinéenne d’Yves Saint Laurent et de Christian Lacroix, décédée à Paris en 2008. "Elle a exporté la beauté guinéenne sur les podiums du monde entier mais aussi, la force des femmes guinéennes avec son combat contre l’excision. Elle était peu connue en Guinée, mais partout en Afrique. Il faut lui rendre hommage."

Comme elle, Fodé Baro s’est toujours rebellé contre les archaïsmes de la société. Aujourd’hui, il veut créer une fondation, pour investir son argent dans des maternités ou des écoles, beaucoup trop rares dans certaines régions de Guinée. "Je m’en fous de l’argent, je veux laisser une trace, investir pour mon peuple. C’est cela qui m’intéresse." 

Chaptalat

Tag(s) : #Art

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