Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Garafiri-1.jpgDans ses articles précédents sur le secteur d’électricité, l’équipe de rédaction de votre quotidien électronique Guinéenews© a essayé de démontrer que le barrage Kaléta tel que planifié pourrait être une solution minimaliste de campagne politique destinée à émerveiller les électeurs à la veille des élections.

 Le barrage risque d’avoir le même effet éphémère que Tombo IV et Garafiri sous Lansana Conté. La raison est que le gouvernement essaye de faire du neuf avec de vielles recettes qui ont déjà montré leurs limites. Or, toute réalisation à caractère économique exige une adéquation entre l’offre et la demande. Ceux qui offrent l’électricité doivent avoir la capacité de couvrir leurs coûts et de générer un surplus raisonnable comme retour à leur investissement. Ceux qui demandent l’électricité doivent avoir la volonté et la capacité de payer les services qu’ils exigent. Ces deux conditions ne peuvent être remplies avec le schéma actuel qui donne le rôle de l’offre (fournisseur d’électricité) à un Etat en faillite considéré par Transparency International comme l’un des plus corrompus de la sous-région, et en fait du monde. La demande est celle d’une population paupérisée qui n’a souvent pas les moyens de supporter la vérité des prix dans le secteur. 

 

 Axer les efforts sur l’accroissement de la demande industrielle d’électricité

 Que faire donc ? Il faut changer la donne en se rappelant de la loi de Say en économie politique, ou plutôt la version de John Maynard Keynes: l’offre crée sa propre demande.  Comment la Guinée qui n’a pas les moyens pourrait-elle réussir à lever les milliards de dollars nécessaires pour augmenter l’offre d’énergie qui va ensuite créer sa propre demande?  Ce n’est pas possible et il faudrait oublier l’orthodoxie des macroéconomistes et inverser la loi de Say: la demande d’électricité crée l’offre d’électricité correspondante. Cette inversion est nécessaire car l’offre d’un barrage est une entreprise assez risquée pour un Etat pauvre. Une étude récente de l’Université d’Oxford portant sur 245 barrages hydroélectriques construits depuis 1934 dans 65 pays en développement démontre que le dépassement des coûts initiaux est de 96 pourcent en moyenne, alors que 8 barrages sur 10 ont souffert d’un dépassement de temps.  Il faut 8,6 ans en moyenne pour construire un barrage, mais les politiciens sont souvent pressés par le cycle électoral et ont tendance à oublier les conseils de spécialistes pour compresser le temps afin de couper le ruban rouge à temps pour les prochaines élections. 

Ensuite il faut tenir compte  de la mauvaise gestion de la période d’exploitation du barrage, ce qui avait mené au fiasco de Garafiri

 L’option de la Guinée est donc de jouer sur la demande industrielle.  Avec ses ressources minières, la Guinée peut créer une demande de plusieurs millions de kilowattheures d’énergie de la part de sociétés minières qui ont les moyens financiers et qui ont intérêt à ce que l’offre correspondante soit assurée.  D’ailleurs la Guinée a une offre dormante de près de 52,5 millions de kilowattheures par an sur la seule base des quelques 6000 mégawatts de potentiel hydroélectrique identifié. Si on ajoute à cette abondance d’énergie renouvelable à coûts moindres à l’abondance bauxitique du pays, la Guinée pourrait qu’être un pays de rêve pour tout producteur d’aluminium.  Mais la Guinée était plus proche de devenir un producteur d’aluminium en 1960 qu’en 2014 après plus de 50 ans de tâtonnement.

 

Afin de réaliser ce rêve, nous pensons que le gouvernement devrait plutôt définir une vision de partenariat stratégique avec les miniers à court, moyen et long terme, et ensuite engager des réformes profondes du secteur en vue d’améliorer sa gouvernance et attirer des investissements substantiels à la mesure des défis.  Au court terme, il faudrait réhabiliter le réseau et fournir le minimum de desserte à Conakry et aux chefs-lieux des préfectures avec des centrales thermiques.  Au moyen terme, le barrage de Souapiti, couplé avec Kaléta pourrait être la solution durable au déficit énergétique du pays.  Pour le long terme, la Guinée devrait ambitionner d’être exportatrice d’énergie en plus de ses produits miniers.  En vue de contribuer à la recherche de solutions, nous proposons les pistes de réflexion suivantes:

 

Créer un environnement incitatif pour les montages de partenariat public privé (PPP) dans le développement des ressources d’énergie hydroélectrique

 

 Dans le montage PPP l’Etat devrait d’abord reformer le cadre réglementaire et institutionnel du secteur de l’énergie en revenant à la formule du type affermage que Conté avait essayé mais mal exécuté, et ensuite négocier des protocoles d’accord sur l’énergie avec les promoteurs privés.  Le Professeur Alpha Condé qui a fait de l’électricité sa priorité principale a plutôt perdu assez de temps et d’efforts dans les mines pour un PPP avec Rio Tinto à travers la société de projet SPV-Simfer. Il a mélangé les pédales en mêlant ses intentions politiques au court-terme (constituer un trésor de guerre politique avec la manne minière potentielle de la SOGUIPAMI) avec un projet économique transformateur mais assez complexe.  D’autre part, il n’a pas tenu compte du fait que l’effet de l’exploitation du minerai de fer sur l’offre et la demande d’électricité pour un gisement aussi riche que le Simandou (qui ne nécessite pas d’enrichissement préalable comme la pelletisation) est négligeable.  La retombée infrastructurelle d’un tel gisement est de nature portuaire et ferroviaire. 

 Puisque la priorité était l’électricité « en six mois », les 700 millions de Rio auraient pu être mis à contribution pour créer une société de projet (souvent appelée SPV ou «special purpose vehicle ») pour le secteur de l’énergie afin de permettre à la Guinée d’aller dans les marchés des capitaux pour lever des fonds importants avec l’appui des miniers et des partenaires au développement pour financer la construction du couple Kaléta-Souapiti (qui nécessite au plus 1,3-1,5 milliards de dollars).  Mal conseillé, le Professeur n’a alloué que quelques 111 millions de dollars à Kaléta et le reste de la manne est conservé ailleurs.  Ensuite, en dépit du PPTE, qui exigeait des contraintes sur les nouvelles dettes, le régime, sous la barbe du FMI, a emprunté quelques 800 millions de dollars avec des sources de financement non-conventionnelles et moins regardantes (notamment les Chinois, Maliens, Brésiliens, et Arabes) pour ensuite les gaspiller dans une gabegie sans précédent au niveau de l’EDG.

 

 L’autre erreur a été de faire une fixation naïve et presque infantile sur la possibilité de devenir instantanément riche sur le projet Simandou à travers la SPV-Simferdont les 51% étaient détenus par l’Etat guinéen, lequel a rétrocédé 40 pourcent de ses actions à un homme d’affaires libérien qui promettait au Professeur de lever plus de 5 milliards de dollars pour la Guinée sans aucune garantie de l’Etat qui pourrait affecter les restrictions du PPTE.  Une promesse intenable que votre quotidien avait dénoncée sans être écouté.  Une SPV d’électricité aurait nécessité un capital de pas plus de 1,5 milliards de dollars et avec 300 millions de dollars de contribution de l’Etat (sur la manne des 700 millions), la Guinée serait aujourd’hui en train de mettre en œuvre le projet intégré d’énergie le plus ambitieux de son histoire.  Au lieu de compter sur les Chinois, dont l’offre se limite à la construction du barrage, la Guinée formerait un PPP qui assurerait la gestion pérenne du barrage par des opérateurs privés qui ont intérêt à ce qu’il marche. Au lieu d’un Kaléta insuffisant, la Guinée aurait le couple Kaléta-Souapiti qui est plus fiable.

 

 

A lire in-extenso sur Guineenews

Tag(s) : #Economie

Partager cet article

Repost 0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :