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 Wolfang-Consul Guinee-9


Wolfgang Baehrle

Mesdames et Messieurs,

La République de Guinée est très riche en ressources naturelles. Les scientifiques parlent même d'un scandale géologique.

Une étude macro-économique réalisée par un consortium euro-américain a donné comme résultat que la Guinée pourrait atteindre un niveau de vie comparable à celui du Koweït s’il faisait un usage raisonnable de ses ressources. En réalité, par contre, la situation de vie actuelle des guinéens est catastrophique.

Les droits de l’homme ne se réfèrent pas seulement aux domaines civique et politique, mais englobent aussi les droits sociaux. Ce sont justement les droit sociaux que les citoyens d’un pays considèrent comme des acquis particuliers ou bien, s’ils font défaut, comme le plus grand manque de droits.

Par conséquent, la population de la Guinée a

·       droit à une eau potable propre,

·       doit à l’éducation,

·       droit aux meilleurs soins médicaux possibles,

·       droit à une sécurité sociale,

·       droit à l’électricité,

·       droit à des systèmes de communications efficaces,

en d’autres mots, les guinéens ont droit à profiter eux-mêmes des richesses disponibles dans leur pays.

En faisant une analyse objective de la situation de la Guinée, on arrive à la conclusion que la Guinée ne sera jamais en état d’accorder tous ses droits à ses citoyens si on maintient les structures économiques actuelles. Sur la base de cette conclusion, S. E. le Président Lansana Conté a chargé le Président du Conseil économique et social, Michel Kamano, d’étudier un projet alternatif en remplacement des structures économiques actuelles, lequel permettrait au pays d’entamer un vrai développement dans tous les domaines mentionnés ci-dessus et d’accéder au cercle des agents de l’économie mondiale.

En collaboration avec le Président du Conseil économique et social, Michel Kamano, nous avons élaboré plusieurs études de projet très différentes. Il en est resté un seul qui - avec l’aide d’un groupe euro-américain de financement et de développement de projet - mènerait au résultat souhaité.

Ce projet ne correspond pas aux idées du mercantilisme traditionnel, mais il suit un concept progressif, s’appuyant sur la Communauté financière internationale. Il est basé sur le principe de monétariser, grâce à l’effet de levier, les matières premières - dont la Guinée possède de grandes quantités - et d’utiliser le total des bénéfices pour financer des projets dans le pays même.

Le nom de ce projet est „STABDEV“, ce qui signifie: stabilisation et développement. Dans une première étape sur cinq, il était prévu de faire un investissement de 20,6 milliards de dollars américains. Outre la réalisation de projets d’infrastructure, nous jugions énormément important l’établissement d’un système social afin d’atteindre que les personnes âgées reçoivent une sorte de pension de base.

Une autre grande priorité était l’exploration des richesses minières. Actuellement, le ministère des Mines ne dispose pas de documents corrects sur les ressources du pays. Or, un pays qui veut baser son développement sur l’existence de richesses minières mais qui n’a pas de connaissances exactes sur celles-ci, ne sera pas capable de mettre en place une politique durable en matière d’exploitation des ressources. Il était prévu que ces études soient effectuées par l’Office fédéral des géosciences et des ressources naturelles (Bundesanstalt für Geowissenschaften und Rohstoffe, BGR) à Hanovre.

Rien que pour cela, le budget réservé était de 400 millions de dollars américains. Une telle étude neutre aurait permis au gouvernement guinéen de prendre des décisions compétentes en matière de politique des ressources naturelles. C’est-à-dire, on ne serait plus dépendant des groupes multinationaux qui ne font que poursuivre leurs propres intérêts en fournissant au gouvernement de fausses informations sur les gisements. Mais comme ça, avec les livraisons actuelles de bauxite, on accepte que d’autres matières précieuses sortent également du pays sans que la Guinée en profite.

Permettez-moi de jeter un petit regard en arrière, sur les origines du projet:

Il y a plusieurs années, une entreprise chinoise avait annoncé de construire une centrale hydroélectrique pour un milliard de dollars américains, contre la livraison de 2 milliards de tonnes de bauxite. Quand j’ai appris cela, j’ai considéré ce marché comme très inéquitable. Les responsables en Guinée ne savaient pas me donner de renseignements sur la valeur de la quantité de bauxite exigée par les chinois.

 Mes recherches personnelles ont alors donné comme résultat que les 2 milliards de tonnes de bauxite avaient une valeur réelle d’au moins 60 milliards de dollars américains, sur la base des prix de 2008.

En continuant le calcul sur cette base, cela signifierait que les 40 milliards de bauxite que possède la Guinée au total, c’est-à-dire un tiers du total des gisements de toute la planète, ne vaudraient que 20 milliards de dollars américains. Les deux milliards de tonnes correspondent au besoin de la Chine pour les trente ans à venir. Cet exemple illustre parfaitement la façon dont les investisseurs étrangers sont en train de piller les richesses du pays. Les contrats étaient prêts à être signés et ce n’est que grâce à l’intervention du Président du Conseil économique et social que le marché n’a heureusement pas été conclu!

Vu cette divergence, je me suis mis à chercher une alternative plus juste. Le résultat de mes efforts était le projet STABDEV, dont les objectifs étaient les suivants:

·       L’ensemble des projets de construction (port maritime, aéroport, centrales hydro électriques, chemins de fer, routes, fours de fusion d’aluminium, etc.) auraient été, dès le début, la propriété à 100% de la République de Guinée, sans être grevés d’aucune charge.

·       Tous les bénéfices issus par exemple de la production d’aluminium auraient appartenu à 100% à la Guinée.

·       Il y aurait eu des programmes de formation dans tous les domaines pour des citoyens guinéens, afin de leur permettre d’exploiter eux-mêmes l’ensemble des projets et d’en assurer la maintenance. Dans ce contexte, il était prévu de créer un centre de formation pour 4000 ingénieurs.

Les avantages de STABDEV sont les suivants :

·       La Guinée n’aurait plus dépendu de groupes miniers ou d’organisations internationales.

·       La création de valeur serait restée dans le pays.

·       Un grand nombre d’emplois auraient été créés.

·       Le niveau de vie et de prospérité aurait augmenté considérablement.

·       L’exploitation des ressources naturelles précieuses se serait faite d’une façon raisonnable et respectueuse de la nature.

·       Des ressources naturelles seraient restées en grande quantité pour les générations futures. 

En mai 2008, S.E. M. Kamano et moi, nous avons informé le Président du Parlement, M. Somparé, du projet STABDEV. Il nous a assuré son plein soutien. Ensuite, M. Kamano et le Président du Parlement, M. Somparé, ont informé le Président de la République, Lansana Conté, sur les principes du projet STABDEV, lequel a également donné son accord. Malheureusement, à cette époque-là, M. le Président Conté était déjà si gravement malade que les membres du gouvernement ne suivaient plus les ordres du Président. C’étaient alors le ministre des Finances, Ousmane Doré, et le Premier Ministre, M. Souaré, qui ont bloqué STABDEV dans leur propres intérêts.

À la suite du décès du Président Lansana Conté, j’ai parlé très en détail sur le projet STABDEV au Président Moussa Dadis Camara, lors d’une audience personnelle au Camp Alpha Yaya. Le Président était convaincu du projet STABDEV, vu les chances et les possibilités de développement qu’il offrirait à la Guinée, et il a promis son soutien absolu et sans réserve.

Or, dès le lendemain, le Président Moussa Dadis Camara a été dissuadé par le ministre des Mines, Mahmoud Thiam, de réaliser le projet STABDEV.

En fait, M. Thiam, ministre des Mines, avait déjà reçu des pots-de-vin d’un groupe d’investisseurs, de sorte qu’il était obligé vis-à-vis de ces « investisseurs » et n’a montré aucun intérêt à la mise en marche du projet STABDEV. De manière surprenante, il y avait, à cette époque-là, des informations sur des négociations en cours avec une entre prise chinoise et concernant un volume d’investissement de 23 milliards de dollars américains, avec, à première vue, les mêmes contenus, mais présentant de grandes différences par rapport à STABDEV.

Grâce au projet STABDEV, nous voulions faire de la Guinée un modèle à suivre pour l’ensemble des pays de l’Afrique occidentale. Un projet qui lui offrirait même le potentiel de fournir de l’énergie électrique à ses pays voisins.

Malgré ces perspectives formidables pour la République de Guinée, le projet STABDEV a malheureusement été bloqué à plusieurs reprises, pendant la phase de l’élaboration des contrats, par des ministres poursuivant leurs intérêts personnels. Les directeurs responsables du groupe euro-américain de financement et de développement de projet ont refusé catégoriquement tout paiement de pots-de-vin, ce qui évidemment a irrité certains ministres. Il y avait des membres du gouvernement qui mettaient leurs propres intérêts devant ceux du pays, risquant le bien-être de toute une nation pour des sommes ridicules qu’ils recevaient comme pots-de-vin.

Outre le ministre des Mines, M. Thiam, c’était surtout le Premier Ministre, Kabiné Komara, qui a bloqué le projet STABDEV. De même, le ministre des Finances, Mamadou Sandé, lequel j’ai rencontré plusieurs fois en personne, a refusé son soutien au projet, pour divers motifs.

Mais aussi au ministère fédéral des Affaires étrangères à Berlin, j’ai vécu une grande déception.

Nos cocontractants avaient exigé que le gouvernement allemand à Berlin et le gouverne ment des États-Unis soient informés sur le projet. Étant donné que moi, je ne dispose d’aucun contact au sein du gouvernement américain, c’étaient les cocontractants qui ont informé le State Department et plusieurs sénateurs. Moi, de ma part, j’ai réussi à établir un contact avec le ministère fédéral des Affaires étrangères, par l’intermédiaire de l’ancien Président de l’Allemagne, Horst Köhler, qui est un grand ami du continent africain.

Par suite du renvoi de M. Köhler, j’ai informé très en détail Mme Ohl-Meyer du service 321 au ministère des Affaires étrangères sur le projet STABDEV. J’ai également précisé que je leur serais reconnaissant, le cas échéant, de nous prêter de l’assistance logistique dans les négociations et dans la réalisation de projets, étant donné que dans les contacts que j’avais eu au préalable avec des entreprises allemandes, celles-ci avaient réagi avec une certaine réserve.

J’ai bien souligné que dans le cadre du projet STABDEV, la Guinée ne demande aucun soutien financier, mais au contraire, que grâce à STABDEV, des entreprises allemandes pourraient bénéficier de marchés. En outre, on pourrait, dans une certaine mesure, assurer la livraison de matières premières, telle que bauxite, minerai de fer, divers métaux spéciaux et bien sûr pétrole et gaz naturel. Après qu’ils avaient mis environ trois mois pour traiter ma demande, j’ai reçu la réponse courte et lapidaire qu’il convenait de s’adresser à l’Ambassade de l’Allemagne à Conakry.

Je préférais pourtant ne pas donner suite à ce conseil, vu que les explications entre le Président de la Guinée, M. Camara, et l’Ambassadeur allemand, M. Prinz s’avéraient très contre-productives.

Nous connaissons tous la suite des choses. Les événements du 28 septembre 2009 - qui sont l’occasion de notre rencontre d’aujourd’hui - constituent le chapitre le plus sombre de l’histoire de la Guinée.

Ce n’était que quelques jours plus tard que la délégation d’une entreprise chinoise est venue à Conakry pour signer un accord sur l’exploitation de richesses minières. Cette fois-ci, le volume d’investissement n’était plus que de 7 milliards de dollars américains. Fidèle à la devise de l’investisseur financier Mark Mobius de Singapour, qui disait dans le film « Let’s make money » du réalisateur autrichien Erwin Wagenhofer: « Lorsqu'il y a du sang dans la ruec'est le temps d'investir, parce que c’est là que les bénéfices sont les plus importants. » Les mêmes personnes qui s’étaient prononcées contre STABDEV, se sont alors déclarées en faveur d’une coopération avec un investisseur pour l’ensemble des projets miniers en Guinée. Une opportunité bienvenue pour les messieurs de s’assurer leur part personnelle aussi pour l’avenir.

En décembre 2009, S. E. le Général Sekouba Konaté a remplacé Moussa Daddis Camara à la Présidence de la République. Le nouveau Président a réussi à ramener la Guinée à la table de la communauté mondiale. Le 2 juin 2010, j’ai pu rencontrer le Président à Paris, où je l’ai informé sur STABDEV.

En accord avec les initiateurs du projet STABDEV, le Président, S. E. le Général Sekouba Konaté, était de l’avis que ce projet, à lui seul, ne permettrait pas de transformer le pays sous-développé qu’est la Guinée actuellement, en un pays dont le niveau corresponde à celui d’un pays européen. Or, les initiateurs de STABDEV étaient toujours partis du principe que la Guinée avait besoin d’un grand nombre d’investisseurs pour développer le pays. Le projet STABDEV était conçu comme un point de cristallisation pour le développement de la Guinée, de manière que ce pays devienne encore plus intéressant pour d’autres investisseurs et qu’on bénéficie alors de l’effet multiplicateur. Nous avions élaboré ce projet dans le souci d’émettre dans le monde un signal éclatant et de montrer à la communauté internationale des États qu’un pays est bien capable de se développer par sa propre force et d’arriver dans les temps modernes, sans avoir besoin d’aide des pays industrialisés ni d’assistance financière par d’autres institutions internationales.

Le Président a donné son accord à la réalisation du projet STABDEV et a assuré son soutien. Il a chargé, par ordre présidentiel, son ministre Lucien Beindou Guilao de prendre les dispositions nécessaires pour que le projet puisse démarrer. Malheureuse ment, M. Guilao était complètement débordé par cette tâche et n’était pas en mesure de comprendre ni de traiter les quelques documents qui lui avaient été présentés.

À ces circonstances négatives est venu s’ajouter le fait que le Gouverneur de la Banque centrale, Alhassane Barry, a exigé des pots-de-vin de l’ordre de 10.000 dollars américains.

Ministre Guilao et le Gouverneur de la Banque centrale, Alhassane Barry, continuent encore aujourd’hui à s’accuser mutuellement d’être responsable du retard dans le traitement du dossier et d’être à l’origine de la demande de pots-de-vin.

Vu que dans notre travail, nous respectons tous le principe de la conformité aux règles reconnues à l’échelle internationale, une telle manière d’agir est inacceptable.

Par conséquent, nos partenaires se sont retirés du projet STABDEV par avis écrit du 15 août 2010.

Après m’être efforcé pendant beaucoup d’années d’aider la Guinée à s’engager vers un avenir meilleur, j’arrive maintenant à la conclusion que tous mes efforts ont échoué à cause des agissements de personnes corrompues. Le désir de s’enrichir de quelques dollars fait que de grands projets disparaissent dans un tiroir. Ce faisant, le ministre des Mines, M. Thiam, se comporte comme un petit garçon qui joue avec des lingots d’or qu’il échange contre une poignée de bonbons.

Trois Présidents de la République, le Président du Parlement de l’époque, M. Somparé, et le Président du Conseil économique et social, M. Michel Kamano, ont pris fait et cause pour STABDEV, sans tendre la main. Il est d’autant plus déplorable que des fonctionnaires subordonnés mettent alors leur propres intérêts devant ceux du pays.

C’est ainsi qu’ils privent le peuple de son droit à une vie digne. Il faut enfin que ces personnes corrompues comprennent qu’il vaut bien la peine de travailler avec dés intéressement. Le développement du pays, tel qu’il était prévu par le projet STABDEV, aurait signifié pour chaque citoyen un gain bien plus élevé que les 10.000 dollars dans la poche d’un fonctionnaire individuel. La Guinée doit se décider dans quel chemin elle veut s’engager. Veut-on vraiment rester pour toujours le fournisseur de matières premières pour le reste du monde ou veut-on se mettre à la table des négociations avec les pays industrialisés en tant que partenaire à part entière ?

Les possibilités sont là. Pour développer un pays, il faut des centaines de milliards de dollars. Nous n’obtiendrons ces fonds certainement pas de groupes multinationaux ni de pays qui, en plaçant ses investissements, ne regardent pas le gouvernement du pays. Un jour, les ressources minières de tout pays seront épuisées. Et ce jour, on verra bien qui a fait prévoyance pour l’avenir. Autrement, le pays ne sortira pas de la pauvreté et du retard. Qui voudrait léguer ce fardeau aux générations futures?

La richesse de la Guinée est en même temps une malédiction. Tant que la Guinée n’arrive pas à se libérer des chaînes qui lui ont été posées par les grands groupes et par les pays industrialisés, il n’y aura pas de prospérité au sein de la population. Les nations industrialisées ne s’intéressent pas à une Guinée économiquement forte, puisqu’un pays pauvre est beaucoup plus facile à « tenir en laisse ».

Augmenter le bien-être des citoyens et respecter les droits de l’homme, ce n’est souvent, pour beaucoup d’hommes politiques, qu’un engagement prononcé du bout de lèvres. En réalité, on vise à tenir les gens en Guinée comme esclaves des pays industrialisés et de s’assurer l’accès aux ressources naturelles bon marché.

Ce n’est pas sans raison que le Président des États-Unis, Barack Obama, a appelé les pays en voie de développement à agir avec plus de responsabilité. Il a dit littéralement:

« Il n’y a rien qui remplace votre propre responsabilité de gouvernement: ce n’est que vous-même qui pouvez prendre ces décisions difficiles qui ouvrent la voie vers un développement dynamique de vos pays. »

Mesdames et Messieurs, je vous remercie de votre attention.

Source: Guineepresse.info

Tag(s) : #Politique

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