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Moussa-Tiegboro-Camara-Bruleur-1


 

Guinéenews©: 

 Pouvez-vous nous relater les circonstances de la brutalité dont vous avez fait l’objet ?

Mamadou Aliou Barry
: L’agression est arrivée dans le cadre de mes activités au sein de l’Observatoire. Depuis la fin du premier tour de l’élection présidentielle, on a senti monter des tensions entre les militants des différents partis politiques, mais surtout, on a constaté la présence des forces de l’ordre dans un cadre répressif.  Depuis deux semaines surtout, on s’était aperçu que les forces de l’ordre réprimaient dans les différents quartiers, alors que la campagne électorale était ouverte. Et on ne comprenait pas que dans le cadre d’une campagne électorale, le gouvernement décide de faire un maintien d’ordre. Il y avait beaucoup d’exactions dans les quartiers, et c’est dans ce cadre que j’ai reçu un appel d’un membre de l’Observatoire me disant que la FOSPEL (Force de sécurisation du processus électoral) était en train de réprimer au niveau de Hamdallaye. Ils allaient dans les quartiers, s’attaquaient aux Peulhs.

J’ai pris mon véhicule, je suis arrivé au niveau de Concasseur, et là j’ai vu cinq à six pick-up qui entouraient  le carrefour. Des éléments de la FOSPEL étaient en train de tabasser des jeunes, dont l’un avait la tête ensanglantée, il mourra d’ailleurs après. J’ai garé mon véhicule, et vu la gravité de la situation, l’acharnement sur ce jeune, j’ai pris mon téléphone pour appeler le général Baldé qui dirige la FOSPEL, et en même temps, je m’approchais du groupe en leur disant : « Ce n’est pas ça le maintien d’ordre, vous n’avez pas le droit de brutaliser les gens comme ça. » Tout de suite, ils se sont retournés et il y en a un qui a dit : « Voilà un autre Peulh, et en plus droits de l’homme. On va lui faire sa fête. »Je n’ai même pas eu le temps de réagir, ils ont commencé à me frapper avec leurs armes. J’ai réussi à m’échapper, et comme c’était au bord de la route, je suis entré dans une boutique où il y avait des personnes pour m’y réfugier. Ils ont commencé à tirer, j’ai reçu une balle sur la jambe gauche. Ils ont crié : « Si vous ne sortez pas, on vous  exécute tous ».

Ils sont rentrés dans la boutique, ils nous ont brutalisés, ils ont rapproché le pick-up où ils nous ont entassés. Avec les personnes qui y étaient déjà, nous nous sommes retrouvés à plus de dix.

Ils traitaient les gens de « batards», en disant : « De toutes façons, un Peulh ne gouvernera jamais ce pays, vous vous agitez pour rien. De toutes façons, vous n’irez pas voter le 24, on va vous casser les pieds, on va vous fracasser, jamais un Peulh ne gouvernera ce pays… » Moi, j’ai rétorqué en disant qu’ils sortaient de leur mission. Ils se sont mis à nous frapper de partout, sur la tête. 

Moi,  j’avais déjà le bras cassé. Ils nous ont emmenés à l’escadron mobile de gendarmerie numéro 4, et juste à côté, ils nous ont fait descendre, il y avait plusieurs pick-up garés. Ils ont ouvert le portail, on est rentré, il y avait là plusieurs dizaines de jeunes militants de l’UFDG, qu’ils avaient déshabillés, frappés. (...) Il y avait les gendarmes, mais comme les exactions étaient commises par les éléments de la garde présidentielle, ils n’avaient pas un mot à dire.

Je me suis adressé à un colonel de la gendarmerie, je lui ai dit : « Ecoutez, je suis quand même conseiller à la primature, je suis président de l’Observatoire, vous ne pouvez pas faire ça. »  Quand il a voulu me sauver, un sergent de la garde présidentielle l’a traité de tous les noms, lui disant que « s’il ne dégageait pas, il allait le buter lui-même. » Le commandant de la gendarmerie qui est le colonel Cissé est descendu, mais il était plus ou moins compatissant des agissements de la garde présidentielle, puisque c’est l’électorat peulh qui était visé. Ils disaient qu’ils allaient nous embarquer dans des camions pour nous emmener dans un lieu inconnu.

« On va vous couper les tendons, d’ailleurs on l’a fait la semaine dernière, personne ne votera le 24 octobre, si vous pensez gouverner ce pays, vous vous trompez. » J’avais la chance d’être à côté du portail, et c’est au moment où ils prenaient les gens individuellement pour les emmener derrière la cour pour les bastonner qu’un gendarme m’a pris par la main, qu’il a ouvert le portail et qu’il a dit à un autre gendarme : « Mets-le tout de suite dans un taxi, aide-le à récupérer sa voiture, sinon ils vont le tuer. »

Guinéenews© : Avez-vous été témoin d’autres faits de violence ?

Mamadou Aliou Barry
: Les violences ont été particulièrement poussées durant la semaine pendant laquelle j’ai été agressé. Nous sommes allés dans les hôpitaux. J’avais organisé une conférence de presse le vendredi, j’ai invité le médecin de Donka qui a fait le point devant la presse internationale.  Il y avait à Donka 53 victimes, dont 10 à balles réelles. Il était même venu avec les balles qui avaient été extraites.

J’ai fait témoigner un professeur d’université à la retraite, au domicile duquel on était entré, et dont on était à la recherche. Il était absent, ils ont violé sa femme, bastonné sa fille, ils ont saccagé toute la maison, ils ont tiré sur son ordinateur, son téléviseur, ils ont cassé le véhicule. Le jeudi, j’étais à la clinique Mère et Enfant où j’avais été appelé, il y avait là un gamin qui avait reçu une balle en pleine tête, et qui allait décéder peu après. On s’est rendu compte petit à petit avec les Nations Unies, qui l’ont d’ailleurs dénoncé dans leur rapport, qu’il y avait une stratégie pour éliminer l’électorat peulh, en prévision du deuxième tour, c'est-à-dire qu’il fallait les terroriser pour qu’ils n’aillent pas voter. Ce qui nous choquait, c’est que le Premier ministre disait qu’il fallait maintenir l’ordre par tous les moyens, et en fait les militaires en profitaient  pour entrer dans les maisons. Il ne se passait pas un jour sans que les gens soient violentés dans leurs maisons. Ca a été une semaine très pénible ; et on me dit que cela continue d’ailleurs à l’heure actuelle.

Guinéenews© : Donc toutes ces exactions sont le fait de l’armée ?

Mamadou Aliou Barry
: C’est l’armée, la FOSPEL, la garde présidentielle. Ils estiment qu’il y a plein de militants de l’UFDG à Hamdallaye qui manifestent, et donc qu’il faut les réprimer. On ne voit pas pourquoi ces gens manifesteraient au deuxième tour alors qu’ils ne l’ont pas fait au premier tour.

C’est une répression menée de façon délibérée. Et de toute façon, on s’aperçoit de plus en plus que c’est Alpha Condé qui manipule et Konaté, et Jean-Marie Doré

La veille du problème qui m’est arrivé, j’ai vu l’arrivée d’Alpha Condé au palais du Peuple. On a vu des gamins tomber, mais ils sont tombés d’épuisement, de déshydratation. Personne n’a parlé d’empoisonnement au palais du Peuple.

Dans la soirée, Doré est sorti à la télévision pour dire qu’il y a eu empoisonnement. Nous on s’est rendu à l’hôpital Ignace Deen avec l’Union Européenne, les Nations Unies, puisqu’on travaille en synergie. Les autorités faisaient tout un cinéma, elles avaient barré l’entrée de la morgue en disant qu’il y avait eu plus de 200 morts. Comme nous ne pouvions pas entrer, nous sommes partis chercher l’imam, qui a pu entrer et qui a constaté qu’il n y avait pas de morts, que c’était un montage.

Pour se rattraper, ils nous ont dit que les malades étaient répartis dans les différents services de l’hôpital. On est allé voir la directrice, qui nous a accompagnés au chevet des militants, et qui nous a dit : « Vous voyez, ce n’est pas de l’empoisonnement, ces gens sont déshydratés, il y en a qui n’ont pas mangé depuis le matin » Elle a parlé devant des médias internationaux pour rétablir la vérité. Une heure plus tard, on entend à la télé Jean-Marie Doré qui déclare qu’il suspend cette directrice pour violation du secret médical. Parce qu’ils auraient voulu qu’elle confirme les déclarations d’empoisonnement d’Alpha Condé et qu’elle ne l’a pas fait. La rumeur a été véhiculée en Forêt et en Haute Guinée que les Peulhs ont empoisonné les Malinkés. Tout cela n’est qu’une manipulation qui vient d’Alpha Condé. Les gens s’en rendent compte maintenant.

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http://www.guineenews.org/articles/?num=201011219159 

Tag(s) : #Interview

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