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Guinee Ancre

Les « politiciens guinéens » ne vont jamais assez regretter de n’avoir pas exigé la dissolution du CNDD et de n’avoir pas demandé que la transition ne soit pas conduite par un putschiste et d’avoir choisi Jean Marie Doré comme Premier Ministre, Chef de gouvernement.

 

Un jour après avoir décidé de confisquer le pouvoir en interrompant brutalement et sans arguments valables le processus électoral, le matériel de la CENI a pris feu au cœur de l’état major de l’armée guinéenne, le camp Almamy Samory Touré. Comme ça les élections sont effectivement reportées sine die comme l’a annoncé le général putschiste Sékouba Konaté.

 

Qu’à cela ne tienne, s’il pensait que son plan visant à rester était bien ficelé, il se trompe lourdement. Car logiquement la CENI, qui montre qu’elle n’est pas si indépendante ses membres étant craintifs, a du sauvegarder les données. Il appartient désormais aux vrais acteurs politiques guinéens d’exiger que la transition soit conduite sous tutelle onusienne, Sékouba, l’armée, la CENI, Jean Marie Doré et le CNT ayant failli à la mission qui leur avait été confiée par l’Accord de Ouagadougou qui a donné un délai de six mois aux acteurs de la transition pour organiser les élections.

 

Sekouba konaté ou l’art de rester tout en disant vouloir partir

 

Sékouba est aux commandes depuis le coup d’état du 23 décembre 2008. Il était le bras droit de Dadis Camara et ce dernier ne faisait jamais rien sans son aval. En  2009, un fait étrange a eu lieu que n’ont malheureusement jamais dénoncé les acteurs politiques et la société civile. C’est le serment que les militaires ont prêté à Moussa Dadis Camara et au numéro 3 de la junte, ministre de la Défense, le général Sékouba Konaté. Un point turlupinant de ce serment est que l’armée avait juré servilité à la fois à Dadis et au numéro 3 du CNDD le général Sékouba Konaté. Pourquoi ? La junte avait depuis longtemps jeté aux orties le numéro 2 de la junte, le général Mamadouba Toto Camara. Pire l’armée ne jure pas de servir la Nation, mais deux individus bien déterminés et putschistes de surcroît.

 

Par ailleurs, on l’aura remarqué, à chaque fois que la junte prépare un mauvais coup avec l’action de l’armée, le Ministre de la Défense d’alors le général Sékouba Konaté était habilement absent et s’arrangeait à ce que cette absence soit remarquée. Ainsi pour les évènements du 28 septembre 2009, il a fait médiatiser la panne de l’hélicoptère qui l’avait conduit à l’intérieur du pays au moment où les soldats qui étaient sous sa responsabilité s’adonnaient à des actes d’une rare barbarie en perpétrant massacres, viol, tortures et autres actes humiliants et dégradants. La nuit du 30 novembre au 1er décembre 2009, il s’était également fait remarquer à l’aéroport de Conakry Gbessia à l’occasion de son envol pour le Liban via le Maroc dans la Compagnie Royale Air Maroc. Deux jours après Toumba Diakité tirait une balle dans la tête de Dadis Camara et Sékouba rentrait deux jours plus tard. C’est ainsi que lui, qui n’est que numéro 3 de la junte a pris la succession à la tête de l’Etat guinéen sans avoir été élu. Le numéro 2 de la junte est depuis lors techniquement écarté. Qui peut dire quels actes a posé le général Toto depuis que Sékouba est président par intérim ? ? Il est là sans être là.

Le dimanche dernier, Sékouba entendait certainement rééditer ses étranges manœuvres visant à s’absenter à un moment crucial du pays. Il devait se rendre dans son autre pays, le Liban où il a fait nommer un de ses amis affairiste, Ali Saadi comme consul honoraire. Son voyage aurait coïncidé avec les troubles provoqués par les heurts ayant opposé les partisans des deux candidats finalistes. Mais le plan était trop flagrant, tout le monde ayant compris la stratégie de Sékouba. C’aurait été en effet étrange que l’armée intervienne et décide de mettre fin au processus électoral en demandant à Sékouba Konaté de rentrer pour « sauver le pays ». Ce plan a avorté et cette fois il devait assumer seul sa turpitude. Mais il n’en a pas eu le courage car il a préféré faire un discours au sens décousu où en gros il rend la CENI responsable car elle ne serait pas prête. Pourtant la veille il a fait dire par son Ministre Tibou Camara qu’il était pour le respect de la date du 19 septembre. Dans son nouveau discours qui contredit son discours lu par personne interposée, il parle de déception, de nation en danger sachant qu’à l’heure actuelle, le plus grand danger du pays c’est l’armée qui comprend de nombreux criminels et dont la restructuration n’a jamais été faite. Il faut que les Guinéens comprennent que la restructuration ne se résume pas à des nominations des copains et d’autres bandes armées aux postes de commandement militaires.

Depuis qu’il est aux commandes grâce à l’accord de Ouaga et la démission des politiques qui l’ont fait confiance pour signer seul cet accord avec Dadis Camara, il est devenu politiquement irresponsable alors qu’il brasse des millions d’euros et de dollars. Tous les contrats miniers signés par JMD ont été approuvés par le général Sékouba Konaté.  Par exemple pour la joint venture créée par Vale et la Beny Steinmetz Group Resources (BSGR), dans un communiqué, la  BSGR avait  annoncé qu'un décret présidentiel" ratifiant son accord avec le gouvernement guinéen pour l'exploitation des gisements a été "signé et publié le 19 mars 2010". La BSGR a confirmé que Vale disposerait "des droits exclusifs d'enlèvement et de commercialisation pour l'ensemble de la production de minerai de fer" car elle a reçu,  "l'autorisation exclusive d'exporter le minerai de fer via le Liberia en contrepartie de la reconstruction du chemin de fer Transguinéen".

Désormais Sékouba et JMD bradent les ressources minières en faisant du troc qui n’apportera rien au développement économique du pays, car ces contrats de dilapidation des biens publics ne comportent aucun transfert de compétence au profit des Guinéens. Les Guinéens ne doivent pas être surpris de se retrouver avec des barrages et des infrastructures qui subissent le même sort que Garafiri ou les bus de Kouyaté.

Fin avril, 2010 Jean Marie Doré, Premier ministre guinéen, a averti, que son équipe a hérité d'une dette intérieure colossale de plus de 4 milliards FCFA contractée par la junte militaire au cours de ses 11 mois de gestion des affaires publiques. Au temps de Dadis Camara son Ministre de la Défense, Sékouba était également Président de la Commission d’audit qui symbolisait la lutte contre la corruption. Le Président de cette commission avait passé plusieurs marchés de gré à gré avec des proches dont son épouse qui a acquis le marché de la confection des uniformes de l’armée pour une valeur de plus de 4 millions d’euros.

 

Sékouba Konaté a compris que les Guinéens ont la mémoire courte. Qu’avec un discours il est facile de devenir dieu comme si le pays n’avait pas eu plus beau parleur que Sékou Touré. C’est ainsi que CNT et les partis politiques ont rangé Konaté au rang de divinité et n’ont jamais cherché à contrôler ses actes. Il encaisse et décaisse les fonds de l’Etat sans rendre de compte à personne. Il a les pieds qui fourmillent comme ceux de Kouyaté avec ses voyages autour du monde, de préférence vers des destinations dictatoriales (Burkina Faso, Guinée Equatoriale, Libye, Gambie etc) et qui ne rapportent rien à la Guinée. Il a pris goût au pouvoir. Comment voulez vous qu’il veuille quitter cette situation de Tout Puissant à celle d’un simple citoyen. Encore une fois toute personne qui a du pouvoir et qui n’est pas contrôlée, qui n’a pas de garde-fous est tentée d’en abuser.

 

Mais Sékouba et ce qui reste du CNDD ne doivent pas oublier que les sanctions de l’Union européenne pèsent toujours sur des éléments de la junte à commencer par lui. L’UE lui a accordé un sursis pour lui permettre d’organiser des élections libres et transparentes. Non seulement il n’est pas à la hauteur, mais surtout il n’en a pas la volonté.

Il appartient aux Guinéens de prendre leur responsabilité. Les Jeunes ne doivent plus prendre des risques sans contrepartie en laissant toutes les négociations et le choix des acteurs qui doivent gérer le pays aux seules mains des partis politiques dont on ne cesse de voir les limites.

 

Hassatou Baldé, Docteur en Droit, Paris.

Tag(s) : #Libre opinion

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