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Le lundi 9 Aout 2010, deux jours avant le début du mois saint de Ramadan, le gouvernement de transition s’est finalement résolu à annoncer la date du second tour de la présidentielle qui a été fixée au 19 Septembre 2010.

Aussitôt que l’information a été rendue publique, les populations guinéennes ont tourne leur attention sur les préoccupations liées aux préparatifs du carême.

La ruée sur les différents marches avait commence, principalement au marche Madina, le plus grand de la capitale.

Dans les états-majors des deux candidats en lice, la question essentielle consistait à savoir ce qu’il faut faire pour peaufiner les stratégies et occuper le terrain durant cette période de soudure.

Naturellement la question relative aux prix des denrées de première nécessité fait l’objet de manipulations politiques, dans le seul but de gagner des électeurs, qui du reste, sont peu informes sur les lois du marché.

Au RPG, on brandit l’arme de l’accusation. On accuse les commerçants d’augmenter les prix au marché pour financer la campagne de Cellou Dalein Diallo.

On soutient que les commerçants qui supportent le candidat de l’UFDG vont augmenter les prix des produits pour s’enrichir durant le Ramadan et affamer en même temps les populations.

Le bruit court qu’on va demander à Mamadou Sylla de la Société Futurelec, candidat malheureux au premier tour et allié circonstanciel du candidat Alpha Condé, de vendre le riz aux populations à un prix moins cher.

Ce qui selon eux, permettrait à la coalition arc-en-ciel de gagner de nouveaux électeurs et booster en même temps les chances du professeur Alpha Condé de gagner le second tour.

À l’UFDG, la question de la flambée des prix, surtout en cette période de jeun, reste un sujet préoccupant dont la solution doit être trouvée de manière définitive et durable.

Mais on ne se fait aucun doute sur les conséquences néfastes infligées à une économie déjà exsangue si on s’amusait à fixer les prix comme au temps de la Révolution multiforme et globale ; une pratique qui du reste a contribué à mettre l’économie du pays à genoux et que le candidat de l’UFDG cherche à remédier.

On estime que même si Mamadou Sylla arrivait à vendre son riz à perte, dans l’ordre de 80 000 FG le sac de 50 kilos, cela ne garantirait nullement l’adhésion de nouveaux électeurs à la candidature du professeur Condé.

Le patron de Futurelec en a fait l’amère expérience au premier tour de scrutin, puisqu’il offrait sac de riz, 50 000 fg à tout électeur qui accepterait, main sur le coran, de voter pour lui. Son score de 0,39% en dit long sur l’efficacité de telles pratiques qui ne relèvent que du désespoir.

Un autre allie, Lansana Kouyaté du PEDN, avait lui aussi tenté de séduire les populations du temps ou il était le premier ministre du gouvernement de consensus.

En plein mois de carême, il avait déversé la cargaison d’un bateau de riz sur la capitale pour le revendre très moins cher aux populations. Il est apparent aujourd’hui que les guinéens n’ont pas succombé à cette opération de charme au vu du score obtenu au premier tour de scrutin.

En fait c’est toute la différence entre le RPG et l’UFDG dans leurs visions et approches de gérer l’économie nationale.

Les uns pensent que l’état doit intervenir, par exemple en fixant les prix, pour remédier aux éventuels déséquilibres du marché.

Les autres font confiance aux lois du marché pour réguler spontanément l’économie. Il y a ce qu’on appelle en économie « La loi de l’offre et de la demande » que tout étudiant de cette matière peut aisément comprendre.

Quand la demande est forte, la tendance de l’offre est à la baisse et les prix augmentent. Quand la demande est faible, l’offre augmente et les prix tendent à baisser.

La flambée des prix durant le mois de Ramadan obéit à cette règle très simple. Ce n’est nullement un complot ethnique ou corporatiste pour s’enrichir et affamer les populations ou alors pour financer la campagne d’un candidat présidentiel.

Chaque année, les prix montent durant les deux premières semaines du mois de Ramadan et se stabilisent avant de revenir à la normale.

C’est un phénomène qui a été observe en Guinée depuis le temps de la première République, bien avant que les deux candidats en lice ne pensent à se porter candidats à la magistrature suprême.

Voyons un peu ce qui se passe aujourd’hui

Durant les trois premiers jours du carême, les prix de plusieurs denrées avaient augmenté :

- La baguette de pain vendue à 1500 fg est passée à 2000 fg,

- Le kilo de riz blanc est passe de 4500 fg à 5000 fg,

- Celui du riz du pays de 5500 fg à 6000 fg.

- L’ananas initialement vendu à 5000 fg passe à 6000 fg.

- Avant on pouvait obtenir 6 oranges pour 5000 fg, maintenant c’est juste 5 oranges pour 5000 fg.

Mais tous les prix n’ont pas augmenté!

Par exemple le kilo de viande est reste à 22 000 fg et les 5 litres d’huile sont toujours vendus à 65 000 fg.

Ce qui se passe c’est que chaque année, juste avant le début du mois de Ramadan, il y a une ruée des populations sur les marchés pour s’approvisionner en denrées de toutes sortes.

Quand les stocks de certains produits sont épuisés, leurs prix montent rapidement. Il faut du temps pour que ces stocks soient remplacés et une fois que cela est fait, les prix se stabilisent et reviennent progressivement à la normale.

Déjà certains prix sont entrain de revenir à leurs niveaux précédents. Trois jours après le début du carême, le prix de la baguette de pain est redescendu à 1500 fg. Et les autres prix se sont maintenus à leur niveau habituel.

C’est un phénomène très simple mais s’il est si récurrent et pénible en Guinée, c’est parce qu’il est amplifie par le faible niveau de production. On ne produit pas assez et l’économie est devenue totalement tributaire des importations. Quand il y a rupture au niveau des importations, cela ce ressent automatiquement sur les prix.

La flambée des prix au moment de la période de soudure est aussi amplifiée par le phénomène de l’inflation. Quand le gouvernement utilise la planche à billets pour résoudre ses difficultés de trésorerie, la masse monétaire augmente et occasionne l’inflation, qui est une augmentation ample et soutenue du niveau général des prix.

Une augmentation répétée des prix érode le pouvoir d’achat de la monnaie et des autres actifs financiers, provoquant ainsi de graves distorsions et incertitudes économiques.

L’inflation apparait lorsque des pressions économiques et l’anticipation de certains événements font monter la demande en biens et en services au delà de l’offre disponible aux prix existants.

Ce qui nous amène donc à dire que l’incertitude entretenue par le gouvernement de transition autour de la date du second tour de la présidentielle a contribué à l’envolée des prix juste avant le début du mois de Ramadan. Le marché n’aime pas les incertitudes et il répond à des signaux.

Apres le 27 Juin 2010, le flou entretenu autour de l’organisation du deuxième tour de scrutin et le délai qui commençait à être long ont affaibli la monnaie nationale face aux devises étrangères.

À un moment donné, le dollar s’échangeait à 7000 fg, et après la publication de la date du second tour, il s’échangeait à 6800 fg. Si les élections se déroulent dans de bonnes conditions à la date du 19 Septembre 2010, ce taux risque encore de baisser.

 

C’est ce même phénomène qu’on a observé en 2007, au lendemain de la mise en place du gouvernement de consensus de Lansana Kouyaté. De son taux de 6000 fg, le dollar ne s’échangeait plus qu’à 3000 fg et l’inflation est tombée de 34% à 18%. Tout cela parce que les attentes des populations ont été comblées.

 

Ce n’est donc pas un complot ourdi par les commerçants peulhs pour devenir encore plus riches et étouffer la population, ou pour aider le candidat de l’UFDG par quelque moyen que ce soit.

 

Les phénomènes économiques que nous avons décrits plus haut ne tiennent pas compte de l’ethnie, de la couleur de la peau ou de la blancheur des dents d’un individu.

En économie, il y a des règles qui sont établies et qu’il faut suivre. Même si jusqu'à présent, la RTG persiste à montrer des images de citoyens se plaignant de la hausse des prix et du manque de compassion des commerçants en cette période de soudure.

Tout compte fait, l’UFDG devrait se garder de tomber dans le piège d’une intervention abusive et désordonnée sur le marché.

 

Thierno Sadou DIALLO

 

Economiste

Membre du Bureau Exécutif National de l’UFDG

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