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Comme cette transition qui bloque au beau milieu du gué finira par donner des ulcères d’estomac au guinéens et, particulièrement ceux de la diaspora ! Tous les jours, pour ne pas dire toutes les deux heures, les nouvelles qui viennent de Conakry nous plongent soit dans la plus grande déprime soit dans une euphorie à vous faire fredonner « Singing in the rain ».

Cette volatilité de la situation est le résultat de la lutte qui oppose les forces hostiles au changement à ceux qui travaillent à la tenue d’un scrutin régulier en Guinée.

Les évènements de ces derniers jours (passage à tabac de personnes devant le siège de l’UFDG) montrent que l’opposition à tout changement démocratique en Guinée ne faiblit pas. Loin s’en faut. Au vu de ces manœuvres, on est souvent tenté de prêcher la loi du talion et de rendre coup pour coup à ces forces obscures qui, si l’on y regarde de plus près, s’inscrivent dans la droite ligne des fantasmes de Sékou Touré et sa conception du pouvoir et de la République.

En Guinée, depuis Sékou Touré, l’ETAT est perçu comme une propriété d’une certaine catégorie de personnes.

A partir des années 1970 et, de façon plus affiché après le discours du 22 août 1976 sur le « complot Peulh », ces personnes ont vampirisé toutes les strates de l’Etat (haute Administration civile, encadrement des Forces de Défense et de Sécurité etc..) et, parallèlement, la présence des Peulhs dans l’administration civile et militaire a été confinée à des fonctions techniques et exécutives.

Cet état de fait a été perpétué par le régime de Lansana Conté qui, il faut bien l’admettre, a été le continuateur de l’ « ETAT Sékou Touré ». Au mépris de l’impératif du vivre ensemble, chaque communauté ethnique s’est complu à faire sien ce postulat :

Les Mandings à qui Sékou Touré, ses griots et valets ont expliqué que seul Almamy Samory à résisté à la colonisation et qu’évidemment son prétendu petit fils a été le seul a s’être battu pour l’indépendance (cf. regard sur le passé – Bembeya Jazz) ont été convaincus que seul un manding a la légitimité pour prendre en charge les destinées de la Guinée.

Lansana Conté qui a essaimé l’Administration centrale et préfectorale, l’armée et le corps diplomatique de « cadres » Soussous n’a, certainement jamais eu le fond raciste de Sékou Touré et surtout, il n’a pas essayé de cultiver la haine de l’autre dans le cœur des Soussous. Mais il n’a rien fait pour inciter à la fin de cette marginalisation d’une partie de la communauté nationale.

Dadis Camara, en très peu de temps a voulu monter la tête aux Forestiers qui, il faut bien le dire, ont été, non pas les marginalisés des régimes précédents, mais plutôt la communauté qui n’inquiétait pas. Ceci est si vrai qu’après que Lansana Conté ait essuyé 2 tentatives de coup d’Etat organisés par des officiers Malinkés (et déjoués grâce, notamment au Colonel Baldé), il s’est constitué une petite armée personnelle (Bérets rouges de la garde présidentielle) dont l’ossature est recrutée dans la communauté forestière.

Les Peulhs dont personne ne peut nier que l’élite intellectuelle et militaire a été décimée par Sékou Touré, a été durablement traumatisée par ce régime. Comme beaucoup d’autres quinquagénaires j’appartiens à cette génération à qui Sékou Touré avait dit qu’« il ne sera plus attribué de bourses aux Peulhs aussi longtemps que ceux restés à l'extérieur n'auront pas rejoint la patrie ». A notre corps défendant et, au prix d’énormes sacrifices de nos parents, nous avons dû fuir notre pays pour les besoins de nos études.

Ceux qui sont restés ont, à mon sens, intégrés la situation qui leur était faite à savoir, dans l’entendement de Sékou Touré, des sous hommes indignes de diriger ce pays. Que les cadres Peulhs me pardonnent cette légère condescendance ; c’est, en même temps, une façon de leur rendre hommage, eux qui ont su relever la tête pour affirmer qu’ils sont guinéens conscients à la foi de leurs droits et de leurs devoirs.

Ce sont eux, avec l’aide et la bénédiction de nos parents (oui, ces fameux commerçants, Karamokos et Thiernoobhe tant exécrés par le Professeur) qui ont, sous l’impulsion des feux El Hadj Bah Mamadou et Siradiou Diallo ont jeté les bases de la prise de conscience de la communauté pour lui dire que la seule manière de sortir de cet abaissement est, justement :

  • de prendre conscience du fait communautaire;
  • de ne plus accepter (au risque d’être trivial) de se faire marcher sur les pieds;
  • d’avoir de l’ambition pour le pays (parce que quand on a été marginalisé depuis si longtemps, on peut, mieux que quiconque mesurer les enjeux de l’unité nationale). Cette ambition passant par le respect dû à chacune des autres communautés ethniques composant notre nation.

El Hadj Cellou Dalein, en prenant  les destinées de l’UFDG, connaissait évidemment cette histoire. Il s’est malgré tout inscrit dans une démarche de réconciliation nationale, que seule une démocratie véritable permettrait de sceller. Loin d’une attitude revancharde, il a plutôt pris le parti de s’adresser à toute la nation. C’est sûrement pourquoi il a aujourd’hui l’adhésion d’une majorité de Guinéens, qui vont au-delà de sa communauté ethnique. On dit souvent que l’intelligence du chef se mesure au soin qu’il accorde au choix des femmes et des hommes qui l’assistent dans la mise en œuvre de sa politique.

Je voudrais m’adresser aux militants de l’UFDG, aux sympathisants et aux amis des partis de l' « Alliance Cellou Dalein Président ». Aujourd’hui, les pesanteurs des forces conservatrices opposées au changement démocratiques désespèrent les militants que nous sommes. C’est notamment vrai pour ceux d’entre nous qui sommes loin de Conakry et qui vivons tout ceci à travers le prisme des médias en lignes (qui, souvent, n’ont pas d’informations ou manquent de rigueur dans la transcription de celles dont ils disposent).

Nous souhaitons plus de virulence et plus de fermeté dans les prises de position de El Hadj Cellou et des autres dirigeants de l’Alliance lorsque l’autre partie (dans laquelle j’englobe les autorités de la transition) tente par tous les moyens de faire perdurer cette transition à défaut de se déclarer vainqueur sans élection.

J’observe pour ma part (parce que je n’oublie pas d’où nous venons), qu’à chaque étape depuis son installation à la tête du Parti, El Hadj Cellou à montré que l’usage de l’intelligence dans le calme et le respect est plus efficace.

Au-delà de lui, je voudrais ici, rendre hommage aux cadres et aux militants qui travaillent dans l’ombre et au plus près des populations. C’est grâce à leur travail de tous les jours  que même les adversaires ont fini par se convaincre que la victoire d’El Hadj Cellou est inéluctable.

Encore une fois, j’ai longtemps été de ceux qui pensaient que la direction de l’UFDG manquait de pugnacité. Jusqu’à ce que mon vieil oncle, diable de commerçant de son état, me fasse observer que « le peuple de Guinée est un grand peuple, intelligent et reconnaissant à ceux qui sèment la paix et la concorde ».

La tension qui prévaut en Guinée actuellement est entretenue par les continuateurs de Sékou Touré. C’est un fait. Si nous voulons d’une « Guinée une et indivisible », nous devons prêcher le calme et le respect mutuel. C’est à ce prix que, demain, nous allons relever et reconstruire nos esprits, notre morale et finalement, notre pays.

C’est la méthode de El Hadj Cellou et j’observe que jusqu’à ce jour elle a montré toute son efficacité. Cela ne voulant pas forcément dire que l’inacceptable sera accepté. Il est prévisible qu’au corps défendant de El hadj Cellou et des membres de l’Alliance, les Guinéens, témoins de ces basses manœuvres et conscients, plus qu’on ne le pense, des enjeux de cette élection, se lèveront, quel qu’en soit le prix, pour en finir avec la médiocrité qui a si longtemps obstrué leur avenir. Ils y seront poussés par ces gens tellement gonflés d’arrogance qui ne sauront pas voir la limite à ne pas franchir.

Chérif DIALLO
Rochefort - France

Source: Guineepresse.info

Tag(s) : #Libre opinion

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