
La Cour constitutionnelle colombienne a annoncé vendredi, par l’intermédiaire de son président, qu’elle avait rendu un arrêt défavorable au référendum qui aurait pu permettre au chef de l'Etat Alvaro Uribe de postuler pour un troisième mandat.
«La cour constitutionnelle (...) a décidé de déclarer non valable dans sa totalité la loi 13-54 de 2009 par le biais de laquelle était convoqué un référendum», a déclaré Mauricio Gonzalez lors d'une conférence de presse. Auparavant, le magistrat a énuméré des vices de forme qualifiés de «graves violations des principes de base d'un système démocratique».
Uribe «prend acte»
«Je prends acte et je respecte l'arrêt de la Cour constitutionnelle», a réagi, depuis Barranquilla (nord), le président colombien, en soulignant que «l'Etat de droit est une grande conquête de l'humanité».
Sept des neufs magistrats de la cour ont jugé la loi inconstitutionnelle, a précisé le président de la cour en évoquant notamment des violations de la Constitution relatives au financement de la campagne pour le référendum et à la procédure ayant conduit au vote par le Congrès de la loi organisant cette consultation populaire.
Le mauvais exemple des voisins
Alvaro Uribe, élu en 2002 puis réélu en 2006 après une première réforme constitutionnelle controversée, n'était pas officiellement candidat à l'élection présidentielle du 30 mai. Toutefois, ses partisans souhaitaient organiser un référendum modifiant la Constitution pour lui permettre de postuler une troisième fois.
Ses détracteurs craignaient en revanche qu'un nouveau mandat pour ce dernier n'aboutisse à une dérive autoritaire, dénonçant la «maladie des pays andins» ayant conduit plusieurs chefs d'Etat de pays voisins - dont le Vénézuélien Hugo Chavez - à tenter de se maintenir au pouvoir par le biais de réformes constitutionnelles votées par le peuple.
Campagne paralysée
La Cour devait trancher sur la validité de la loi organisant ce référendum à moins de trois mois de la présidentielle du 30 mai et alors que l'incertitude sur la candidature d'Alvaro Uribe paralysait la campagne.
L'ex-ministre de la Défense Juan-Manuel Santos (2006-2009), titulaire de ce portefeuille lorsque l'armée a libéré la franco-colombienne Ingrid Betancourt et 14 autres otages des Farc, en juillet 2008, apparaît comme le plus probable dauphin d'Alvaro Uribe.
S'il était candidat, cet ex-journaliste, actuellement président du Parti social d'unité nationale (droite), serait crédité de 12% des intentions de vote, selon un sondage publié récemment, à égalité avec le candidat indépendant Sergio Fajardo, ancien maire de Medellin (2003-2007).
Commentaire
Tout Exécutif politique a besoin d'un Législatif conséquent. La tendance naturelle des hommes est de s'accrocher au pouvoir, instinct d'autant plus fort que leur culture est faible.Mandela qui quitte volontairement le pouvoir en pleine force au bout de cinq ans, c'est un cas rare.
Raison de plus pour nous guinéens que le CNT ne soit pas transformé par "erreur" en chambre d'enregistrement. Car il ne restera plus que les applaudissements pour "protester" contre l'Exécutif tout puissant.
La leçon de la Colombie est donc très utile pour nous et tous les dictateurs à mandats infinis de notre continent.
Tandja aurait gardé un minimum de respect sans sa tentative de s'imposer et de se faire "descendre" proprement par des militaires qui, eux aussi, auront à répondre s'ils s'accrochent à un pouvoir qui n'appartient qu'au peuple du Niger.
Thierno A DIALLO