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AC-Cet-homme-a-t-il-une-conscience-2Dans la première partie du dossier de gestion de l'épidémie de la fièvre hémorragique, Guinéenews montre le délai de réponse et la politisation de la maladie par le gouvernement. Dans cette deuxième et dernière partie, la question qui reste posée est de savoir qu'est ce qui a causé cette distraction. 

 Les Mines de Guinée, nerf-de-guerre politique du régime Condé

 L’épidémie Ebola ne pouvait pas tomber à un plus mauvais moment pour le gouvernement déjà éprouvé par un manque criard de résultats sur les promesses d’amélioration du bien-être de la population à l’approche des élections municipales et présidentielles.  Au lieu de s’atteler au travail ardu de mise en chantier de réformes pour améliorer la gouvernance politique et économique, promouvoir et consolider la paix et l’unité nationale, et assoir les bases d’un nouveau départ pour le pays, le régime d’Alpha Condé a  misé sur l’hypothétique manne minière du pays pour atteindre ses objectifs politiques et économiques.  C’est pourquoi toute la stratégie politique et économique du régime repose sur mines.  La conquête du pouvoir est préfinancée par un troc sur les mines, moyennant le prêt Palladino.  Le maintien du pouvoir est assuré par le soutien politico-médiatique de puissants réseaux de lobbys étrangers intéressés à la manne minière.  Le financement des campagnes politiques est assuré par des fonds publics ou occultes obtenus de multinationales minières sur la base de quid pro quo opaques nécessitant la cession d’avoir miniers.  

 L’obsession minière du régime s’était traduite récemment par des signatures frénétiques de contrats miniers sans passer par un débat inclusif qui associe toutes les obédiences politiques de la nation.  Naïvement, le régime espérait que les millions de dollars allaient suivre les contrats et servir l’agenda politique et électoraliste du Président.  L’épidémie Ebola est venue déranger ce beau plan en arrivant comme un cheveu dans la soupe.  Pris au dépourvu, et n’ayant pas d’autres actifs non-miniers (paix sociale, stabilité, bonne gouvernance, avancée économique et politique) pour convaincre les électeurs à l’approche des présidentielles de 2015, le régime s’est retrouvé devant un choix difficile: faut-il reconnaitre le danger de l’épidémie Ebola, prendre des mesures de préventions  et solliciter l’aide internationale pour l’enrayer, quitte à faire paniquer quelques investisseurs miniers ? Ou bien faut-il privilégier les affaires avec les miniers en rassurant les investisseurs par une politique de l’autruche qui consiste à nier l’évidence, à relativiser la maladie, à ne pas reconnaitre de danger imminent dans l’espoir que l’épidémie va vite passer ?  

 De façon assez irresponsable, le gouvernement semble avoir opté pour la seconde option.  C’est ce qui explique l’attitude désinvolte envers un drame qui fait frémir en ce moment le monde entier.  Avec cette l’attitude « ni vu, ni connu », le gouvernement pensait naïvement que l’ouragan allait passer et que les efforts pour engranger environ 20 milliards de dollars d’investissement le secteur des mines allaient porter fruit avant les contestations électorales.  Le drame de la plage de Taouyah est symptomatique de cette attitude du gouvernement. Alors les medias du monde entier s’appesantissaient sur la fièvre Ebola présentant au monde des images en boucle d’une Guinée très malheureuse et arriérée comme l’épicentre mondial de l’épidémie, alors que l’heure était à la mobilisation et au civisme dans les pays voisins ravagés suite au déplacement de l’épidémie dans leurs pays, les autorités guinéennes niaient l’évidence, minimisaient le mal et encourageaient les Guinéens à vaquer à leurs affaires normales.  C’est en plein deuil que le Chef d’Etat demandera à recevoir les responsables de Rio Tinto pour s’enquérir de l’avancement des efforts de mobilisation des quelques 20 milliards de dollars requis pour le Simandou.  C’est en plein deuil qu’il décidera d’entreprendre un autre voyage politico-affairiste à Washington alors que ses homologues Sierra Léonais et Libérien optaient pour le choix responsable de rester aux côtés de leurs peuples pour organiser la riposte contre le fléau.  Le concert de Taouyah n’aurait pas dû avoir lieu si la Guinée adoptait le même degré de vigilance que ses voisins libériens et sierra léonais.  

 La distraction de l’affairisme minier du Président

 L’affairisme minier au plus haut sommet de l’Etat, loin de produire des résultats positifs, est devenu une distraction qui éloigne chaque jour le Président de son rôle constitutionnel et qui sape les fondements de la jeune démocratie guinéenne.  Les voyages fréquents, coûteux, intempestifs et souvent infructueux du Président sont la conséquence la plus visible de la distraction occasionnée par l’affairisme minier au  sommet de l’Etat.  L’Etat guinéen ne se contente plus de jouer le rôle de facilitateur des investissements et de régulateur, il est au centre de toutes les tractations et transactions commerciales qui sont normalement l’apanage des acteurs privés ou paraétatiques du secteur. 

 Le Président est devenu le démarcheur-en-chef et le PDG des Mines et se trouve au premier plan de toutes les transactions majeures dans le secteur.  Malgré que les communiqués de la présidence présentent les voyages fréquents du Président comme des visites officielles, en réalité les déplacements sont motivés par des affaires parfois opaques autour de la manne minière du pays. Depuis le début de son mandat, le Président a voyagé en trois ans plus que la moyenne d’un Président de pays pauvre.  Le Président n’a pourtant aucun rôle international confié à lui par ses pairs.  Depuis le fiasco de sa nomination pour la médiation en Guinée Bissau, ses pairs évitent de lui donner des missions régionales ou continentales malgré son statut de « doyen » parmi les Chefs d’Etat.  On est très loin du rayonnement diplomatique que le pays a connu sous Sékou Touré malgré la dictature.  Les invitations d’Obama, présentées comme un trophée par ses partisans, ne sont pas adressées à lui en tant que Chef d’Etat, mais en tant que membre d’un groupe de Chefs d’Etat.  En dehors des présidences tournantes de la Mano River Union ou de l’Union Africaine, aucun rôle de leadership continental ne lui est confié.  Au contraire, les sorties diplomatiques du Président ont été émaillées de controverse, que ce soit dans la médiation en Guinée Bissau, la guerre au Mali, la révolte libyenne sous Kadhafi, et la question de la République Centrafricaine. Parfois, le Président met les  pieds dans le plat et son Ministre des affaires étrangères est parfois obligé de rectifier certaines déclarations ou prises de position à l’emporte-pièce.

 Là où le Président se trouve plus à l’aise, c’est dans le cadre de voyages affairistes où il joue à la fois le rôle de Chef de l’Etat et de PDG des Mines de Guinée.  C’est ce qui lui a valu le surnom « Empereur des Mines » dans la presse spécialisée.  La réalité est que le Président Condé se comporte plus en chef d’entreprise qu’en Chef d’Etat.   Il privilégie les jets privés pour ses déplacements, son agenda est dominé par les rencontres avec les hommes d’affaires, les grands diners avec la jetset dans des hôtels de luxe.  Les richesses minières de la Guinée, dont il est devenu le grand propriétaire, lui donnent une aura particulière.  Sa visite d’affaires la plus récente est le sommet économique Forbes Afrique organisé par les bons soins de son ami Sassou Nguesso à Brazzaville.  Dans une interview qu’il avait accordée à la Antoine Fontenau de la Chaine TV5 – Monde le 25 Juillet 2014 en marge du sommet Forbes Afrique, la situation de la maladie Ebola s’était invitée au débat, mais le Président avait vite relativisé la question, estimant que la situation était déjà contrôlée:

« Il n’y a plus de cas à Conakry.  Le Seul point noir qui reste encore c’est Guéckédougou (sic) parce qu’au début il y avait trois villages qui n’acceptaient pas que les médecins y viennent ».  

Le Président affirme qu’il est allé en personne pour convaincre ces villages et tout serait rentré dans l’ordre. Cependant, il concède : « C’est vrai que ça [Ebola] se développe un peu en Sierra Leone » et il estime qu’il faut aider ce pays.  Et pourtant le fléau pose toujours un risque, et les habitants continuent d’en mourir (cas récent à Pita).  Après la parenthèse courte sur Ebola, il enfourche son dada, les Mines de Guinée.  Ce n’est plus le Chef d’Etat, mais le Chef des Mines de Guinée qui parle en son nom personnel pour énumérer ses acquis.  Il égrène d’abord les mégaprojets qu’il vient de signer: 20 milliards de dollars avec Rio Tinto, 5 milliards avec Mubadala, 6 milliards avec CPI, et la convention AMC, excusez du peu ! L’Empereur des Mines poursuit : « j’ai récupéré Simandou 1 et 2, et vous savez tout ce que ça m’a couté ; j’ai fait un code minier que tout le monde trouve révolutionnaire; dans tous les contrats, j’ai 15% d’actions gratuites non- dissolubles… » 

 Cet affairisme est présent dans la plupart des voyages du Chef d’Etat.  Quand il visite la république du Congo, l’Angola et l’Afrique du Sud c’est pour trinquer avec des amis et obtenir des prêts en échange d’avoir miniers.  Quand il se rend en France, en Angleterre et aux Etats-Unis pour c’est pour rencontrer ses lobbys politiques et médiatiques. Quand il va aux Émirats Arabes-Unis, au Brésil et en Angleterre, c’est pour promouvoir sa manne minière et faire des affaires.  Les voyages vers l’Allemagne, le Canada, le Cambodge, la Corée du Sud, la Thaïlande, la Malaisie sont soi des voyages privés ou d’agréement dans lesquels il joue accessoirement le rôle de promoteur des mines.  Parfois il prolonge son séjour sans raison apparente et peut s’absenter pendant plus de deux semaines dans des périples aussi couteux qu’inutiles (par exemple son séjour au Brésil, en Corée du Sud, en France pendant plus de deux semaines).  Le point commun de tous ces voyages, c’est leur cout élevé et le fait qu’ils n’ont pas encore rapporté grand-chose au pays.

 Tant l’affairisme minier domine l’agenda des voyages présidentiels que les pays visités ne limitent à envoyer des sous-fifres pour traiter avec la délégation présidentielle ou à offrir les services de sécurité pour encadrer sa visite.  Par exemple, à Séoul, en Corée du Sud la délégation présidentielle fut accueillie par le Directeur général du bureau Afrique et Moyen Orient du ministère des Affaires Etrangères, mais également par l'ambassadeur de Corée en Guinée avec résidence à Dakar. Les visites à Davos en Suisse sont effectuées en tant que participant payant mais présentées aux Guinéens comme étant des missions « dans le cadre de la dynamisation des liens d’amitié et de fraternité existant entre les peuples. »  Pourtant, le Président consacre l’essentiel de son séjour «aux réunions sur les questions économiques et financières concernant le continent africain et sur l’important secteur minier guinéen devenu très attractif pour de nombreux investisseurs. » Les audiences du Président sont dominées par les lobbyistes miniers et grands chefs d’entreprise ou d’institutions financières: l’ancien Premier ministre Tony Blair, Georges Soros, le fondateur de Microsoft, Bill Gates, Donald Kaberuka, le patron de la Banque africaine de développement, Stephen Gotesfeld de la compagnie minière Newmont…

 Alors que le drame de Taouyah frappait de plein fouet le pays, l’attention du gouvernement était fixée sur les milliards de dollars d’investissement que Rio devrait rapporter de sa tournée de contact avec les investisseurs potentiels en Asie et Amérique du Nord.  Ebola est une distraction à ne pas évoquer, et il faut persuader la population d’agir comme si tout était pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles en Guinée.  D’ailleurs, le Président comptait profiter de l’invitation d’Obama aux chefs d’Etat d’Afrique pour se rendre aux Etats-Unis et discuter affaires minières en marge du sommet.  Dans le même esprit affairiste, il avait sommé son Ministre des Mines, Kerfalla Yansané, d’aller jouer le rôle de VRP (voyageur, représentant, placier) au service de Rio en Asie et en Amérique.  Malgré que l’Accord Cadre précise que la mobilisation du financement du projet est une responsabilité entière de Rio, le gouvernement ne résiste pas à la tentation affairiste de parcourir le monde entier sous-prétexte de démarcher des investisseurs et partenaires potentiels dans un projet à financement privé.   Avec une forte délégation, le Ministre des Mines était récemment à Pékin, Séoul et Washington pour convaincre les investisseurs d’aider Rio à mobiliser les milliards requis pour le projet Simandou.  Du jamais vu dans la confusion de rôle entre l’Etat et un investisseur privé dans un projet minier. 

 Cette relation incestueuse entre une multinationale et un Etat-client permet à Rio de faire croire que la société fait des efforts, alors que le Cadre des Investissements exige des résultats.  Au lieu des communiqués habituels de Rio destinés à informer ses investisseurs et actionnaires sur les progrès de ses projets, c’est le responsable du projet Alan Davies vient en catimini visiter Alpha Condé pour lui faire croire que « les choses avancent bien » sur la mobilisation des finances qui a été faite en Chine, en Corée, en France et à Washington, sans toutefois préciser s’il y a un engament ferme de la part des investisseurs rencontrés. Pour justifier le voyage inutile, le ministre des Mines et de la Géologie, Kerfalla Yansané ajoute : « J’étais avec eux dans cette mission en Chine, en Corée et à Washington. Donc j’ai apprécié la qualité du travail qu’ils ont effectué dans la préparation des documents qui ont été soumis aux différents partenaires ».  Mais vu le manque de résultats concrets, il nuance les espoirs : « C’est donc déjà très encourageant et bien entendu, il faut maintenant, sur le terrain, que toutes ces activités-là puissent se traduire en action et que la population puisse constater ces effets, en terme de création d’emplois, de routes, de centres de santé. Le Président de la République lui-même a soulevé la question en ce qui concerne les pistes rurales, afin que celles-ci puissent se développer avec la compagnie ».

 Le voyage de trop…

 Au moment où le pays traverse des moments difficiles suite à la persistance de l’épidémie Ebola et le drame de Taouyah, alors que tous les feux de l’actualité négative sur la fièvre Ebola sont braqués sur la Guinée et ses deux voisins proches, le Président guinéen, contrairement à ses homologues sierra léonais et libériens qui optent de rester avec leurs peuples pour organiser la riposte, décide qu’il ne pourrait pas sursoir à son voyage prochain aux Etats-Unis.  Cette décision intervient au moment où la Guinée et les Guinéens risquent de se voir marginaliser par un cordon sanitaire mondial, alors que France et les Etats-Unis déconseillent à leurs citoyens de voyager en Guinée, Emirates suspend son vol régulier, l’Arabie Saoudite interdit aux Guinéens l’accès aux lieux saints de la Mecque.

 Même l’humiliation de se voir soumis au traitement d’un lépreux à Washington par ses hôtes, ses pairs et même certains de ses compatriotes n’est pas suffisante pour dissuader la présidence d’annuler un voyage politico-affairiste inopportun.  En effet, le président américain Barack Obama a déclaré que les délégués africains qui prendront part au premier sommet Etats-Unis-Afrique qui débute cette semaine à Washington seront soumis à un dépistage du virus Ebola. Cette mesure intervient au moment où une psychose s’installe en Amérique suite au retour d’un docteur infecté par le virus Ebola au Libéria.  Le retour très médiatisé de ce docteur dans un avion muni de dispositifs spéciaux d’isolement n’a fait que renforcer la peur que la maladie n’atteigne les Etats-Unis.  Pour montrer qu’il prend le problème d’Ebola très au sérieux, le Président américain a jugé utile de prendre des mesures de précaution pour d’éventuels délégués au sommet qui auraient couru un « risque marginal, infinitésimal d’exposition » au virus Ebola.    
Le Chef de l’Etat semblait désespéré de trouver une raison non-minière pour justifier son voyage.  

 C’est d’abord par l’entremise de son Conseil des Ministres que le Président va se fait prier pour effectuer le voyage. Selon un communiqué de la Présidence, le conseil des Ministres avait demandé « à l’unanimité » au Président (comme si le Conseil Ministre imposait des décisions au Président sur la base d’un vote) de participer au sommet de Washington.  Dans une exploitation honteuse de la tragédie de Taouyah, le Conseil de Ministres implore (unanimement) Alpha Condé d’aller à Washington « au nom de la jeunesse guinéenne et du peuple guinéen endeuillé, au président de la République, professeur Alpha Condé, d’honorer de sa présence au haut sommet des chefs d’Etat africains et américains qui débattra, justement, des problématiques de la jeunesse et de l’avenir de la nouvelle génération ».  Aucun mot sur Ebola, qui se plus tard évoqué comme la raison du voyage. 

L’opportunité de sauter sur une justification plus plausible du voyage viendra avec le mini-sommet des Chefs d’Etat de la Mano River Union.  Avant le sommet, et vu la préoccupation internationale sur la maladie, la directrice de l’organisation mondiale de la santé (OMS), Dr. Margaret Chan, avait décidé de se rendre à Conakry pour insister sur la nécessité d’accélérer la riposte face à la propagation de la maladie à virus Ebola dans la sous-région.  Elle avait mis sur la table des ressources conséquentes estimées à 100 million de dollars pour montrer le sérieux avec lequel le monde entier prenait la maladie.  Quelques jours après, les Chefs d’Etat des pays de la Mano River Union se réunissaient à Conakry pour définir les axes prioritaires de la lutte contre le fléau.  C’est alors que le président guinéen offre à ses pairs son service d’être le missionnaire du groupe pour venir sensibiliser le monde entier sur le fléau lors de la réunion de Washington.  Ainsi, la raison du voyage ne sera plus les préoccupations de la jeunesse, mais de mener la guerre contre Ebola par celui-là même qui soutenait il y a un mois que le fléau était contrôlé et que la maladie était un « mythe » entretenu par des propagandistes comme MSF en mal de financement.

 Le Président pourrait aussi se targuer d’utiliser le voyage pour remercier l’Administration américaine de l’avoir aidé dans la lutte contre la corruption dans les mines.  Cependant, la condamnation récente de Frédéric Cillins à deux ans de prison pour le crime d’entrave à la justice n’a pas donné les résultats escomptés par le régime.  Des personnes écopent des peines plus lourdes pour violation du code de la circulation routière.  Le dossier étant vide sur les principaux chefs d’accusation portant sur la corruption, la justice américaine ne pouvait que condamner sur un moindre délit.  Pour une affaire présentée comme la «corruption du siècle », la sentence de Cillins n’augure rien de bon pour un procès éventuel avec Benny Steinmetz.  La raclée que la Guinée vient de recevoir de la cour arbitrale de Paris sur l’affaire Rusal devrait calmer les ardeurs des juristes faucons de la présidence et amener plus de réalisme et de professionnalisme dans l’instruction de dossiers aussi sensibles.

 Margé que la question de l’Ebola soit la raison finalement donnée pour le voyage, les mines se sont vite invitées dans la visite présidentielle. Alpha Condé est arrivé à Washington, le Samedi 2 août à bord d’un jet privé loué.  Il est venu plus tôt que la plupart des Chefs d’Etats pour mener ses affaires minières avant le sommet qui devrait commencer le 4 août et se poursuivre jusqu’au 6 août.  Il était accompagné de son Ministre de Mines (qui visitait la même ville en tant VRP pour Rio deux semaines auparavant) et ses premières rencontres avaient été avec son « ami » et lobbyiste Georges Soros et un certain nombre d’hommes d’affaires pour discuter business. Aucune rencontre bilatérale ne sera possible avec Obama, qui rencontrera le Président guinéen seulement avec un groupe de Chef d’Etats.  Bien avant l’arrivée d’Alpha Condé, la décision avait été prise de mettre la question de l’Ebola dans l’agenda du sommet, mais le Président guinéen ne sera pas le seul interlocuteur.  Ses homologues de Sierra Leone et du Libéria, dont la décision de ne pas participer  physiquement au sommet avait été saluée comme « responsable » par le Département d’Etat américain, auront l’occasion de participer directement aux discussions du sommet par voie de vidéo-conférence.

 Conclusion

 Le monde entier a donné un démenti cinglant au gouvernement guinéen sur l’ampleur de l’épidémie Ebola.  Réunis à Conakry, les chefs d’Etat de Mano river union ont rassuré qu’ils prendront leurs responsabilités: « Nous, Chefs d’Etat, voulons assurer la Communauté Internationale que la maladie ne va pas être exportée et que nous avons pris des mesures au niveau des ports internationaux d’entrée. Les contacts et les personnes sous surveillance seront listées et les informations seront fournies à chaque Etat membre » déclarent-ils.  La France et les USA viennent de mettre en garde leurs citoyens sur des voyages non-essentiels dans la sous-région et de prendre des mesures de protection à leur port d’entrées. Le Corps de la Paix a été sommé d’évacuer le pays.  Devant cette situation les pays voisins ont pris des mesures draconiennes pour contrôler la propagation de la maladie.  Les présidents de Sierra Leone et de Libera ont décidé de ne pas venir au sommet de Washington et préféré plutôt rester avec leur peuple pour faire face à la menace.  Le Libéria a décidé la fermer ses frontières et écoles et d’interdire les attroupements de foules.  La Sierra Leone a décrété l'état d'urgence.  Les autorités américaines ont prévenu que le virus Ebola pourrait se propager "comme un feu de forêt" et l’ont appelé la pire épidémie de l'histoire de ce virus.  Quelle ironie donc que le Chef d’Etat guinéen qui a passé tous ses mois à minimiser le fleau et à s’attaquer à ceux qui tirent sur la sonnette d’alarme se propose d’aller à Washington au nom de ses pairs pour sensibiliser le monde sur la maladie et solliciter un appui conséquent.

 On entend souvent dire qu’il faut laisser le Président travailler et surtout ne pas le critiquer.  Ceci se comprend si les amis et alliés du Président le conseillaient bien et ne se limitaient à l’encenser et applaudir tout ce qu’il fait, que ce soit bon ou mauvais pour le pays.  La démocratie a ses exigences et ses devoirs, et on ne peut avoir un « premier président démocratiquement élu » et lui donner les pouvoir d’un monarque.  

Le RPG doit cesser de trouver des justifications pour l’injustifiable et dire la vérité á son chef dans leur intérêt et celui de la Guinée.  L’Imam Ratib de Conakry qui a récemment demandé que les Guinéens « respectent et laissent travailler le chef qu’il leur plaise ou pas » et se déclare « contre tous ceux ne veulent pas qu’Alpha Condé travaille ».  Le président détient l’armée et contrôle tous les pouvoirs (exécutif, législatif et judiciaire).  Rien – en tout cas pas l’opposition moribonde en face – n’empêche le Président de travailler s’il veut travailler pour le pays.  L’Imam aurait pu utiliser l’occasion de la prière de l’Id al Fitr qu’il avait officié avec le Président pour lui dire certaines vérités neutres.  De même, le Président de l’Assemblée Nationale avait déclaré lors de la clôture de la session des lois de l’Assemblée Nationale que les critiques du Président sont « ceux qui n’ont pas la même vision que Monsieur le Président par leur manque d’objectivité dans le jugement des actes que pose cet homme » doit nous dire, puisqu’il est objectif, si ses prédécesseurs Somparé et Biro n’avaient pas parfois raison de dire « Non » au Conté s’il débordait.  Par exemple, au nom de la décence, la religion, les coutumes et usages du pays, la visite aux Etats-Unis aurait pu être fortement déconseillée au Président par ceux-là mêmes qui prétendent être ses défenseurs.

 L’élite guinéenne est en train d’encourager un précédent dangereux en donnant le pays pieds et mains liés à des politiciens affairistes et en interdisant toute voix dissonante contre les actes qu’ils posent.  

La particularité de la Guinée est que les mines sont la vache laitière des politiciens.  Dans un pays pauvre ou les consciences se vendent au plus offrant, quiconque contrôle les mines n’aura pas besoin de s’encombrer de démocratie.  L’argent des mines assure la victoire politique et le soutien des lobbys politico-médiatiques associés aux multinationales minières suffit pour se donner une aura de crédibilité.  C’est pourquoi, dans ses décisions de voyager ou non quand le pays est en difficulté, le Chef de l’Etat ne craint aucune répercussion ou réprobation populaire, une chute dans les sondages d’opinion, ou des votes de sanctions suffisantes pour le mettre son pouvoir en difficulté.  Ceux qui refusent de dire la vérité au pouvoir simplement à cause des prébendes qu’ils reçoivent ou espèrent recevoir du régime ne rendent pas service à la Guinée.  Ils doivent savoir qu’il n’y a pas de démocratie sans alternance.  Les habitudes encouragées sous un régime sont vites reprises par le régime suivant, et c’est ainsi que l’histoire de la Guinée est parsemée de faits peu glorieux qui ne font que se répéter.  Combien de malheurs la Guinée devrait-elle endurer pour enfin se réveiller et exiger de ses leaders de remettre le pays sur le chemin de la justice, du progrès social et du développement ?

 

http://guineenews.org/gestion-de-la-fievre-hemorragique-distraction-de-letat-due-a-lobsession-politico-affairiste-sur-les-mines-2eme-partie-et-fin/

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