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En commettant un beau lapsus dimanche sur Canal+, Rachida Dati a déclenché les rires et les gloses. Des lapsus, il y en a en permanence. 


Que celui dont la langue n’a jamais « fourché », qui n’a jamais commis de lapsus lève la main ! Des lapsus, tout le monde – sous le coup du stress, de l’émotion, de l’imprévu – en commet, et les lapsus ne sont évidemment pas le monopole du monde politique.

Mais lorsqu’un élu, surtout s’il est haut placé, dérape soudain et lâche un mot pour un autre, livrant probablement, à cette occasion, une part de sa vérité secrète, forcément cela se remarque plus, cela se commente plus et, pour commencer, cela fait souvent sourire. D’autant que, c’est bien connu, les lapsus, foi de psy, seraient tous révélateurs. CQFD.

En tout cas, le lapsus commis, dimanche sur Canal+, par l’ancienne garde des Sceaux Rachida Dati, aujourd’hui maire du VIIe arrondissement de Paris et qui rêve de s’asseoir un jour dans le fauteuil de Bertrand Delanoë, ne sera pas passé inaperçu. A sa manière, c’est, il est vrai, un petit joyau. Et puis, à l’heure d’Internet, comment imaginer qu’un mini-dérapage de cette sorte soit, comme jadis, discrètement escamoté ? La malheureuse –est-ce le bon mot ? – s’exprimait en direct. Elle évoquait l’état préoccupant des finances de la planète. Et soudain, le crash : « Quand je vois certains qui demandent des taux de rentabilité à 20 ou 25 % avec une fellation quasi nulle… » Fellation pour inflation : cela ne s’invente pas. Mais hommage à Dati : elle s’en est sortie, lundi matin sur RTL, avec élégance et même un peu d’humour. Chez elle, c’est nouveau. Sans compter que le lapsus historique de l’ancien ministre de la Culture Jack Lang, tout compte fait, n’est pas battu. Remettant un jour, rue de Valois, la médaille des Arts et des Lettres au « pâtre » grec Georges Moustaki, l’assistance, héberluée, l’avait entendu dire : « Il n’est point besoin d’être long devant vous pour parler de Georges Moustaku… »

De Gaulle n’en faisait jamais

Pauvres politiques que l’on somme à tout propos, au nom de l’idéologie de la « transparence », de tout dire – ce qu’ils sont, ce qu’ils veulent, ce qu’ils rêvent, et presque leurs fantasmes – et voici que, maintenant, il leur faut s’expliquer aussi sur leurs lapsus (dont on sait, en plus, qu’ils sont fréquemment à connotation sexuelle) ! Et puis il n’est pas question que ces élus se dérobent, puisque le psychanalyste Jean-Pierre Winter leur dit que les lapsus, s’ils « humanisent » le coupable, ont du « sens » et ressemblent – écoutez bien – à un « aveu », car cela laisse échapper, comme d’une « Cocotte-Minute », quelque chose « que l’on ne veut pas savoir ». Dans son élan, Winter qualifie Lionel Jospin – et il n’a pas tort – de « roi du lapsus » et croit savoir que de Gaulle, en revanche, n’en faisait jamais.

Là aussi, aurions-nous régressé ? Ou bien vivons-nous une époque où la « pression » est telle que les lapsus abondent ? A moins que de Gaulle, qui n’était pas tout d’un bloc, ait gardé pour lui « ses » lapsus. Il reste que certains – peut-être parce qu’ils ont des contradictions plus fortes ou plus apparentes que d’autres – sont, en matière de lapsus, des as : outre Jospin (qui adressait naguère à Jacques Chirac ses « meilleurs vieux »), c’est, par exemple, le cas de Michel Rocard et, justement, de Rachida Dati. Mais, quand la tempête est là et que les temps sont durs, personne n’est à l’abri. N’est-ce pas, Eric Woerth, vous qui, cet été, appeliez au renforcement de… « la fraude fiscale » ?

Jacques Chirac, en pleine affaire Méry, évoque les fonctions d’un dirigeant : il a « plusieurs cassettes » (au lieu de « casquettes »).

Jean-Louis Borloo parle, à l’Assemblée, de Dominique de Villepin en pleine crise du CPE : « Le Premier minus… » Hilarité générale. (avril 2006)

Nicolas Sarkozy intervient sur France 2 : « Je veux mettre au service des injustices plus de moyens. » (avril 2006)

Nicolas Sarkozy reçoit à Paris Tony Blair, et lui rend hommage : « Les socialistes européens peuvent être fiers de ce qu’a fait l’un des nôtres… euh, l’un des leurs. » (janvier 2007)

Nicolas Sarkozy parle du « paquet fiscal », si discuté, y compris à droite : « Une partie des Français se dit : “Il fait une politique pour quelques-uns et pas pour tous.” Si les Français croient ça – et ils ont raison de le croire –, je dois en tirer des conséquences immédiates. » (avril 2008)

Eric Woerth, interrogé lors du Grand Jury RTL-Le Figaro-LCI, se dit décidé à renforcer la lutte contre la fraude fiscale : « J’ai lancé toutes les procédures pour au contraire renforcer la fraude fiscale. » (été 2010)

Martine Aubry, interrogée sur France Inter, qualifie Ségolène Royal d’« ancienne présidente de la République ». (février 2009)

Laurent Fabius, lors du Grand Rendez-vous Europe 1-Le Parisien-Aujourd’hui en France, déclare que Martine Aubry a été « nommée au poste de premier secrétaire » du PS, avant de se reprendre en disant qu’elle a bien été « élue ». (mars 2010)

Ségolène Royal, à l’entame de la campagne présidentielle de 2007 : « Il faut redonner de la précarité, c’est un vrai combat. » (janvier 2007)

Bernard Kouchner, lors d’un entretien sur France Info, déclare : « C’est terrible ce qu’on fait aux Yoghourts. » Le ministre français des Affaires extérieures confond Ouïgours (minorité musulmane sunnite sous le joug des Han au Xinjiang, en Chine) et « yoghourts ». (juillet 2009)

Eric Besson : « Il y a eu à la fois une invasion… euh, une immigration en provenance d’Afrique et du Maghreb… Non pas une invasion, qu’il n’y ait pas de lapsus sur le sujet ! » (janvier 2009)

Dominique de Villepin répond à François Hollande qui lui réclamait une nouvelle fois le retrait du contrat première embauche (CPE) : « Attendons le Conseil constitutionnel qui prendra sa démission demain. » Une pause, puis il se reprend : « … qui prendra sa décision demain. » (mars 2006)

Bernard Tapie : « Si je soutiens Ségolène Royal… euh, si je soutiens Nicolas Sarkozy… » (avril 2007).

Dominique Voynet : « Plus que jamais, il faut que les femmes se serrent les couilles… pardon, les coudes ! »

Robert-André Vivien, député RPR, en plein débat à l’Assemblée nationale sur la classification des films pornographiques : « Monsieur le Ministre, il faut durcir votre sexe… euh, pardon, votre texte ! » (1975)

Lionel Jospin, évoquant les fruits de la croissance, explique que la majorité plurielle compte « les faire pousser et… pourrir ». (mars 1998)

Lionel Jospin gratifie la députée RPR Roselyne Bachelot d’un « Monsieur » et plaisante sur son lapsus pour aussitôt en commettre un autre en évoquant la candidature d’Elisabeth Guigou « à Matignon », au lieu d’Avignon. (octobre 2000)

Lionel Jospin adresse à Jacques Chirac ses « meilleurs vieux », peu de temps après l’avoir qualifié de « vieux, usé, fatigué ».

Lionel Jospin présente DSK comme le « directeur du Front national international ».

Jean-Pierre Raffarin, devant l’Institut des hautes études de défense nationale (IHEDN), évoque « la dynamique de dépense », au lieu de la « dynamique de défense ». (octobre 2003)

Rachida Dati « Nicolas Sarkozy l’a dit : il souhaite devenir le patron… euh, le président de tous les Français. »

Dominique de Montvalon/France Soir

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Tag(s) : #Humour
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