« Une épidémie de rougeole sévit actuellement dans la plus part des régions du pays. En sept semaines, 2157 cas ont été signalés. Seules les préfectures du littoral ont pu bénéficier d'une couverture vaccinale satisfaisante car selon les autorités du Ministère de la santé, le nombre de vaccins reste encore insuffisant pour l'ensemble du pays. Pourtant, le Programme Elargi de Vaccination dont la prévention est la mission existe en Guinée depuis 1979. Alors il n'est pas admissible que la Guinée soit en proie à cette épidémie. Les raisons de cette carence doivent être explicitées à la population par la mise sur pied d'une commission d'enquête parlementaire pour faire la lumière sur ces programmes qui reçoivent des financements extérieurs conséquents. » Source
Cette citation du Premier Vice-Président de l'UFDG pour attirer votre attention sur le fait que nous n’avons pas que le sinistre Ebola et les militaires d’Alpha qui déciment notre population. Mais apparemment, nos « parlementaires » ont d’autres chats plus urgents à fouetter.
Ce qui est vrai pour la rougeole l’est aussi pour le choléra, la typhoïde, les amibiases, la malaria pour n’en citer que quelques-uns.
Voici une histoire vraie, qui s’est passée dans une de nos préfectures, mais qui pourrait être la décalcomanie de ce qui s'est souvent répété partout ailleurs:
Une ONG caritative fait don d’une quantité conséquente de vaccins à notre pays. Pour appuyer l’effort de prévention, elle envoie à grands frais, en payant notre douane pour nous faire le don, en même temps du matériel de réfrigération et des véhicules adaptés à nos conditions de manque chronique d’électricité et nos mauvaises routes (quand elles existent).
Les actions sont lancées, financées entièrement et de bout en bout de l’extérieur. Après quelques semaines de ce que les autorités proclament une réussite totale et un modèle de coopération Nord-Sud, Mamaya à l’appui, les envoyés professionnels de l’organisation caritative viennent sur le terrain pour contrôler de visu l’emploi qui est fait des équipements gracieusement octroyés au pays et éventuellement les renforcer. Et là, c’est la surprise totale.
Les seuls vaccinés avaient été les enfants d’une seule école, pour permettre à la RTG d’avoir des images des autorités présentes au début de l’inauguration et du politicien local qui remerciait le Président qui serait l'homme providentiel qui « œuvrait sans relâche pour la santé des citoyens et pour l'amélioration et l'équipement de nos structures hospitalières,…etc. »
Les 4x4 servaient tout simplement de voitures de transport, de noces et de mobilisation politique ; les frigidaires étaient devenus des fabriques de glace alimentaire, vendue sur les marchés hebdomadaires.
Les lots de vaccins achetés à grands frais, qui devaient être impérativement maintenus à très basses températures sans interruption jusqu’au moment des injections finissaient entassés à 70 degrés, empilés dans des hangars en plein soleil, fermés, construits sans appel d’offre et cahier de charge précis par des entreprises fantômes mais dont les factures déjà payées étaient très salées, comme on le devine. Autant dire que leur efficacité était rigoureusement égale à zéro, sans compter le risque d’administration de solutions de protéines biologiques périmées et donc toxiques.
Personne n’a accepté la responsabilité de l’échec révélé par les partenaires, et les donateurs furent promenés de bureaux en bureaux avec des promesses plus fausses les unes que les autres de l'Etat s'engageant à punir avec rigueur les indélicats "serviteurs du peuple"; nos fonctionnaires et nous guinéens nous croyant en règle plus intelligents que ceux qui s’étaient cotisés pour nous venir en aide.
Vous comprenez le découragement qui a alors saisi les généreux donateurs. Et vous comprendrez facilement pourquoi ils ne sont plus jamais revenus.
C’est ainsi que fonctionne le pays, depuis 1958.
Thierno A Diallo