"Ave, Imperator, morituri te salutant". Salut, Empereur, ceux qui vont mourir te saluent.
Suétone, La vie des Douze Césars
N'exagérons rien.Nous n'en sommes qu'à notre deuxième César. Nous restons toujours (enfin, certains) bien vivants, ceux qui ont échappé aux tirs nourris évidemment non volontaires de notre intrépide armée nationale (90% mono ethnique) comme vous dites, à Cosa et Bambeto. Quelques uns poussant l'insolence jusqu'à être bien portants parmi nous. Le soleil nouveau vient de se lever, nous l'avons vu, tout rouge, un peu sanguinolent, au dessus du marigot.
C'est toujours nous, vos croco-respectueux, créateurs comme vous le savez du CROCOSALAC, les crocodiles pour le soutien au président préhistorique, son Excellence connaisseuse du Droit Alpha et Oméga Condé.
Vous êtes maintenant dans le fauteuil. Présidentiel il faut préciser, comme d'autres avant vous, comme d'autres après vous le plus tard possible, votre vœux probablement.
Ce fauteuil, en vérité c'est mieux qu'un trône. Un roi est en quelque sorte l'obligé de son peuple. Pas vous, qui régnerez sur une portion de peuple, comme vous l'avez voulu. Nous, tant qu'on pourra croquer quelques félons à vos côtés, cela ne nous gêne nullement.
Quel beau parcours! D'opposant historique (ce sont les journalistes qui le disent, sans prouver à qui vous vous êtes si vaillamment opposé, pas à celui que vous encensez en tout cas) vous voilà devenu Président préhistorique, en abrégé Prési.
Solidement, avec les mains fraternelles de vos amis sur vos augustes épaules. Sékouba (que vous ne connaissez pas, nous le jurons à votre place) et de Jean-Marie Doré, lequel ne vous a point aidé; nous (re) jurons que celui là aussi, vous ne le connaissiez pas.
Heureux guinéens!, bientôt vous aurez au même moment:
-Un jeune ancien Président, toujours capitaine, relégué aux oubliettes à Ouaga, dont les farouches partisans se sont tous alignés en rangs d'oignons sur le nouveau. Il faut bien manger, en Guinée ou ailleurs.
-Un Ancien, nouveau président, par la grâce de tripatouillages politico-électroniques et le manque de vigilance (doux euphémisme) du Parti qui doit faire impérativement son autocritique et sa toilette.
-Un éphémère Président, gagnant d'un premier tour, essoufflé et sauté sur la ligne par celui qui avait su économiser son souffle en passant par des chemins tortueux mais rapides de la surenchère ethnique et la mise à l'écart de ceux susceptibles de voter pour son adversaire,
-Un Général -président, qui comme chacun sait, n'aimait pas le pouvoir et voulait vite s'en débarrasser. Maintenant, après tout, il voudrait bien rester ministre, mais de la défense, toujours le plus gradé de l'armée grâce à une auto -nomination, vraie ascension fulgurante. On continuera de l'appeler Président, comme tous le anciens Présidents. De là à dire cher Prési, que vous serez une marionnette entre ses mains relève de la pure affabulation susceptible d'être rapidement réglée par les crocs de vos vaillants et dévoués crocodiles. Nous, vos vrais crocodiles qui n'aimons pas la viande, sauf avariée, comme le Général qui n'aimait pas le pouvoir, sauf..Zut, ma langue a failli fourcher!
L'ancien, nouveau Président, qui n'aimait pas beaucoup le précédent jeune Président, écarté par le nouveau général Président intérimaire( grâce au toujours invisible Toumba Diakité) celui qui, à ce qu'il parait toujours, voulait rapidement quitter le pouvoir (vous suivez?), ira-t-il a Ouaga pour la passation de service, ou se contentera t-il de la faire avec le président intérimaire, son futur ministre, mais ancien Président, donc pour toujours protégé comme Président d'un intérim qui s'était confortablement installé dans la durée?
Cher Prési, comme l'autre, le premier, que nous appelions de manière "affectueusement" forcée de cette façon, celui qui a laissé tomber le pays là ou vous l'avez ramassé comme vous dites, nous vous respectons, même si nous n'avons pas pour vous un amour débordant. Difficile, nous sommes trop occupés à avoir peur de vous. Pour le moment, avec les manifestations très fraternelles de vos militaires dans nos quartiers. Pas vous en fait, Konaté, celui avec lequel vous n'avez rien à voir, Absolument rien. Et qui deviendra votre ministre de la défense, c'est évidemment par hasard, nous le jurons à votre place.
Nous aussi, comme vos idées éprouvées, sommes résolument préhistoriques. Les crocos existent en effet depuis le temps des dinosaures nos cousins, dont vous n'êtes pas, évidemment. Les dinos, pas les cousins. A preuve, vous ne savez pas nager en eaux troubles.
N'écoutez point les mauvaises langues. Vous êtes la modernité incarnée. Une Kalachnikov envoie ad-patres beaucoup plus vite que nos antiques sagaies et flèches. Cela est vrai et se vérifie tous les jours.
Comme l'autre, vous êtes un stratège, un fin tacticien. Souffrez que je vous rappelle quelques beaux coups que vous avez réussis:
-Sachant que le bulletin de vote est l'arme ultime, vous ne vous êtes pas opposé à ces fameux papiers, mais à leurs porteurs. Lumineux comme stratégie: pas de recensement à l'extérieur (remarquable), mais recensement de tous, surtout les vendeurs de Drogue et empoisonneurs peulhs que vous avez remarquablement mis en lumière à l'intérieur. Après, exercice de tir sur les pigeons. Quelques molles protestations peut-être et ce sera tout, cher Prési.
"I bara yé couran mènènna, i barayé" que nous chantions
Résultat garanti à Siguiri et villes semblables. Quand on est occupé à panser plaies et bosses, à enterrer ou rechercher ses morts, le ventre vide, allez donc parler de bulletin et bureaux de vote. Magnifique, votre Excellence. Votre adversaire, c'est le cas de le dire, n'y a vu que du feu.
-Vous avez (on vous y a aidé un peu) fait de la CENI un corps sans tête. Sans "kêphalê", point de direction, sans direction c'est le fossé assuré, comme diraient nos amis Grecs. Pas besoin de sortir de Polytechnique pour le savoir.
C'est pourquoi d'ailleurs aucun décapité n'a pu réussir à ce jour à avoir son permis de conduire. Même chez les crocos, nous vous l'assurons, Excellence. Aucun sophisme ne changera cette réalité.
Après, le reste était un jeu d'enfant: détourner quelques ordinateurs, c'est toujours se mettre de côté quelques petites machines à offrir à ses amis. Et puis cela venait des poches des Etrangers, qui comme chacun sait, étaient de vils et dangereux impérialistes de votre glorieuse jeunesse, de jeune communiste disent les langues acérées. Quelques petits bourrages par ci par là, deux fois ou plus d'électeurs que de votants, notre pays en a vu d'autres. Que cela ne vous inquiète pas.
La Cour Suprême aves ses jeunes magistrats nés dans les années quarante et avant, toujours cramponnés à leurs postes et privilèges y mettra rapidement bon ordre.
Vous le savez, Excellence, avec le premier Prési, personne ne mourrait entre deux élections de toute façon, obligatoirement, les bébés révolutionnaires dès le biberon allaient d'abord choisir le responsable suprême de leurs rêves, entre deux tétées. Aux âmes bien nées, la valeur n'attendait point le nombre des années, c'est dit, auguste Prési.
Ceux qui, par félonie et manque de patriotisme jouaient à mourir de maladies et misère étaient réveillés d'autorité le jour du vote. Ils pouvaient ensuite aller se faire mourir tranquillement où ils voulaient, non sans avoir signé au préalable des procurations renouvelables pour les scrutins à venir. C'était la bonne République du peuple comme l'affirmait Prési premier. Sous nos applaudissements ni contraints, ni forcés.
Cela c'était notre âge d'or, l'exemple que vous avez promis de suivre (nous vous faisons entière confiance)
Vous êtes toujours bon pied bon œil d'ailleurs. Que ceux qui en doutent se mettent devant les canons de nos gentilles forces de l'ordre, pour voir. Nous comprenons que vous soyez occupé actuellement avec quelques petits nettoyages urgents et populairement démocratiques dans nos quartiers de Bambéto, Ratoma, Dalaba et autres. Petit coup de brosse avant le vrai démarrage.
Le pays est donc dans de bonnes mains, assurément. Accompagné de quelques belles bottes. Ce n'est que de l'ordre républicain, comme vous le proclamez, grand professeur de Droit..
Votre dévoué qui s'aplatit (le premier) devant votre aveuglante Luminosité. La lumière, Excellence, il faut seulement éviter de la mettre partout, sage Prési!
Le Crocodile du Crocoland